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Posté le 11-06-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Nouvelle-Zélande par christophe
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Posté le 10-06-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Nouvelle-Zélande par christophe

Comme tous les jours, je commencais ma journee avec un jus d orange qu on me disait “produit par Dieu, mis en bouteille et garanti par Charlie’s” et j enfourchais bientot ma bicyclette avec ces questionnements que sucitent de telles manipulations mercantiles.


Accompagne de mes 364kJ d energie divine, je m elancais plein Nord en direction du glacier Godley avec la conviction du gagneur et l incertitude du voyageur. La piste s elancait d abord gratieusement vers les monts enneiges en fleurtant de ci de la avec le bleu turquoise du lac Tekapo et l herbe jaunissante des prairies a mouton. J evoluais en plein paradis et en oubliais meme que l effort fourni aneantissait progressivement et en silence mon stock de fluide promis. La journee devait filer rapidement, au rythme de cette riviere que je sentais vivre et que je devais traverser encore et encore, bleuissant de sa froideur mes extremites en contact. Depuis que le soleil s etait cache trop tot, mon evolution etait encore plus douloureuse et je devais admettre bien tard et contre mon gre que l hypothetique refuge etait a 5km de la, par une piste qu il fallait maintenant deviner non a cause de la nuit a laquelle mes yeux s accoutumaient facilement mais a cause des pierres et rochers qui la jonchaient et la rendaient presque innexistante. Deux bonnes heures me seraient probablement necessaires pour atteindre mon objectif du soir mais la sagesse et surtout la fatigue m indiquaient qu il vallait mieux en rester la pour aujourd hui et planter la tente au pied de cette montagne ci, a l abri du vent qui se levait aussi vite que la lune et ou une ouverture vers l Est me garantissait de beneficier des premiers rayons du jour.


C est toujours au moment innatendu que le sort decide de s acharner et il se reveille tot ce matin la. Il doit etre a peine 5 heures lorsqu a l annonce de la tente qui craque, je crois aux rayons du soleil qui tendent les fibres de mon abri. C est en fait la grele qui s abbat. Elle sera bientot suivi de la neige et l une des journees les plus longues de ce voyage devra commencer sans sembler enfin finir.


Le vent qui se leve aussi vite que le jour n annonce rien de bon et l averse se transforme rapidement en tempete. J organise mon lieu de survie et parviens finalement a rester au sec une bonne partie de la journee. Le temps file moins vite qu hier et j apprends a compter ces minutes qui ressemblent a des heures. Seul, a 2 journees de la premiere habitation et avec en reserve 4 jours d autonomie de nourriture, je suis confiant. Au fil des heures qui ressemblent a des jours, ma confiance fond a la neige et le doute s installe, l inquietude grandit, laissant place a la peur. Je sais qu il faut me contenir, m occuper l esprit et j entreprends alors de decoudre la marque de mon bonnet et de me le personnaliser. De la pointe de mon couteau, je coupe fil par fil et bientot n entend plus les flocons tomber. Apres 4 heures de concentration le resultat est satisfaisant et la peur s est effilochee. Mes yeux voient tomber la neige plus doucement mais apres 24 heures d attente, elle s acharne toujours autant. J en conclus alors que Charlie s ne peut finalement pas garantir grand chose et que Dieu produit bien ce qu il veut et pour une fois, j en arrive a me demander s il ne neige pas aux enfers.Je decide de commencer a manger deux fois moins que prevu afin d accumuler des reserves et m endors bientot avec l espoir qu au matin du deuxieme jour le temps sera plus clement.


Toutes les heures je me reveillerai avec l excitation de trouver un ciel bleu nuit et froid, qui me garantira une journee ensoleillee. Ce n est que vers 5 heures que mon bonheur arrivera et je ne decollerai que vers 10 heures, quand le soleil m autorisera a pouvoir enfin essayer de traverser la riviere. Puisque je me demande s il vaut mieux sagement faire demi tour ou poursuivre vers mon objectif, je prends la decision qui m evite de trop me perdre vers ces fausses questions et poursuis sagement plein nord. La roue libre de mon velo est gelee et je dois la plonger dans l eau du torrent pour qu enfin le mecanisme reprenne vie. Progressant dans la neige, affrontant la souffrance du gel de mes pieds plonges dans l eau glacee, j atteindrai le refuge apres 3 ou 4 bonnes heures de marche profitant de chaque instant de soleil qui donne a la montagne sa grandeur et sa majeste.


Le glacier s offre enfin a moi dans un ultime effort et mon retour au refuge est un moment de bonheur incomparable. Je me restaure du mieux que je peux et tente de rechauffer mes pieds geles a la lueur d une bougie qui me les brulera sans que je ne m en rende compte.


Mon retour a Lake Tekapo se fait en silence et sous le soleil et je poursuis bientot ma route vers Wellington par d autres pistes qui auraient elles aussi merite quelques mots parce qu elles m avaient apporte beaucoup de bonheur. La route, celle la meme qui me permettait d avancer pouvait toujours aussi rapidement tout me reprendre. C est elle aussi qui me poussait toujours d avantage au questionnement et si Dieu ne nous avait pas produit, il m avait bien presse et mis en bouteille mais ca, Charlie s n en su jamais rien.



mai
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Posté le 22-05-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Nouvelle-Zélande par christophe

J avais bien hesite avant d atterir ici sur ce coin de terre au milieu de l ocean, ile des antipodes au grand nuage blanc. Tout etait alle tres vite si bien que je ne m etais meme pas rendu compte que je venais de tourner ma page asiatique. Voila pres de 2 ans que je n avais pas vu tant de blancs attroupes dans un seul endroit. Je crois d abord a un rassemblement de touristes mais non, ceux la vivent ici et sont chez eux. Il y a cela de choquant auquel je n aurais pas pense si j etais venu directement. J avais vu defile dans un ordre parfois approximatif les arabes, les perses, les indiens, les asiatiques et voila qu aux antipodes je devais trouver des semblables. Ce bout de terre avait quelque chose d etrange, quelques maoris en moins qui m auraient pourtant permis de me sentir davantage de ce monde. On y marchait au pas, on n y mangeait pas dans la rue, on n y vendait pas ses productions pour survivre, on s y melait pour ressembler a tout le monde et lorsqu on m eut bientot rappele qu il ne fallait pas traverser lorsque le bonhomme etait rouge meme quand il n y avait pas de voiture, lorsqu on m eut averti que le port du casque etait obligatoire, lorsqu on m eut fait comprendre qu ici aussi il vallait mieux marcher dans le sens convenu plutot qu a contre courant, j avais voulu leur crier comme pour les reveiller qu avant qu on eut appris a les tracer, les cercles n avaient pas des rayons egaux. J avais voulu les prevenir du complot, leur enseigner l esprit des lois d avant.

Je me remets de ces premieres impressions hatives et apprecie avec consideration l accueil qui m est reserve par une famille de francais ayant decide d etablir domicile a Auckland. Il fait bon de renforcer l esprit de resistance en pays conquis. Et bientot, je reprends l avion pour debuter mon aventure kiwi dans l ile du sud a Queenstown.

Renseignements pris, je file plein nord par une vieille piste qui doit me conduire a Wanaka. J aurais du normalement prendre plein nord mais le message sur la porte blindee et surelevee qui barrait mon chemin semblait clair : KEEP OUT! Je devais alors voir a quoi ressemblait Macetown, village abandonne de pionniers en manque d aventures, venus pour faire fortune en cherchant l or, et envisager une voie plus pentue reservee aux randonneurs pour atteindre mon objectif. C etait Bret et ces amis que je devais rencontrer le matin du deuxieme jour et partager avec eux un petit dejeuner reconfortant. La veille, j avais traverse par 50 ou 60 fois peut etre cette foutue riviere, me gelant les membres jusqu a ne plus les sentir, ne sachant comment les rechauffer. Ceux la avaient encore le regard brillant de ceux qui croient pouvoir decouvrir sous cette pierre la, ou celle la peut etre, la pepite qui les rendra fortunes. Ils avaient ce brin de folie qui les rendait homme. Bret devait m apprendre que je faisais fausse route, que le sentier dont je parlais n etait plus emprunte depuis longtemps. Il m accorda qu on aurait du me prevenir en bas, a Queenstown et m encouragea cependant a faire demi tour, a traverser mes rivieres de nouveau, et a passer le velo de l autre cote de la porte.

Le fameux Bret cru meme bon rajouter :

“De toute facon, tu n as rien a perdre!”.

De l autre cote, comme si cette barriere interdite cachait un paradis, je decouvrais une immensite lumineuse, un air de montagnes sacrees, l endroit que je sentais avoir toujours cherche. L herbe etait jaune, les pentes assez douces bien qu il eut fallu pousser sur toute l ascension et traverser un nombre incroyable de guets. Lorsque vint le soir, je me sentis comme seul au monde, les sens de nouveaux en eveil, ceux qui me permettraient de sentir un vent qui se leve, un bruit annoncant un visiteur, une odeur me ramenant a d autres souvenirs, me plongeant davantage encore dans cet etat de bonheur qui vous ennivre et vous rend humble devant une nature puissante parce que belle. Le soleil avait perdu de sa douceur et le froid s installa bientot pour la nuit. Emmitouffle dans mon duvet, le regard parfois en dehors de la petite ouverture de ma tente pour apprecier un ciel etoile de l hemisphere sud pour mieux imortaliser l instant, je ne sentais pas que le danger guetait bientot. Au matin, je me rendais compte que j avais peu dormi. Jamais je n avais subit un tel froid et sans mon equipement j y serais probablement reste. Mon petit orteil du pied droit a du mal a se reveiller et souffre encore des traversees de la veille, la chaine du velo est gelee et ne parvient pas a entrainer sa roue, la tente est recouverte d une epaisse couche de glace produit de la condensation et du froid, ma gourde metallique a explosee et le gaz de mon rechaud hesite a s activer. Il a gele a -15C.

Au matin, la montagne est recouverte de cristaux blancs et le petit torrent que je dois traverser encore est gele dans ces recoins les plus tranquilles. Les pieds laceres je me lance dans une nieme traversee et paralyse, je m effondre sur l herbe gelee qui me les brule un peu plus encore. Cette fois, j attends que le soleil passe de l autre cote pour envisager une nouvelle tentative. C est a ce moment qu un petit avion survolla ma situation et atterit non loin. Je fus bientot rejoint par un paysan qui peu soucieux de savoir comment je n y etais pas reste par un tel froid, me repprocha d avoir traverse ces terres et m averti :

“Celles sur lesquelles tu te trouves maintenant appartiennent a un proprietaire qui ne te laissera pas passer et t obligera a faire demi tour.”

Comme m avait dit Bret, je n avais rien a perdre et au point ou j en etais, je ne pouvais plus me permettre de faire demi tour. L autre paysan arriva bientot, lui et ses 30 chiens pour un accueil dont je me souviendrai :

“T es bien un E…. de francais, typiquement arrogant et ignorant!”.

Et me demanda soit de faire demi tour, soit de payer 100 dollars.

J aurais aime lui expliquer ce qu “arrogance” signifiant, lui indiquer que l ignorance etait une vertue. J aurais aime lui rappeler que quelques maoris auraient bien du lancer a ces ancetres ces memes propos mais je preferais ruser et passer mon chemin sans payer, me souvenir en silence et le sourire aux levres ces quelques propos de Montesquieu :

“Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire: “Ceci est à moi”, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: “Gardez-vous d’écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne!”.”

Cette terre etait belle, tres belle et je m elancais dans l attente de quelques aventures a venir en gardant en tete qu ici peut etre, je me sentirai plus proche des chercheurs d or que des paysans. Les chemins se succedaient et personne ne comprenait vraiment pourquoi je ne voulais prendre la route principale, celle qui convient a tout le monde. C est que je me bornais a penser que la ou il y avait des pieux a arracher, il y avait des sourires a planter!