Je quitte Lucknow tot au matin. On dort encore sur le macadam et je slalome entre ces corps ronflants et lourds d une veille penible, celle d une survie dans une ville de plus de 2000000 d habitants en Inde.
S ensuivent alors 3 jours pour atteindre Benares. 3 jours de survie la aussi, sur la route cette fois. Cette route marquee des taches rouges de crachas de ce tabac que l on chiche et qu on l on manque de me cracher a la gueule parfois. J ai envie de vomir.
Ces taches rouges sang de ces accidents que je compte par dizaine tous les jours. La mort est la, elle rode, je la sens. J ai envie de chialer, j ai envie de vomir et puis, je pedale, ca vaut mieux. Il n y a vraiment rien a faire ici et ils me le font bien comprendre. Les comportements curieux sont agressifs parfois. Je me jette sur le bas cote pour ne pas leur laisser l occasion de trop m humilier. J en viens a rire, ca vaut mieux!
Et puis ce 8 octobre la, la route etait trop silencieuse. Je m en doutais, ca ne devrait pas durer. Ce 8 octobre allait etre l une des journees les plus difficiles de cette traversee, me retranchant dans la solitude d un homme qui reve d ailleurs mais qui n a meme pas le temps de penser a demain, un homme desempare, un gars, sur un route, quelque part, abattu,. et dont la carapace si efficace jusque la se trouve transpersee de part en part.
Le sang est frais, un accident vient de se produire. L homme age d une 70ene d annees git sur le bas cote de la route.
- C est un camion citerne, il l a renverse! me lance t on.
Le camion n est plus la… Personne ne s est arrete mais on compte deja les badeaux par dizaine, le sourire impuissant au coin des levres mais tous prets a donner un avis comme de grands enfants.
- Quelqu un a t il appele un medecin? m empressai je alors que je sors mes trousses de premiers secours.
- Oui mais le telephone sonne occupe.
- Une ambulance?
On me rit au nez… L ambulance, il ne faut pas y compter, elle ne se deplacera pas.
Je suis la et on me prend pour le grand sauveur muni de sa trousse magique mais voila, l homme a un trou au front, une entaille a la tete. Il se vide de son sang et vomit alors que nous le maintenons de cote. Un “medecin” a velo passe part la et donne les premiers soins grace a la fameuse trousse. Ses competences sont derisoires et tout ca pue l impuissance. J ai envie de vomir.
Je reprends la route, on me fait comprendre que c est comme ca en Inde, que la vie s acheve parfois au bord d une route, sous les roues d un camion citerne. On me fait comprendre que les premiers secours c est bien quand les seconds arrivent bien vite… Sinon, ca ne sert a rien. Et puis, on me fait comprendre qu il vaut mieux que je parte.
Je compte alors sur la chance cette fois… Celle de poursuivre ma route vers une ville de plus grande importance, celle de poursuivre ma route pour que celle de ce vieil homme puisse continuer la sienne. En vain!
Je trouve au contraire une foule surexitee par la venue dans la region du ministre de l Uttar Pradesh. Des ambulances ont ete requisitionnees pour transporter les VIP qui l accompagnent. J ai envie de vomir!
Ensuite, ce sera un vrai calvaire… Je suis la caravane. On se croirait sur le tour de France, un tour sans sourire, plein d humiliation et de cris moqueurs. A croire qu ils n ont jamais vu un velo. Par 4 fois, je devrais remonter sur plusieurs kilometres les files de camions et bus blindes, stoppes par un barrage de police afin que le premier ministre donne son discours en centre ville. La pluie s abbat. Je marche et pousse ma monture dans la boue et les detritus, sous les cris excites de ces hordes de spectateurs avident de savoir d ou je viens, ce que je fais la et comment je m appelle. Pas le temps de manger, je prends des jus de fruits presses au passage pour tenir le coup, il faut que je me sorte de la. Mais je suis vite rattrapper par la maudite caravane. On me lance des petards et des cris. La foule m empeche parfois de continuer sous cette pluie qui me transperce et dont je ressens chaque goutte. Mon epiderme est sensible mais c est tout mon etre qui se trouve atteint par une situation dont je ne suis que la victime… Du moins, c est ce que je pense a ce moment la.
Pourtant, rien ne m arrete et chaque metre est une nouvelle victoire. Je deserte un hotel pourri de Janpur alors que le tolier veut me faire payer sans me faire visiter la chambre et tombe enfin de sommeil dans une chambre d un hotel civilise…
On est le 9 et j arrive a Benares. Mon voyage en Inde n est pas termine mais Benares etait un objectif depuis longtemps.
Ici aussi ca pue la mort. Mais c est normal! On y vient pour ca.
Les corps parfois non consummes servent de mangeoir aux corbeaux qui passent par la… Le Gange sacree est une tombe humide mais la ville a ce mystisme des grandes, cette vieillesse des cites qui en ont vu.
Je flane sur ces rives pleines de vie, je me refais une sante au milieu de ceux qui viennent pour quelques alluvions ou pour un bain, au milieu de ceux qui y font leur lessive ou se lavent les dents. J ignore les rabbateurs d hotel et de “boat”, les vendeurs de ash ou de manali, les allo rickshaws et les :
“Mister where you go”
“I have the best sheat”
“Want a girl”
J ai envie de vomir mais j ai le sourire parce que je l ai bien voulu tout ca. Cette Inde, on m en avait parle, c etait pour ca que je voulais venir… J y suis donc…!
Je flane, j ecris, je lis aussi et mon esprit vagabonde pourtant, impossible de manquer l instant present et qu il est beau quand on sait qu on va pouvoir poursuivre sa route!
Et puis, je rencontre ces gosses des rues, ceux qui me servent de guide, ceux qui m auraient bien fait les poches, ceux avec qui je discute, ceux que j envoie balader, ceux qui jouent au cerf volant et finalement, l avenir n est pas si morose. Tout le monde s en sort. Ca me fait sourire, le bonheur n est pas loin!
“Vendredi soir, j etais invite a une soiree chez un collegue de travail. On etait une bonne trentaine, rien que des cadres moyens ages de 25 a 40 ans. A un moment donne, il y a une connasse qui a commence a se deshabiller. Elle a ote son t shirt, puis son soutien gorge, puis sa jupe tout ca en faisant des mines incroyables. Elle a encore tournoye en petite culotte pendant quelques secondes, et puis elle a commence a se ressape, ne voyant plus quoi faire d autre. D ailleurs, c est une fille qui ne couche avec personne, Ce qui souligne bien l absurdite de son comportement”… J en etais la, je venais de commencer Extension du domaine de la lutte de Houellebecq et c est vrai que c etait absurde, on avait tous plus ou moins connu des connasses qui pour bien moins de raison seraient aller plus loin et qui auraient meme coucher… Ca aussi c etait decevant pensai je… Et puis, je fus rapidement tire de ma basse reflexion, on venait de frapper a la tente. Il etait bien 9 heures du soir ou bien 10, je ne sais plus lorsque 3 grosses roches furent lancees a bonne distance sur mon refuge.
J avais decide de dormir sous tente ce soir. Un peu de calme, un peu de repos, un peu de lecture. L endroit etait ideal, j etais au bord d un petit lac rouge, merveilleux endroit plat pour un repos reparateur. J avais bien entendu completement oubli cette regle qui ne peut pas s appliquer a l Inde :
“Prends un chemin de traverse au soleil couchant, moment ou personne ne te reverra plus jusqu au lendemain matin”…
Ici, passer innapercu est impossible. J avais donc du avoir la visite d une petite dizaine de locaux en soiree.
Mais voila, la premiere pierre s explosa sur mon velo ce qui me donna l alerte, la seconde se fracassa sur une saccoche et, si c avait du etre ma tete, je ne serais pas la a vous raconter! La troisieme avait roule jusqu au pied sans me heurter, quand a la quatrieme, d un plouff elle finit dans l eau, Puit venait de gagner sur Pierre.
J eteignis ma frontale, sorti discretement de la tente, mon couteau a la main et cette question en tete :
Serais je capable de lui en foutre un coup?
En situation de survie, je crois que la question ne se serait pas pose mais voila, les lascars etaient bien planques et devaient bien rigoler. Je balayai les alentours sans trouver personne et l evidence etait la, j aurais pu y rester, ils auraient pu me faire la peau et tout aurait pu s arreter la mais le sort en avait decide autrement. Il ne fallait pas manquer l occasion, je decampai de la et poursuivis ma route sur quelques kilometres avant d emprunter un nouveau chemin de traverse pour reflechir.
3 indiens arriverent bientot, c etait Bhim et ses amis. Je devais finir cette soiree mouvementee a 1 heure du matin, apres un bon repas et une longue explication, invitee par cette famille de simples paysans qui a leur maniere tenterent de s excuser. Les pauvres n y etaient pour rien, mais voila, parfois, tout commence par une reunion avec des collegues, une simple reunion de cadres moyens, et tout peu finir de facon decevente, tres decevente. Ce soir la, ce n etait pas le cas, l hospitalite venait de l emporter sur l absurde et le couteau, par chance, n avait pas eu a combattre la pierre.
Voila, on en fait tout un foin de ces cols a passer mais lorsqu ils ont ete, on en a plus qu un bref souvenir… un souvenir humide et sans herbe de ces quelques larmes versees tout en haut, n en croyant plus, pensant qu on allait y dormir, que ca n allait pas en finir, doutant de la faisabilite de la grimpette a velo et de mes capacites a tenir sans oedeme pulmonaire ou attaque cardiaque, pensant finir comme un homme foudroye parce que c etait bien tout une journee qu il m avait fallu pour faire les quelques 30 km de pur ascension pour arriver finalement aux fameux 5300m… des centimetres plutot, grapilles a la force des bras et du dos davantage qu a celle des mollets…
Mais tout avait recommence depuis Leh. J emmenais avec moi les souvenirs partages avec ma douce et devais bien me rendre a l evidence : je me retrouvais de nouveau seul et devais affronter des chaines de montagnes hautes comme je n avais jamais connu jusqu alors, je devais remonter sur ce velo devenu poussiereux et qui trainait la depuis deux mois maintenant sous l escalier de cette guesthouse qui m avait abrite. Tout recommencait encore, interminablement!
La route me menait gentiement en bas du col. C etait d une platitude qui n en avait que la pente parce que deja il fallait prendre garde. Ici, on est en Inde ce qui implique qu on est entoure de conducteurs indiens et qui plus est, evoluent en plein himalaya. Qu on se le dise, le velo n est pas une tite reine ici mais un intru sur une route ou ils sont rois. Or, avec la fierte de mes 50kg de bagages, je me lancais moi aussi sur les routes. Je devais bientot admettre que 40 tonnes sont bien superieures a 65+18+50 kg et ce, meme s il vient de pleuvoir! Ma sonnette achetee 30 roupies au marche et lubrifiee a l huile de cacahouette bravant elle aussi les affronts lances par ces poids lourds au sourire ricaneur et a l echapement ensorceleur n y faisait pas grand chose. Il restait une solution, me jetter par moment dans le bas cote avant qu on ne m y pousse! La premiere fois, je pensais a une erreur de conduite, une petite somnolence mais je dus bien vite apprendre a mes depends que tout cela n etait qu un jeu pour eux. Ils se lancaient pleins gazs comme une boule dans un jeu de quilles.
Il y avait pourtant ceux qui s arretaient davantage par curiosite qu autre chose pour me demander si tout allait bien et si je ne manquais de rien et les autres, ceux qui pouvaient s amuser a rouler a droite juste pour tenter de m ecraser… Bande de salopards! Je n y comprenais rien de l Inde et de ses indiens et ca me retournait… Et puis, je repensais a ce que m avait dit mon pere ce jour de mes 10 ans ou je devais m atteler a la “lourde” tache de ramasser des catins de mais dans un champ moissonne, celles la meme qu on ne distingue pas, celles la qu il faut chercher en harpentant de ses petites jambes de gosse un champ de la taille de toute la France tellement il est grand. Ce jour la que j en aurais pleure tellement la tache me “lourdait”, il me dit avec la “legerete” d un pere excede par les caprices de son fils :
“De toute facon, il faut que tu le fasses alors, prends ca avec le sourire, tes pleurs n y changeront rien!”
17 ans apres, ca marchait toujours, je devais bien me rendre a l evidence qu il avait raison! Et je pedalais avec le sourire et ca grimpait plus facilement et les chauffeurs excedes a leur tour s en trouvaient retournes. Il y a de ces petites phrases qui marquent les grandes lignes d une vie. Elle en faisait partie comme les autres, celles qui m aidairent a grimper aussi.
J aurais pu m en garder une en reserve de ces petites phrases mais a ce moment la, c etait de l eau qu il me fallait. J etais en manque. En manque du brevage qui me permettait de continuer. Je venais de me faire inviter par une bergere a un the au beurre de yack rance. La procession se fit en silence, sans mot dire, j acceptais alors que son chien venait d epargner mon doux fessier, son fils esquisser un leger sourire et je repartai. Je devais bientot apprendre que ce vent de face qui ne me lacherait pas jusqu au soir me pompait toutes mes energies et toute mon eau aussi. L obsedante illusion de mourir a feu doux du manque d eau me reprenait. Et puis la, sur le bas cote, une bouteille a moitie consomme de cola, je me laisse aller a la tentation et le pchit de l ouverture de la bouteille laisse echapper le genie Gazh qui m autorise a une gorgee. Jamais un colas ne fut si bon que celui la.
J enchaine les ascensions et les maigres descentes en me retranchant dans les derniers escarpements de l effort. Chaque col est une victoire que je savoure avec serenite. Les routes ressemblent presque a s y meprendre a des sentes de montagne labourees par le pas du mouton. Il n est pas rare que je croise un camion en rade ou les 4 roues dans le patte himalayen a n en plus pouvoir s en depetrer. (J ai beau lancer un “Alors, on fait moins le malin maintenant”, il ne comprend pas). Les nids de poule des routes iraniennes ont laisse place aux nids d autruche indienne, le velo souffre a plusieurs reprise et je dois rattraper bien vite la rondeur de ma roue en martelant de temps en temps la gente qui ne tourne plus rond. Tout repart finalement. Je monte, descends puis remonte et redescends au rythme des vagues de la vie. Je me prends a rever, a esperer que le paradis n est pas en haut mais en bas. S il faut y monter (je n ai pas la la pretention de penser que j irai mais j aime a suivre les theories qui pretendent que l enfer contrairement au paradis est pur invention de l homme), j espere que l ascension est assistee.
Apres le Rothang La, apres avoir enchaine 3 col a 5000m, je tombe la tete dans la nuage sur ce qui pourrait ressembler de loin au Paradis. 50 km de pure descente m entrainant de 3900m a 2000m. Tout est vert de l autre cote, les chuttes d eau tombent des falaises dorees et on se croirait presque dans un tableau de Gauguin, peinture a l eau parce qu ici, il pleut. Bienvenu dans l une des autres Inde, ici, c est encore la mousson. Il me faudra etre les deux pieds dedans, a Manali pour vraiment en prendre conscience. L evolution fut soudaine mais flagrante, sans transition presque et me voila a cotoyer les sadhous et les singes au rythme, cette fois de la pluie qui tombe. Tout va trop vite, je ne m y retrouve plus, mon regard bien qu entraine ne s y retrouve plus dans ce capharnaum que l on nomme Inde, il me faut un peu de repos que je trouve dans les lignes de Cendrars, cet homme foudroye qui lui aussi me suit dans mes perigrinations. La route indienne est encore longue.
1h du mat, nous prenons nos sacs, encore dans les bras de morphee et nous dirigeons vers le terminal de bus d ou notre jeep doit nous conduire a Darcha, debut de notre trek.
Debut du trek mais pas debut de l aventure… Nous arriverons en soiree a bon port, apres que notre chauffeur soit entre en trance a plus de 5300m d altitude sous l effet de la musique sectaire qui implore les dieux et sous l effet sans aucun doute de la l heroine qui tente de le garder eveille.
Les “please stop Mister” ont laisse place a un glissement de la vitre arriere qui accepte tout juste la tete de mon frere pour un nieme vidage d estomac. Mal d altitude, des transports et anxiete d un trek qui doit nous conduire loin nous emmeneront d abord au dispensaire de Darsha ou un “Don t worry mister” nous encouragera a attendre le lendemain pour juger de la suite a donner a nos perigrinations.
Il va mieux, on peut partir. La suite est sans grande surprise, nous marchons, luttons avec nos fatigues, nos angoisses. Une vieille douleur a l arriere du genou me fait reflechir et puis finalement, ca repart. On attaque rapidement l ascension qui doit nous conduire au Singgo La, a 5000m d altitude. La plus guete puis s abat. Ce sera la ce soir, aux pieds du monstre que l on devine dans les nuages. L ascension sera pour le lendemain, interminable mais bonne, comme si la difficulte devait etre une recompense… A cette altitude, souffrir est deja bon, la montagne nous laisse exister.
Nous entamons notre descente lorsque le pas silencieux des yaks sauvages interrompt notre dance. Ils ont decide de passer de l autre cote, nous les laisserons faire hehehe…
Un nieme “rice and dale” nous rappellera que nous pourrions etre a la maison a manger un gratin dauphinois bien de chez nous mais a quoi bon.
Par la suite nous marcherons encore dans cette vallee minerale qui laisse une place a nos si minces vies. Nos regards croisent ceux des gosses, nous nous arretons souvent, pour reprendre notre souffle et compter l importance du poids de nos sacs. Mais nous aimons ca et en redemandons.
Nous voila repartis alors que Phuktal Gompa et ses monks se mettent en travers de notre chemin. Je me rappelle les divergences de mon imagination lorsqu en remettant la main sur Tintin au Tibet, je m etais imagine dans la chambre de son gompa. La meme, c est ici que nous passerons la nuit avec vue sur la riviere. C est ce matin la que nous nous verrons invites a assister a la puja en compagnie des moinillons du monastere, a regouter au the au beurre de yak rance…
Puis nous repartons, direction Padum. Nous n y resterons pas longtemps, decus par l atmosphere du festival, comme si nous devions deja regretter une page qui se tourne.
Fuir l Iran… L idee ne m etait pas venu spontannement mais le temps me pressait pour rejoindre mon frere qui n allait pas tarder a arriver dans le Nord de l Inde.
Apres moultes interrogations sur mon sort a venir, je decidais de le prendre entre mes mains et de decider du sort a donner a mon sort. L Inde, directement, depuis Teheran… C est maintenant possible grace a l avion. Une nuit dans l aeroport, une technique de renard pour jongler comme une anguille entre les controles de police et m y voici enfin… Delhi, Inde.
Fuir encore ce Delhi plein d indiens au regard si curieux…
Fuir ce climat de mousson ou je transpire a grosses gouttes sur ce lit bien sommaire d un hotel de l aeroport en attendant mon vol pour Leh.
Apres m etre justifie du port de mes sandalles automatiques qui sonnent au detecteur, apres qu on ait peu scrupuleusement balance la selle de mon velo dans l inconnu des tapis roulants, je prends siege a bord de cet avion qui m emmene a Leh!
Leh, m y voici… ENFIN!
Je tente d accuser les 3500m d altitude d ou sera dorenavant juche mon corps. Mon souffle revient vite et personne ne veut croire qu a la descente de l avion je decide de monter mon velo pour embrayer directement sur les 5km d ascension qui doivent me conduire au village.
Je trouve vite mes reperes dans cette ville rythme tant par l himam que par les cornes des monkhs et puis tout s ensuit.
Il y a la visite du Dalai Lama a 7 km de la et une excursion qui s impose parmi les 4000 membres presents qui ont fait le voyage. Ils sont descendus des montagnes, de leurs villages, ils sont presque tous la… Ladakhis aux vetements pourpres, Zanskaris aux bijoux turquoises, Dahanous aux fleurs dans les cheveux… C est un arc en ciel de minorites ethniques qui s active au rythme du moulin a priere.
Il y a aussi le festival d Hemis. Hemis, gompa snobant l Indus du haut de sa montagne. Hemis, rendez vous des locaux pour feter la fin de la moisson.
Sur deux jours, la fete est donne a la cadance des sambales et des tambourrins. La tentation, la delivrance, la communion, la reflexion… Tous les themes sont abordes, suggeres et illustres par ces hommes devenus demons ou bons, arborant tantot un masque, tantot un vetement de fete.
Grands et petits sont la, sommairement installes au premier rang ou confortablement en haut du toit. Yeux rilleurs, sourires inquisiteurs… Puis la fete s acheve et tout le monde prend le chemin du retour.
Du haut du toit de notre bus, nous essuyons les seaux d eau des gosses qui attendent le passage de la caravane pour s amuser de notre impuissance. Ca fait parti de la fete aussi. Jongler avec les fils electriques ou telephoniques, avec les seaux d eau… Tout se fait avec le sourire.
Qu il est bon aussi de voir enfin des femmes sourire et rire… De lancer de l eau a leur tour, d avoir une position importante au sein de la famille. Equilibre, Respect et Liberte… C est comme si ca faisait… Longtemps!
Leh, rendez vous des voyageurs. En cette periode de mousson qui accable le reste de l Inde, Leh est comme un oasis au milieu des montagnes pour les voyageurs. Je rencontre Remi, Sarah, Sandra, Lucien et puis Gys et Manu, un couple de francais parti aussi a velo. Nous tuons nos heures a siroter des thes ou des jus d abricots secs avant de partir pour une visite de monasteres, pour une expedition au bord du lac Tsomoriri.
Rizong et les autres… Gompas de vallees et de montagnes, ils hebergent leurs monkhs qui vivent au rythme des prieres et des taches quotidiennes. Notre presence semble a peine les deranger, une invitation pour un the au beurre de yakhs rance, les amuser. Quel Bonheur!
Il est la encore, sur le chemin qui me conduit toujours un peu plus loin.
Partir en jeep, c est laisser le velo de cote, c est aussi partager avec d autres ce grand moment qui nous conduit apres plusieurs heures de route au bord du lac Tsomoriri. Le soir venu, nous plantons la tente dans ce decors de paradis et puis soudain, notre attention se porte vers l attraction!
UNE CARAVANE DE YAKS TRANSPORTANT DE LA LAINE…
Dans ma tete, ce genre d evenement n existait plus que pour les touristes fortunes qui se permettaient de partir une fois l an avec une agence bien specialisee qui leur ferait croire que les caravanes existaient encore…
Dans ma tete, cette scene n existait plus que dans les films de Vali…
Il fallait bien admettre que j avais tout faux. Ils etaient la devant moi. Les nomades meneurs qui les accompagnaient fetes par les monkhs du monastere qui servait de point de repere a notre campement. Ceux la ont fiere allure a pied ou a cheval, tentant de guider les pas de ses animaux si lourds.
Le landemain, c est a 4h du matin que commence la dance du voyage, nous voila partis pour plusieurs kilometres de randonnee a la rencontre des nomades du lac et ne tardons pas a nous faire inviter encore, simplement en echange d un “Djouley”…
Le Bonheur est la, je le savais, je ne suis pas decu.
Mon frere arrive bientot, le temps d un partage, le temps d une randonnee qui nous conduira a travers le Zanskar… avant que je ne renfourche ma monture pour affronter la deuxieme plus haute route au monde qui me portera a 5300m d altitude. DRIVE but DONT FLY qu ils disent en bord de route… Promis, j essayerai!