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Posté le 02-11-2007
dans la catégorie Arcosanti, Sur la route des Utopies, Actualité par christophe

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En inventant en 1989 le jeu vidéo futuriste SimCity qui offre au joueur la possibilité de se prendre pour un dieu, de construire et d’administrer une ville idéale, Will Wright son concepteur, ignorait sans doute qu’un petit architecte italien intrépide le devançait déjà dans le monde du réel. A mi-chemin entre Flagstaff et Phoenix, sur l’Interstate-17, sortie 262, au bout d’une petite piste, en plein milieu du désert de l’Arizona, on tombe en effet sur Paolo Soleri – Apollo pour les intimes – et son projet Arcosanti. Voilà trente-sept ans qu’il est aux manettes de ce gigantesque chantier, ébauche d’un monde meilleur en construction, le regard malicieux tourné vers le futur, le béton toujours frais, les grues pointant vers le ciel. Trente-sept ans qu’il essaye de faire sortir de terre sa ville de demain, mariage de la cité, de l’homme et de son environnement. Car, si depuis peu le vert et le bio nous submergent comme une nouvelle déferlante épidémique, voilà des décennies que Paolo s’inquiète du tsunami provoqué par notre société de consommation et s’emploie à construire et développer son projet sur le concept de l’« archologie » – mariage de l’architecture et de l’écologie.

A Arcosanti, pas de voiture mais du béton. Les blocs s’enchevêtrent à l’état brut, et semblent s’imbriquer les uns dans les autres avec tumultes et passion, laissant parfois la place à un cirque, des arches ou des voutes. Mais ici, le ciment devient le liant réconciliateur du temps et de l’espace, du culturel et du naturel, de l’individu et de la communauté et vise à aider l’homme à s’épanouir en ville. Tout ce qui d’un premier regard semble confus est en fait parfaitement pensé. L’homme ne doit pas éprouver le besoin de s’échapper de son laboratoire urbain. Il doit se sentir ici l’âme d’un rat des villes heureux d’évoluer dans son labyrinthe. L’orientation des bâtiments par rapport au soleil, le nombre d’ouvertures sur le désert, les serres climatisés, le volume des habitations, l’emplacement des bureaux par rapport aux appartements privés, rien n’est laissé au hasard, tout est accessible. L’homme est au cœur de l’ouvrage écologique. Le meilleur exemple est probablement l’accueil aux visiteurs qui s’ouvre sur une salle d’exposition puis un magasin de souvenirs, et grâce à un dédale d’escaliers et de passerelles, offre la liberté en contrebas de se restaurer au réfectoire communautaire, de flâner en chemin à la boulangerie bio, de profiter d’une vue exceptionnelle sur la solitude environnante, d’accéder à des bureaux, une habitation, le tout étant astucieusement concentré dans un espace réduit et harmonieux. Le fonctionnel et l’humain s’accordent dans une arborescence tridimensionnelle visant à héberger cinq mille habitants sur un espace au sol de dix hectares, prouesse qu’aucune ville traditionnelle américaine ne parvient à atteindre aujourd’hui. En plein désert, le vent souffle dans la structure de l’acropole comme dans celle d’un navire, et telle une vigie, rassure les soixante-dix citoyens du futur participant au projet expérimental de Paolo : ils font bien cap vers leur rêve.

Arcosanti est aussi une école de la vie. Tous les habitants ont l’obligation d’y travailler, ensemble ; d’y manger, en commun ; et si possible, d’y suivre les cours du vieil architecte considéré par ses émules comme le plus imaginatif penseur de notre temps et qui, chaque mercredi après-midi donne son récital. Pour l’étranger de passage, Apollo devient à cette occasion un drôle de demi-dieu, un prophète charlatan se réclamant autant de Teilhard de Chardin que de Nietzsche, un intriguant gourou de quatre-vingt huit ans se lançant dans des monologues pseudo-philosophiques à l’anglais incompréhensible. Arcosanti quant à elle devient grise. Arcosanti née du développement durable se transforme en chantier interminable. A ce rythme, il faudra attendre sept cent ans avant de poser sa dernière pierre à l’édifice. Au vent du désert, les énergies s’érodent parfois. Mais le vieil italien, son sonotone ouvert, son micro cravate ajusté, de rappeler incessamment aux détracteurs, à ceux qui doutent, à ses fidèles : « Je fournis l’instrument, et c’est à vous de faire la musique » ou encore « Arcosanti n’est que ce que vous en faite ». Des habitants s’en vont, d’autres reviennent. Au fil des ans, Arcosanti a ouvert ses portes aux saisonniers en développant le programme payant « Arcosanti Workshops ». Le temps d’un stage, de jeunes anarchistes comme de nouveaux diplômés de l’administration se retrouvent autour d’un projet commun. Mickael, 32 ans est de ceux là. Il vient d’obtenir son MBA (Master of Business Administration) en commerce international et travaille comme informaticien au département des archives d’Arcosanti : « Pour moi, cette expérience est l’occasion unique de côtoyer des utopistes et leur monde. Dans quelques semaines, je serai quelqu’un d’autre, consultant pour un grand groupe à Washington. Jamais il ne me sera plus permis de participer à la construction d’une ville idéale. » Mickael n’était même pas né quand tout a commencé. Dave se souvient être arrivé là avec la même naïveté que lui. Voilà pourtant vingt-deux ans qu’il vit à Arcosanti où il a rencontré sa femme et eut deux enfants. Ce soir, tous deux se retrouveront autour du son et lumière pictographique organisé par la communauté et projeté sur les flancs du plateau rocheux voisin. Le spectacle de ce soir s’appelle: « Nothing is true, everything is permitted » (Rien n’est vrai, tout est permis). Arcosanti est pourtant bien réelle.

CC pour VSD.

Toutes les photos faites dans les communautés américaines sont de Cyril Bitton.

Pour poursuivre le voyage : c’est [ici]

       
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