août
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Posté le 24-08-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Bolivie par christophe
août
23
Posté le 23-08-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Bolivie par christophe

Je quitte mes deserts, mes salars et mes volcans. Je troque quelques grains de sable pour des rires d enfants. Uyuni me redonne vie et vite je me sens en Bolivie. Je reconnais maintenant ces pays qui cherchent leur voie, ces necessiteux qui ne peuvent maintenir l ordre sans une presence au carrefour parce que la minuterie n est pas programmee pour eteindre le feu de l imprevu. L inconnu rythme la vie de ces gens mais avec un peu de temps, on sait que bientot passera l enfant avec son chariot d enpenadas, les frais du matin et les frais de la veille. Les vieilles queychuas sont deja la, sur la place dont l horloge marque 10 heures depuis qu elles ont 20 ans. Leurs jupons les uns sur les autres, leurs nattes de jeunes filles, leur dent en or, leur chapeau rond sur la tete, elles sont mures depuis longtemps. Repues a une vie qu elles connaissent, elles etaient deja la quand l horloge marquait encore son temps; la mais a acheter a d autres aussi vieilles qu elles aujourd hui ce qu elles tentent d ecouler maintenant : des sureries pour les enfants, des bibelots pour les grands et des fruits colores de la nuit. Accroupis a l abri de leurs etales qui les protegent du vent, elles regardent passer le vendeur de journaux, le vendeur de crayons, le misereux et l infirme, et pourtant les grains qui volent ce matin sont d une drole de couleur. C est qu ils sont chasses par les bottes des militaires qui courrent au pas, au rythme du sergent. Imperturbables, ils repetent qu ils sont les plus forts comme une equipe de rugby qui entrent dans un stade ou j adversaire est encore au vestiaire. Ils croisent des gosses en blouse blanche sur le chemin de l ecole. Le plus temeraire n hesite pas un instant, tourne sur lui meme, prend leur pas muni de ses bottes de 7 lieues et cours au rythme des geants en criant : “Presentez… ARMES!”. Je souris a l impertinant. Frais du matin et frais de la veille rentrent en rang.

Je m attarde parce que cette vie me plait. Je m attarde parce que bientot mon vide d odeurs et de couleurs tintantes. Les grimpees reprennent inlassablement. “Altiplano” devrait etre a banir des dictionnaires, du vocabulaire des geographes de bureau. Je quitte definitivement des yeux mon salar d or pour une ville d argent. Potosi doit etre par la, au bout de cette piste, d ici quelques jours.

Le soir arrive mais on m a indique une source d eau chaude pour campement. Il est tard et j ai froid, le torrent est chaud mais la source plus loin, plus haute encore en marge de cette piste que j ai quitte depuis un moment. Un hameau abandonne de toit m attire et lorsque j approche, seule la cabane du cimetiere abandonne, presque deserte de ses occupants me semble chance a cote de ces grottes, trous et autres tranchees qui ont fait mon affaire depuis quelques semaines par temps de grand vent, depuis que j ai appris a me souvenir que j etais encore homme parce que je me lavais les dents.

Je m allonge. Chambre avec vue sur la mort. J ai du emporter avec moi les enpenadas frais de l avant veille. Je n ai pas d appetit malgre l effort fourni. La fievre monte et m immobilise bientot. Atteindre ma trousse a pharmacie devient une tachet temporairement impossible, une performance qui me demande trop. Je m abandonne au plus vieux des morts, qu il decide de mon sort. Deux nuits et un jour allonge a me faire attaquer par ces volatiles trop impatients, ces volatiles maitres des lieux depuis que personne ne leur cause plus de tord. Je reprends la route avec l energie suffisante pour avancer, la fievre suffisante pour me retarder. Les vieilles quechuas trainent ici leurs lamas alors que l orage sevit au loin. Loin devient pres et vent de face, chemin de traverse, j emprunte instinctivement la direction du village comme les chevres hurlant a la mort devalent de la montagne sans berger, vers leur abri. Je me refugie dans l ecole ou Pedro l instituteur m accueille.

Au mur, cette inscription : “La lecture est la cle de la lecture”. Je m envole alors vers d autres destinees ou le voyage se nourrit de la fievre. Puis j arrive plus tard a Potosi ou passe deja l enfant avec son chariot d enpenadas, les frais du matin et les frais de la veille.


août
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Posté le 22-08-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Bolivie par christophe

Le chemin est dur. J aimerais parler de ma route mais point de bitume depuis des miliers de kilometres et du sable le remplace meme… C est mon chemin donc, toujours aussi difficile mais moins affligeant que Catamarca. La recompense est la, et bientot du sel, et uniquement, et le Salar d Uyuni.

Mariage de blancs, mal de mer, pierre a sel.

La grande ruche a sel aux alveoles remplies jusqu a bord laisse filer quelques nuages blancs qui bourdonnent parfois lorsque le soir, le soleil leur laisse la place pour quelques laches de dards qui percent le ciel en eclairs. Plaques de sel qui se succedent sans relache, ocean sale sans eau. J ai le mal de mer mais terre apparait au loin, pointant comme le sein d une vierge reveillee au matin par le frottement de son drap de soie blanche. La place est lumiere, le soleil son phare qui vous perd. L ile noire et obscure m apparait comme seul repere et voile au vent, je suis mon cap sur cet ocean blanc. Pierre blanche qui vous marque, pierre a sel qu on leche comme pour ne plus penser a sa soif. Soif d inconnu. Desert blanc qu on prend soin de ne trop point marquer, page blanche qu on prend soin de noircir. Blanc impur puisque l ile revee est un male ou cactus pointant comme des phalus semblent excites au vent. Blanc crapuleux comme un sel qui sert de monnaie d echange : quelques touristes passent lorsque vent calme laisse place aux moribonds de la place. Il se sent de tous droits. On joue sur le grand damier blanc a s ignorer comme dans la vie, a faire semblant. La peche est ouverte en surface sur le grand ocean et apres quelques ronds dans l or blanc, le mobile s arrete, la vitre se baisse pour une photo volee et repart dans un vrombrissement pour seul discours. Miroir d une societe occidentale par trop decevante ou l on se parle par ecrans et objectifs interposes et en oublie que donner un sourire, echanger quelques mots, offrir de l eau a l assoiffe est a la base du bonheur. Donner vaut bien plus encore que prendre. Banquise salaire ou les ours sont des humains trop encombrants. Clochards sellestes qui composent a la lumiere des bougies de cendres. La des oursins qui s ebattent dans un paquet de lessive a roulettes, ici des paons en vacances, plus loin encore des mollusques qui s agitent pour se donner l air en vie grace a des souvenirs qu ils acceptent en retard. Echantillon amusant d individus qui se disent importants. Seuls les clochards appartiennent au monde des vivants. La meute passe mais ils restent, accompagnes de l eternelle pierre phylosophale qui ce soir encore transforme le sel en or. Sel d or au soleil couchant. Au loin la tempete fait rage sur le salar et doit punir les fuiards. Bleu nuit qu on voudrait pour un drap.

Il fait noir. Le sol craque. Le sel s effile. Le soleil s efface. Le vent s enfile. Je m ecarte. Le temps m habille. J oublie. La route m habite. Il est l heure. Je quitte.