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Posté le 05-11-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Mauritanie par christophe
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Posté le 04-11-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Mauritanie par christophe

“Vraiment, il faudrait plusieurs vies pour faire, apprendre, visiter, connaitre tout ce que l on vourdait! C est par trop court!

La lecture de Vega de Nordenskjoeld me donne des envies terribles de voir la Siberie, et je n oublie pas le Tibet, ni d ailleurs le Sahara! Enfin, pour le moment, sachons nous contenter du Cameroun.

Mais mon demon me pousse toujours a etre en avance sur l horaire, et m oblige a realiser, dans la pratique les choses a un moment ou ma pensee est ailleurs!”

Th. Monod - Daïdo, 6 novembre 1925.

Monod me donne des envies terribles d ailleurs. Pourtant, Chinguetti, j y suis. Ma pensee est partout ailleurs. Il n y est pas pour rien mais je me sens fautif, en dephasage, possede moi aussi par l appel d autres voyages qui en veulent au temps qui court toujours trop vite. J en veux parfois a la terre toute entiere d etre ronde, au temps d etre lineraire. J ai quitte le port d ou il serait bon de ne jamais revenir. Mais partir pour une traversee vaut il vraiment mieux que partir pour un tour?

Chinguetti, village de bord de Sahara, port d entree vers l immensite doree. Les touaregs sont mes marins, les dunes mes vagues, les chameaux mes bateaux, les djins mes sirenes. Mille histoires courent au vent, celui la meme qui efface les pas de mon sillage depuis que j ai leve l encre. Il souffle de face selon une constance a variable unique : ralentir la progression du reve tout en gonflant mon envie de le realiser. J avance alors tel un bateau ivre obstine par la peur du chavirage. Mes jambes s usent au contact du sable, le soleil est moins fort depuis qu il a passe le zenith et les chameaux avancent en silence. Je suis ailleurs, a hier ou les enfants jouaient sous la tente, a demain ou le train de minerai me conduira de Chom a Nouadibou de sa lourdeur, selon une constance a variable unique : m eloigner de Chinguetti tout en gonflant mon envie d y revenir. Les grains de sable volent et la dune danse gentiement. Elle aussi sera ailleurs la prochaine fois. Sablier immense qui ne tiendrait pas dans une bouteille. Le message flotte dans le fond de ma guerba, ecrit en majuscule : “AILLEURS DEVRAIT SE CONJUGUER AU PRESENT”. La phrase est au conditionnel comme s il manquait quelque chose ou quelqu un et je retourne en marge de la ligne, en bord de route, ou j etais plus tot, parce que, meme si je n aime pas conjuguer au passe, ce temps la ne semblait pas s ecouler.

C etait il y a deux jours, ou peut etre avant; c etait avec 3 camarades rencontres plus tot au Chili ou peut etre seul (Il m arrive parfois de me retourner pour verifier qu ils sont la, la solitude a appris a me jouer de vieux tours). En tout cas, c etait sous la tente, au pays des nomades, des marins nostalgiques, des reveurs par conscience, des croyants a l Unique qui revassent a l ombre des orangers des jardins d Allah berces par la douceur des plaisirs.

L ordre m etait inconnu, les rapports illogiques car seules les femmes et les enfants etaient la pour nous accueillir. En terre musulmane, le fait est assez marquant pour qu on doute de la suite a venir. Pourtant, nous etions la, couches sur quelques tapis, adosses a quelques coussins, nourris par quelques sourires pendant que la plus jeune de nos hotes faisait deja chauffer le the. Jeux de regards dictes par quelques sourires, jeux de regards berces par quelques rires. Le temps s arrete, je suis heureux. Les enfants portent dans leur regard cette belle insoucience face a la mort, presque provocante. Le the tombe maintenant d en haut et le procede sera reproduit de tres nombreuses fois, imuablement, inlassablement jusqu a l atteinte d une perfection emouvante, nous ne serons servis que lorsque la mousse indiquera que lui aussi a pris le vent, celui qui lui donne cette legerete raffraichissante et invite a l ailleurs. Les gosses retiennent mille questions qu on se doit de ne pas poser au voyageur par politesse, pour le mettre a l aise, comme on attend un parent a la table au retour du champ. Rien ne se passe vraiment sous cette tente et c est bien ce qui nous encourage ici plus qu ailleurs a retenir nos souffles de voyageurs blesses par un retour qui se fait oppressant.

Plus tard, demain, le train grondera de sa lenteur pour nous conduire sous la contrainte du fer et de la poussiere vers Nouadibou. J entends deja la bete se plaindre d ici, marquer de son poids le fer du rail toujours si peu habitue a la douleur, comme pour se vanger d une destinee imposee. Force tranquille qui essaie de s echapper et qui ne peut que suivre sa ligne ou s arreter. Je suis deja ailleurs, sur ce train qui m emmene un peu plus loin. Les pas s effacent au vent, dans un silence leger qui invite au dephasage, a l ailleurs, au voyage en forme de marche lente par une route dont on ne peut s echapper.