jan
01
Posté le 01-01-2005
dans la catégorie Les dessins de Na!, Bonheur au bout du guidon par christophe

Na!, dessiNateur de grand talent a réalisé un dessin par pays afin d’illustrer les aventures du bonheur au bout du guidon. Retrouvez l’intégralité de ses productions sur www.dessinateur.biz

déc
01
Posté le 01-12-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Maroc par christophe
nov
30
Posté le 30-11-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Maroc par christophe

Il est 4 heures du matin, peut etre 5. Le coq fait la concurrence a l himam mais tous deux chantent le vent qui l emportera. Bientot il sera gaulois. Je ne parviens pas a fermer l oeil alors que les bruits de la ville qui grandissent encore doucement ne m aideront plus, dorenavant, a trouver le chemin du repos. Je crois avoir trouve l hotel le plus glauque, la chambre la plus sordide de la ville. Depuis que j ai pose le velo ici a Tanger, tout est deja different. Ce tour du monde n a deja plus le meme gout, il pique l avant hier.

Tanger, ville portuaire, ville des gens de passage, ville des petits delits et autres larcins. Le rideau rouge cache une fenetre qui ne ferme plus et par ou je m evade juste encore un peu… Fenetre sur rue ou defile les images d un autre temps. La melancolie me gagne. Mon esprit s evade. Je ne m endormirai plus comme avant, avec ces reves de coucher de soleil sur un desert blanc, avec ces images d un monde autrement. Les images qui me viennent sont celles du passe, d un vecu fort qui a marque son homme.

Je reve d Iran, d Inde, de Chine, de Syrie. Des moments oublies me reviennent et j essaye de reconstruire une journee, un moment, une odeur. Nourrir mon esprit de ces evenements qui ont marque mon voyage est un nouveau depart emprunt de nostalgie. Exercice difficile pour celui qui vit a demain sans passer par la case present, pour celui qui reve perpetuellement.

Pourtant bien vite, je retrouve ceux que j aime, ceux avec qui les reves d enfant deviendront grands. L excitation permanente d arriver bien vite ne me quitte plus. J attends ce bateau qui m emportera de l autre cote comme d autres attendent une sortie de prison ou une entree sur la scene. Partir, Revenir, Rentrer… Dans quel sens tout cela fonctionne t il? Ou suis je?

Juste encore un peu, j ai suivi un inconnu par quelques ruelles de la medina en pleine nuit. Juste encore un peu, j ai voulu defier mes peurs, provoquer la rencontre, gouter encore a ce que demain ne sera plus.

Juste encore un peu, je voulais etre la a sonder sans retenu les profondeurs du bonheur d etre ailleurs.

Demain, mon ailleurs sera la, aupres de ceux que j aime, qu il sera bon ce moment. Je serai alors heureux de rever encore un peu, d un ailleurs fait de sables et d appels.

nov
05
Posté le 05-11-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Mauritanie par christophe
nov
04
Posté le 04-11-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Mauritanie par christophe

“Vraiment, il faudrait plusieurs vies pour faire, apprendre, visiter, connaitre tout ce que l on vourdait! C est par trop court!

La lecture de Vega de Nordenskjoeld me donne des envies terribles de voir la Siberie, et je n oublie pas le Tibet, ni d ailleurs le Sahara! Enfin, pour le moment, sachons nous contenter du Cameroun.

Mais mon demon me pousse toujours a etre en avance sur l horaire, et m oblige a realiser, dans la pratique les choses a un moment ou ma pensee est ailleurs!”

Th. Monod - Daïdo, 6 novembre 1925.

Monod me donne des envies terribles d ailleurs. Pourtant, Chinguetti, j y suis. Ma pensee est partout ailleurs. Il n y est pas pour rien mais je me sens fautif, en dephasage, possede moi aussi par l appel d autres voyages qui en veulent au temps qui court toujours trop vite. J en veux parfois a la terre toute entiere d etre ronde, au temps d etre lineraire. J ai quitte le port d ou il serait bon de ne jamais revenir. Mais partir pour une traversee vaut il vraiment mieux que partir pour un tour?

Chinguetti, village de bord de Sahara, port d entree vers l immensite doree. Les touaregs sont mes marins, les dunes mes vagues, les chameaux mes bateaux, les djins mes sirenes. Mille histoires courent au vent, celui la meme qui efface les pas de mon sillage depuis que j ai leve l encre. Il souffle de face selon une constance a variable unique : ralentir la progression du reve tout en gonflant mon envie de le realiser. J avance alors tel un bateau ivre obstine par la peur du chavirage. Mes jambes s usent au contact du sable, le soleil est moins fort depuis qu il a passe le zenith et les chameaux avancent en silence. Je suis ailleurs, a hier ou les enfants jouaient sous la tente, a demain ou le train de minerai me conduira de Chom a Nouadibou de sa lourdeur, selon une constance a variable unique : m eloigner de Chinguetti tout en gonflant mon envie d y revenir. Les grains de sable volent et la dune danse gentiement. Elle aussi sera ailleurs la prochaine fois. Sablier immense qui ne tiendrait pas dans une bouteille. Le message flotte dans le fond de ma guerba, ecrit en majuscule : “AILLEURS DEVRAIT SE CONJUGUER AU PRESENT”. La phrase est au conditionnel comme s il manquait quelque chose ou quelqu un et je retourne en marge de la ligne, en bord de route, ou j etais plus tot, parce que, meme si je n aime pas conjuguer au passe, ce temps la ne semblait pas s ecouler.

C etait il y a deux jours, ou peut etre avant; c etait avec 3 camarades rencontres plus tot au Chili ou peut etre seul (Il m arrive parfois de me retourner pour verifier qu ils sont la, la solitude a appris a me jouer de vieux tours). En tout cas, c etait sous la tente, au pays des nomades, des marins nostalgiques, des reveurs par conscience, des croyants a l Unique qui revassent a l ombre des orangers des jardins d Allah berces par la douceur des plaisirs.

L ordre m etait inconnu, les rapports illogiques car seules les femmes et les enfants etaient la pour nous accueillir. En terre musulmane, le fait est assez marquant pour qu on doute de la suite a venir. Pourtant, nous etions la, couches sur quelques tapis, adosses a quelques coussins, nourris par quelques sourires pendant que la plus jeune de nos hotes faisait deja chauffer le the. Jeux de regards dictes par quelques sourires, jeux de regards berces par quelques rires. Le temps s arrete, je suis heureux. Les enfants portent dans leur regard cette belle insoucience face a la mort, presque provocante. Le the tombe maintenant d en haut et le procede sera reproduit de tres nombreuses fois, imuablement, inlassablement jusqu a l atteinte d une perfection emouvante, nous ne serons servis que lorsque la mousse indiquera que lui aussi a pris le vent, celui qui lui donne cette legerete raffraichissante et invite a l ailleurs. Les gosses retiennent mille questions qu on se doit de ne pas poser au voyageur par politesse, pour le mettre a l aise, comme on attend un parent a la table au retour du champ. Rien ne se passe vraiment sous cette tente et c est bien ce qui nous encourage ici plus qu ailleurs a retenir nos souffles de voyageurs blesses par un retour qui se fait oppressant.

Plus tard, demain, le train grondera de sa lenteur pour nous conduire sous la contrainte du fer et de la poussiere vers Nouadibou. J entends deja la bete se plaindre d ici, marquer de son poids le fer du rail toujours si peu habitue a la douleur, comme pour se vanger d une destinee imposee. Force tranquille qui essaie de s echapper et qui ne peut que suivre sa ligne ou s arreter. Je suis deja ailleurs, sur ce train qui m emmene un peu plus loin. Les pas s effacent au vent, dans un silence leger qui invite au dephasage, a l ailleurs, au voyage en forme de marche lente par une route dont on ne peut s echapper.

oct
15
Posté le 15-10-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Sénégal par christophe
oct
14
Posté le 14-10-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Sénégal par christophe

Les voix divines flottent dans la nuit, rebondissantes, eternelles et parviennent a ma couche, me rappelant a ce temps deja passe dans ces pays ou le the coule a l ombre des tentes lorsque le soleil est au zenith. Il est tard dans la nuit et mon sommeil sera dorenavant rythme et jusqu a mon retour en France par l appel a la priere. Pour l heure, les voix parlent mais le the a une drole de couleur, les tentes sont encore loin, la voix d Allah est filtree par autant de marabous que de muezins appartenant toutes a des sectes differentes.

Et puis, je repousse Moustafa du coude.

Il etait 3 heures du matin lorsque la voie suave de l hotesse de Royal Air Maroc annoncait :

“Mesdames et Messieurs, nous sommes arrives a l aeroport international de Dakar, la temperature au sol est de 30 degres, merci de bien vouloir rester assis, ceinture attachee jusqu a l arret complet de l appareil”.

A cette information, le declic des ceintures commenca a resonner dans tout l appareil, alors que ceux qui avaient pris l avance de ne pas attacher leur ceinture etaient deja a atteindre leur sac.

Siege G34, je ne pouvais de toute facon pas sortir avant les autres et profitait de cette tranquilite relative, comme celle que l on souhaite plus longue avant la tempete, meme si l on sait bien.

Point de tempete pourtant, la chaleur est pesante, l athmosphere moite et humide. L hiver, je pensais arriver ici en hiver. Je donne du coude a Moustafa pour lui rappeler qu il empiete de mon cote, que je ne suis pas un oreiller.

Avant d obtenir le precieux tampon d entrer sur le territoire, il fallait franchir un premier obstacle : un homme qui se disait medecin et qui controlait le carnet de vaccination afin de s assurer que la fievre jaune ne serait plus admise dans le pays. Sa responsabilite etait lourde. La tache legere… 2 personnes devant moi. La premiere n a pas son carnet, c est un blanc, on laisse passer apres une gentille reprimande. La seconde est africaine, apres un rapport amicale et un echange de bons propos sur la sante de la famille, des petits, des oncles et des tantes, sans oublier les affaires, la femme entre au pays. Je ne m en fais donc pas. Je tends le document qu il ne lit meme pas et l on me souhaite la bienvenue en Afrique, passe reclamer le tampon d entree dans le pays. M y voila. Le couloir debouche sur une salle ou les tapis roulant vomissent des bagages deja chauds et humides. Une famille de francais attend depuis 1 heure son 4 eme sac d un vol de Paris et je recupere en moins de 5 minutes mon equipement que je rends transportable. Un ouvrier badge de la place me reclame un ‘cadeau’ pour m avoir tenu compagnie pendant le remontage du velo. Apres deux ans en vadrouille, on apprend a rire de ces situations sans se facher.

Je sors de ce dernier sas, j entre dans l arene.

Au dehors, 20km m attendent en pleine nuit et par une autoroute africaine pour rejoindre le centre ville de Dakar, je n ai pas de carte du pays, pas de plan de la ville, pas d adresse d hotel.

L autre solution est de suivre mon instinct, de lui faire confiance, de solliciter encore la bienveillance de ma bonne etoile. C est la vague africaine qui me rattrappe pourtant. Ils sont une 20ene au dehors a me proposer un taxi, une viree au centre ville pour un hotel pas cher. Le cout de l operation est exorbitant : 5000 CFA (50FF) pour rejoindre le centre ville, 8000 CFA (80FF)pour une nuit en hotel de passe, 10000 CFA (100FF) pour une chambre premier prix.

Je flaire l arnaque et rigole au nez de tous en esperant les avoir a l usure. Il doit etre 4 heures pourtant deja et j ai dormi 7h en 4 nuits. La fatigue m invite a la prudence lorsqu Omar arrive pour me proposer un super plan. Pour 3000 CFA (30FF), prix obtenu apres 30 mn d efforts et de patience, je dors chez lui a Yof dans un village voisin. Le prix du taxi ne bouge pas, ce n est pourtant qu a 4km. Nous ferons une partie du trajet a pied accompagnes d autres rabateurs qui tentent toujours leur chance. Les prix chuttent encore mais il y a dans le regard d Omar quelque chose que j apprecie, comme une lueur de gentillesse qui me fait dire que je dois suivre celui ci plus qu un autre.

Il doit etre 5 heures lorsque j entre dans une piece qui donne sur une autre. 4 senegalais semblent vivre ici en theorie. Avec les freres et les copains, nous devons bien etre 8. Je partage la couche de Moustafa que je cogne du coude afin de preserver ma dimension cachee, a son contact mes yeux s entrouvrent comme pour me rassurer. La couleur bronzee de sa peau portant au noir me rappelle que maintenant les voix divines accompagneront mes reves de retour au pays.

 

sept
27
Posté le 27-09-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Pérou par christophe
sept
26
Posté le 26-09-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Pérou par christophe

Les pelicans du port ont lance une mutinerie et se sont empares dans un vol silencieux des quelques embarcations inocupees qui leur servent maintenant de promontoir. De la, ils veillent sur les quelques pecheurs affaires a trier leurs poissons avant qu ils ne rejoignent terre, dans l espoir que quelques uns soient abandonnes a la mer. Le “Daxiri Club” a sa pancarte deglinguee temoigne d un temps ou les marins de passage s amusaient sur les quais et se frottaient contre quelques prostitues en chaleur. Tous ont quitte le navire,

laissant la grisaille s installer comme une routine. La bruine s est dispercee au matin, couvrant les collines d un blanc sali s offrant a l horizon d un ocean terne. Les petites barques vertes, blanches, bleues, et rouges parfois reclament le soleil comme le voyageur attend son depart, illuminant la mer comme le clochard possede ses etoiles. Le vent vient des

terre et la pointe passee, il me fera de nouveau face, comme tous les jours de ce voyage.

Qu importe la grisaille, j ai emporte avec moi les dieux du Titicaca pour que Pachamama et Pachatata veillent a l unisson dans un bel elan intemporel, celui qu on veut pour le debut d une belle histoire. J ai salue le Machu Picchu un jour de grand soleil comme on decide aujourd hui plus qu hier de sourire a la vie qui file pour narguer le temps qui passe. La route se charge du reste, me bousculant un peu plus, m autorisant parfois sa communion, lorsque le sable m enlise ou que la poussiere me rappelle a des origines vieilles comme le monde. Elle m a conduit ici, au bord de l eau mais en plein desert comme pour m indiquer que cette traversee sud americaine touchait a sa fin et que tout recommencait enfin. L atmosphere est etrangement gris. Le soleil en deuil semble avoir disparu depuis des annees. Je suis seul. Seul face a l ocean, le cul dans le sable a songer a l avenir, a l Afrique qui vient, au retour qui approche, aux nuages qui jouent a faire semblant d etre tenebreux. Ils m accompagnent dans mes pensees, il ne pleuvra pas aujourd hui, demain non plus d ailleurs parce que je souris au gris, cet insipide qu on voit toujours comme ennemi. J ai beaucoup a en apprendre et je decompose dans cette uniformite de nuances les odeurs qui m invitent a croire que la vie ne s arrete pas la. Odeur de sel, douceur d un goudron humide par temps lourd qui me laissera bientot sniffer quelques rails de lignes blanches, cris de mouette a qui on preterait bien une odeur, elles sont toutes la ces senteurs d ici, acres mais pleines de souvenirs d ailleurs.

L unique voiture de la journee passe. Une ford thunderbird repeinte en turquoise, des chauffes eau dans le coffre, un velo debout sur la galerie. Des gaillards comme on les choisit dans les meilleurs films d aventure ne se disputent pas le volant. Balaffres et marques par une vie qui ne les as pas epargnes, ils aimeraient m en parler assis le cul dans le sable mais le bateau ne redemarerait pas. Je salue poliment, le couteau a la main qui vient de plonger dans un pot de confiture vieux de miliers kilometres. Unique repas. Meme en plein desert, le Perou est toujours signe de vie apres 11 heures du matin. J ai laisse passer les bergers, j ai maudit ces foutus chiens qui quotidiennement me rappellent que tout peu s arreter la, j ai cheri ce vent qui s est adouci, j ai reve d un rio qui ne serait pas a sec, d une bouteille qu on aurait laisse la en bord de route a l attention du voyageur qui passe, et je me suis retrouve la, le cul dans le sable, a dessiner dans ce ciel gris les reves de demain en couleurs qui rimeront avec Bonheur…


août
24
Posté le 24-08-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Bolivie par christophe
août
23
Posté le 23-08-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Bolivie par christophe

Je quitte mes deserts, mes salars et mes volcans. Je troque quelques grains de sable pour des rires d enfants. Uyuni me redonne vie et vite je me sens en Bolivie. Je reconnais maintenant ces pays qui cherchent leur voie, ces necessiteux qui ne peuvent maintenir l ordre sans une presence au carrefour parce que la minuterie n est pas programmee pour eteindre le feu de l imprevu. L inconnu rythme la vie de ces gens mais avec un peu de temps, on sait que bientot passera l enfant avec son chariot d enpenadas, les frais du matin et les frais de la veille. Les vieilles queychuas sont deja la, sur la place dont l horloge marque 10 heures depuis qu elles ont 20 ans. Leurs jupons les uns sur les autres, leurs nattes de jeunes filles, leur dent en or, leur chapeau rond sur la tete, elles sont mures depuis longtemps. Repues a une vie qu elles connaissent, elles etaient deja la quand l horloge marquait encore son temps; la mais a acheter a d autres aussi vieilles qu elles aujourd hui ce qu elles tentent d ecouler maintenant : des sureries pour les enfants, des bibelots pour les grands et des fruits colores de la nuit. Accroupis a l abri de leurs etales qui les protegent du vent, elles regardent passer le vendeur de journaux, le vendeur de crayons, le misereux et l infirme, et pourtant les grains qui volent ce matin sont d une drole de couleur. C est qu ils sont chasses par les bottes des militaires qui courrent au pas, au rythme du sergent. Imperturbables, ils repetent qu ils sont les plus forts comme une equipe de rugby qui entrent dans un stade ou j adversaire est encore au vestiaire. Ils croisent des gosses en blouse blanche sur le chemin de l ecole. Le plus temeraire n hesite pas un instant, tourne sur lui meme, prend leur pas muni de ses bottes de 7 lieues et cours au rythme des geants en criant : “Presentez… ARMES!”. Je souris a l impertinant. Frais du matin et frais de la veille rentrent en rang.

Je m attarde parce que cette vie me plait. Je m attarde parce que bientot mon vide d odeurs et de couleurs tintantes. Les grimpees reprennent inlassablement. “Altiplano” devrait etre a banir des dictionnaires, du vocabulaire des geographes de bureau. Je quitte definitivement des yeux mon salar d or pour une ville d argent. Potosi doit etre par la, au bout de cette piste, d ici quelques jours.

Le soir arrive mais on m a indique une source d eau chaude pour campement. Il est tard et j ai froid, le torrent est chaud mais la source plus loin, plus haute encore en marge de cette piste que j ai quitte depuis un moment. Un hameau abandonne de toit m attire et lorsque j approche, seule la cabane du cimetiere abandonne, presque deserte de ses occupants me semble chance a cote de ces grottes, trous et autres tranchees qui ont fait mon affaire depuis quelques semaines par temps de grand vent, depuis que j ai appris a me souvenir que j etais encore homme parce que je me lavais les dents.

Je m allonge. Chambre avec vue sur la mort. J ai du emporter avec moi les enpenadas frais de l avant veille. Je n ai pas d appetit malgre l effort fourni. La fievre monte et m immobilise bientot. Atteindre ma trousse a pharmacie devient une tachet temporairement impossible, une performance qui me demande trop. Je m abandonne au plus vieux des morts, qu il decide de mon sort. Deux nuits et un jour allonge a me faire attaquer par ces volatiles trop impatients, ces volatiles maitres des lieux depuis que personne ne leur cause plus de tord. Je reprends la route avec l energie suffisante pour avancer, la fievre suffisante pour me retarder. Les vieilles quechuas trainent ici leurs lamas alors que l orage sevit au loin. Loin devient pres et vent de face, chemin de traverse, j emprunte instinctivement la direction du village comme les chevres hurlant a la mort devalent de la montagne sans berger, vers leur abri. Je me refugie dans l ecole ou Pedro l instituteur m accueille.

Au mur, cette inscription : “La lecture est la cle de la lecture”. Je m envole alors vers d autres destinees ou le voyage se nourrit de la fievre. Puis j arrive plus tard a Potosi ou passe deja l enfant avec son chariot d enpenadas, les frais du matin et les frais de la veille.


août
22
Posté le 22-08-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Bolivie par christophe

Le chemin est dur. J aimerais parler de ma route mais point de bitume depuis des miliers de kilometres et du sable le remplace meme… C est mon chemin donc, toujours aussi difficile mais moins affligeant que Catamarca. La recompense est la, et bientot du sel, et uniquement, et le Salar d Uyuni.

Mariage de blancs, mal de mer, pierre a sel.

La grande ruche a sel aux alveoles remplies jusqu a bord laisse filer quelques nuages blancs qui bourdonnent parfois lorsque le soir, le soleil leur laisse la place pour quelques laches de dards qui percent le ciel en eclairs. Plaques de sel qui se succedent sans relache, ocean sale sans eau. J ai le mal de mer mais terre apparait au loin, pointant comme le sein d une vierge reveillee au matin par le frottement de son drap de soie blanche. La place est lumiere, le soleil son phare qui vous perd. L ile noire et obscure m apparait comme seul repere et voile au vent, je suis mon cap sur cet ocean blanc. Pierre blanche qui vous marque, pierre a sel qu on leche comme pour ne plus penser a sa soif. Soif d inconnu. Desert blanc qu on prend soin de ne trop point marquer, page blanche qu on prend soin de noircir. Blanc impur puisque l ile revee est un male ou cactus pointant comme des phalus semblent excites au vent. Blanc crapuleux comme un sel qui sert de monnaie d echange : quelques touristes passent lorsque vent calme laisse place aux moribonds de la place. Il se sent de tous droits. On joue sur le grand damier blanc a s ignorer comme dans la vie, a faire semblant. La peche est ouverte en surface sur le grand ocean et apres quelques ronds dans l or blanc, le mobile s arrete, la vitre se baisse pour une photo volee et repart dans un vrombrissement pour seul discours. Miroir d une societe occidentale par trop decevante ou l on se parle par ecrans et objectifs interposes et en oublie que donner un sourire, echanger quelques mots, offrir de l eau a l assoiffe est a la base du bonheur. Donner vaut bien plus encore que prendre. Banquise salaire ou les ours sont des humains trop encombrants. Clochards sellestes qui composent a la lumiere des bougies de cendres. La des oursins qui s ebattent dans un paquet de lessive a roulettes, ici des paons en vacances, plus loin encore des mollusques qui s agitent pour se donner l air en vie grace a des souvenirs qu ils acceptent en retard. Echantillon amusant d individus qui se disent importants. Seuls les clochards appartiennent au monde des vivants. La meute passe mais ils restent, accompagnes de l eternelle pierre phylosophale qui ce soir encore transforme le sel en or. Sel d or au soleil couchant. Au loin la tempete fait rage sur le salar et doit punir les fuiards. Bleu nuit qu on voudrait pour un drap.

Il fait noir. Le sol craque. Le sel s effile. Le soleil s efface. Le vent s enfile. Je m ecarte. Le temps m habille. J oublie. La route m habite. Il est l heure. Je quitte.


août
01
Posté le 01-08-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Chili - Argentine par christophe
juil
31
Posté le 31-07-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Chili - Argentine par christophe

Cauchari resonne sans fin dans ma tete. Je n ai plus qu une seule envie, rejoindre cette bourgade de bout de piste. Elle semble ne jamais venir, retentir pour mieux m echapper. J avais peur au depart de Belen et je partais pourtant le sourire aux levres parce que la, j allais sans doute encore passer par ou personne ne va, m ennorgueillir un peu plus d une nouvelle conquete, celle qui nous fait appartenir au monde des fous et des inconscients encore trop jeunes mais qui finalement n a qu un but, nous donner de quoi echapper au temps en apprenant par le depassement. Excitation dont on se contente parce que l inconnu est finalement l une des plus belles choses que nous offre la vie. Inconnu voulue qui vous rend fragile et precaire. Inconnu qui vous livre quelques elements que meme les locaux semblent peu connaitre, rendant plus mysterieux encore la destination que vous convoitez. Une piste de 600km, un village en son milieu au nom d Antofagasta de la Sierra, un plateau a atteindre s elevant a plus de 4000m, une region hostile a la densite de population la plus basse du monde. L homme se contente bien souvent de chiffres inutiles, ceux la me semblaient importants et poutant…

J etais la, impuissant face a une nature belle et dominatrice, decouvrant bientot ces peurs d une realite qui prennaient au fil du chemin le dessus sur l excitation de la decouverte. Les zones habitees s effritaient bien vite et je me retrouvais seul encore, comme un mal necessaire qui me permettait de mieux me comprendre. Le coeur y etait, battant de son plein jusqu a me donner le courage necessaire a oublier le mal lie a l effort. Les premieres journees etaient feminines, faites de courbes et de lacets, de chaleurs matinales et de couleurs douces, de zones ou l on pouvait encore apprecier de tremper sa main dans l eau fraiche d un rio, se laisser chatouiller par les herbes d une terre fertile. Mais il suffit d un premier col pour me propulser dans l au dela, dans un monde fait de salars, de dunes et de deserts, de fragiles lagunas et de paso qu on n atteint jamais.

J appartenais a la piste, souffrant de ces zones de sables ou je n avais plus qu a pousser a la force du dos et du cou sur des kilometres pour m en sortir et avancer encore avant de tomber sur une zone de toles ondulees aux memes effets. Bientot je retournais a mes considerations primaires et resonnait encore dans ma tete quelques notions vitales qui vous obsedent : eau, manger, dormir, avancer, se poser, Cauchari. Puis le vent se manifesta plus fort que jamais, errodant de son sable ma patience et revelant des nerfs a vif. Aujourd hui, 9 heures d efforts pour 45 kilometres et je suis content, j ai fait 14 kilometres de plus qu hier.

Vais je m en sortir? Combien de temps ce vent va t il durer? Courrait il a 100km/h aujourd hui ou etait il plus fort encore? Quand cette tempete de sable va t elle s arreter? Quand croiserai je le prochain camion, ou bien un bus, oui, un bus, ou meme un pickup, un ane, un homme? Oui, un homme sans rien, mais juste un regard ou un sourire. Les vigognes etaient bien la mais appartenaient a cette race protegee a l adn marquee par le gene de la peur a cause d une persecution qui a trop longtemps duree. Elles etaient la mais me fuyaient bien vite, se fondant au loin dans les couleurs du desert et des plaines qu elles savaient garder, comme si je symbolisais leurs peurs.

Je n avance pas. Je commence a me laisser aller et bientot, alors que je pouvais encore m ennorgueillir de n avoir jamais succombe a l idee de l abandon, voila qu en un temps que je ne maitrise pas, je me retrouve pret a me laisser penetrer p