Bibliographie

Dans les roues de Jack Kerouac, Paris, La Martinière, 2011, 208 p. (ISBN 978-2732446608).
Sur la route des Utopies, Paris, Arthaud, 2007, 288 p. (ISBN 978-2700396737).
Le bonheur au bout du guidon, Paris, Arthaud, 2005, 237 p. (ISBN 2-7003-9648-0).

Dans les roues de Jack Kerouac

... On a repris le cours du rail en direction des grandes plaines. Iowa – Nebraska – Kensas. Et en effet, on a roulé, roulé, puis ondulé. En route, on a perdu les arbres du Minnesota et les eaux du Mississipi mais on a trouvé les parcelles de blé des Grandes Plaines. Tout est devenu plat et sans fin, comme la mer et le monde sont parfois ronds et ennuyeux. Des champs à perte de vue. Et on ne voyait jamais vraiment de ferme au milieu. On voulait s’arrêter parce qu’au loin, l’orage grondait au-dessus de l’étendue de blé. Et on avait faim. C’était l’heure bleue. Le soleil était couché mais pas le jour. J’adorais ça. Avec la vitesse du train, la poussière s’accoquinait à l’électricité de l’air dans ce crépuscule lourd du mois de juin, et chahutait le coin de mes yeux. J’en avais le poil dressé. Ma peau avait l’odeur de la suie et de la poussière. Je me sentais plus fatigué qu’hier mais surtout pas lavé. A bien y réfléchir, j’avais pris l’odeur de Stretch. Le train a ralenti à l’approche des lumières. Il n’y avait rien d’autre à l’horizon que cette petite ville perdue dans l’immensité du vide. « Cheyenne Wells » disait le réservoir d’eau. On a sauté alors que le convoi allait encore à vive allure. La terre était sablonneuse et poussiéreuse. On peinait à croire qu’on puisse y faire pousser du pain. Mais elle était chaude et rassurante grâce à l’épaisse couche de nuages qui la couvait. Le train s’est perdu dans le mystère du lointain en sifflant, et on s’est réfugié au pied des silos de grains qui valaient, dans cette région du pays, pour demeure des dieux Cerres et Cerrydwen. Drôles d’églises aux tôles grises sur fond de ciel morne...

Le bonheur au bout du guidon
« Ce soir-là, j’élis mon campement au pied de la Laguna Salada, à 4400 mètres d’altitude. La nuit tombée, alors que le thermomètre flirte avec les -15°C, je me glisse dans la source d’eau soufrée qui alimente le lac. Je suis transi de froid. Peu à peu, mon corps brûle. L’eau est à 40°C. Je m’allonge, seule ma tête émerge. Mes coudes reposant au fond du bassin boueux me permettent de conserver une position confortable. Je serais capable de rester là toute une vie, étendu comme sur un lit, pensant à tous ces draps entre lesquels je me suis endormi pour des nuits salvatrices. Il y eut des cotonnades indiennes et molletonnées, des soieries de Damas ou de Shantung mais aussi des linges piqués et rugueux, des laines pelucheuses et sales, des dessous plus beaux que des dessus. Des cieux, j’en ai connu de sublimes, mais j’ai beau sonder mon passé, remontant jusqu’en enfance, ce que j’éprouve là est plus originel encore, de l’ordre de la réminiscence amniotique. »

Sur la route des Utopies
« Je vais acheter ta DeSoto toute rouillée et puis, je roulerai de concert avec les charrettes des Amish, j’irai jusqu’en Floride pour rencontrer Jésus et Mickey, je passerai mes nuits dans les communautés du pays, par les rives du Mississipi, les ranchs du Texas et les déserts de l’Arizona, toujours plus à l’Ouest comme les pionniers du nouveau monde l’ont fait avant moi et, les deux roues de devant dans l’eau salée, je remercierai le Pacifique d’être encore là et San Francisco de se souvenir de Jack Kerouac et des clochards célestes ».
Christophe Cousin a traversé les États-Unis sur près de 10000km, d'une côte à l'autre, de communautés en Utopies. Deux ans d'aller-retour durant, il a aussi parcouru le monde ; d'Uzupis, le quartier de l'autre rive en Lituanie, à Madagascar et l'Utopie pirate de Libertalia ; du village planétaire d'Auroville en Inde, au quartier libertaire danois de Christiania, il nous offre un bouquet de la diversité de la nature humaine et se prête au rôle de passeur témoin comme de poète critique.