J aurais bien a vous raconter…
- ma sortie de tole
- la route qui m emmena sous la pluie de Damas au Krak des chevaliers
- puis de Lataquie a Alep dans les memes conditions
- ma rencontre avec Nicolette et Karel
- comment j ai failli me faire arreter du haut d un pont par un militaire a la mitraillette defaillante
- comment j ai evite une seconde nuit au niouf en roulant sous la pluie plutot qu en risquant de dormir dans une foret… MILITAIRE…
- la decouverte ennivrante du souk d Alep
- mon coup de foudre pour cette ville qui se dispute la vedette avec sa grande soeur Damas
Oui, je vous epargne tout cela parce que je compatis!
Je compatis avec l ami Morgan, parti depuis plusieurs mois deja en Thailande pour vivre son reve de gosse a lui (vous remarquerez… pas toujours besoin d un velo)… Seulement, on se rejoint sur un point… Le NO QUESTIONS… (cf son mail joint en bas de page)… que je rebaptise a ma sauce le DIS HASSAN… POURQUOI?
Quand j etais petit, j etais timide… Et puis j ai grandi un peu et on m a appris qu il vallait mieux poser une question stupide une fois que rester bete toute sa vie… Rester bete toute sa vie… La vache… Ca foue les boules! Alors, du DIS PAPA… A DIS HASSAN, il y a finalement toujours cette meme naivete d un regard d enfant dans un monde de grands dont, dit on, il fait parti maintenant…
Alors, on est une bande de jeunes qui rigole, une bande de jeunes de cette generation qui pose des questions stupides plutot que de se taire…
Dans la serie NO QUESTIONS en Syrie, je voudrais…
1- Dis Hassan, pourquoi ta ville ressemble t elle a un magasin Carrefour? Y a la rue des jus de fruits, celle des patisseries, celle du coton… C est le bordel, et la concurrence, ca se passe comment?
Reponse : C est quoi un magasin Carrefour?
Analyse : Vous remarquerez, c est typiquement syrien le coup de la reponse en forme de question… C est typiquement arabe aussi de voir une ville structuree en gros souk, et la, tu comprends que c est peut etre Carrefour qui a copie… Ah ouais…
2- C est qui ces trois moustachus qu on voit partout en portrait? Vous cultivez aussi le culte de la trinite ou quoi?
Reponse : Ahhh tu veux parler de notre cher president Bachar al-Assad, de son frere Bassel mort dans un accident de voiture et de son pere Hafez, ancien president, mort il y a 3 ans.
Analyse : J aurais du etre plus direct > Pourquoi les morts sont ils en photo dans votre pays?
3- Pourquoi les morts sont ils en photo dans votre pays?
Reponse : Que ce soit notre ancien president ou nos freres syriens morts au combat en Iraq pour nos autres freres iraquiens, ils sont immortels, ne l oublions pas…
Analyse : cqfd.
4- C est quoi sbordel, c est qui qui chante tous les matins sur les coups de 4/5 heures? (A poser avec la voix de Pierre Palmade)
Reponse : Tu parles sans doute de l himam qui appelle a la priere…
Analyse : Ah ouais, c est vrai, jsavais bien qu il y avait un air de ressemblance avec la Tunisie, l Egypte et la Jordanie.
5- Ohhh. C est cool, c est ferie aujourd hui!!!!! (17 avril) Qu est ce qu on fete?
Reponse : Le depart des francais qui nous ont occupes de 1920 a 1946 … Notre independance! Il faut que je te rappelle aussi que qu en 1925 et 26, vous avez bombarde Damas a deux reprises?
Analyse : Et ils nous aiment quand meme!
6- Bordel, tu vas repondre a ton portable ou tu testes la sonnerie? (A crier de la fenetre de ton hotel pourri, quand elle s ouvre, a 3h du mat, peu avant l appel de 5h, au cretin d en bas de la rue)
Reponse : C est pas mon portable, c est quand je recule avec ma caisse…
Analyse : A quand la marche arriere interdite dans les restaurants… Nan parce que la, faut faire quelque chose… Et puis mince, je me rendors en me demandant ce que doit donner en Europe un bof qui recule dans un restaurant avec sa caisse pourrie et son portable qui sonne au meme moment)… Vous remarquerez qu en etat de semi sommeil, l analyse est un peu douteuse.
Je vous epargne alors celles la…
- Pourquoi tu parles pas a une fille?
- C est quoi les rapports entre la Syrie et le Liban?
- Et Saddam, tu crois qu il est vivant?
- T aimes ton president?
- A quoi servent ces neons vers kitches en haut des minarets des mosques?
Et je vous laisse vous delecter du mail de l ami Morgan qui m a rassure… He oui, on peut aimer voyager et poser des questions connes… En apparence…
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L’Asie, c’est fun !
Cette formule, piquee a la ville de Quimperle en memoire de sa memorable saison touristique de 1987 (92% de remplissage pour l’Ibis de l’avenue Pasteur!), resume assez bien les tribulations d’un europeen en Thailande.
Apres maintenant 7 mois de vie chez les jaunes (qui n’ont pas la tete a l’envers, je le rappelle), je prepare un bouquin des questions cons a ne pas poser. Car le fosse est large entre entre l’orient et l’occident, car c’est meme un precipice des que l’on parle de fonctionnement neuronal.
Donc, ne pas demander :
1. T’es sur que c’est pas mieux ma chemise Eden Park pour Songkran ?
Songkran est une grande fete thailandaise qui vaut a la population 4 jours feries. Tout le monde en profite pour transformer Bankok en ville fantome. Le second principe est le jet d’eau et de farine sur les passants qui passent. Des le premier soir, un des quartiers chauds s’est transforme en un truc qui n’existe pas c’est a dire tout le monde tout nu dans la rue, musique a donf, jet d’eau, pistolets et sceaux en pleine expression et gueules blanches farineuses. Il m’a fallu 3 minutes pour muter de touristes modeles bien sape en rebelle hurlant et fortement humidifie. 3 heures de combats rapproches dont on sort emousse et ravi.
2. C’est quoi c’te merde ? C’est un gateau ? C’est l’equipe de Fear Factor qui fait la bouffe ici ?
Le mariage thai est assez proche du notre si ce n’est qu’on ne va pas a l’eglise, ce sont les moines qui viennent guincher. A cette occasion, la famille du marie doit tour prendre en charge, y compris le repas. Les familles chinoises mettent un point d’honneur a servir des specialites regionales. Le gateau en est le bouquet final. Apres tout un repas de sourires contractes en croquant des aliments dont je ne connaissais meme pas l’existence, j’ai du affronter le Kloug bride. Je ne saurai meme pas dire si c’etait dur ou mou tellement c’etait autre chose… Tout le monde se regalait.
3. Je reve ou il n’y a que 2 chambres ? On dort en tournante… c’est ca ?
Dernier week-end a la mer. 3 voitures et 12 personnes filent joyeusement vers Hua Hin, grande plage a l’americaine a 3 heures de de Bangkok. A l’arrivee, un beau Bungalow et… 2 chambres. Un rapide calcul me permet de mesurer l’inadequation du potentiel matelasse avec la demande. Pour les thais, pas de problemes. Une natte toute fine comme on met sous sa serviette a la plage et hop, un gros dodo. N’ayant pas l’honneur d’avoir plus de 40 ans, j’ai du partager le plancher avec des thais qui dormaient a poings fermes et mes cotes pleurnichantes.
4. Je reve ou il est 7h00 ? T’es pas le petit-fils a la mere casse-_ouille_ ?
Un truc important pour la famille thaie en vacances, c’est le repas et les moments pas trop chauds. Mais pas le sommeil. Donc pour profiter du petit matin et d’un petit-dejeuner collegial, ils reveillent tout le monde a 7h du mat’. Quand je taff a l’universite, le reveil sonne a 8h30. Et en ce moment c’est plutot 10h00. Donc le coup du clairon a 7h00 alors que mon corps n’a accepte la nuit sur le sol qu’a 3h00, je trouve ca un peu dur.
LE BONHEUR EST DE L AUTRE COTE DE LA PORTE, LA OU LE CIEL EST BLEU… CC 03
De mon marqueur noir, je signe ainsi ce message sur le mur crasseux de cette prison de Damas.
L histoire commence la veille lorsqu atteint d une fievre a coucher un cycliste sur le cote de la route, je decide de faire de cet endroit rocailleux ma couche. Il y a ces fois ou tout est penser a l avance parce que l endroit est reve, unique… Et il y a ces endroits ou l on a pas le choix parce que le jour tombe et qu il faut se nicher.
J avais vu les indications ‘no entry, no camera’ concernant le site militaire de l autre cote de la route. J avais pourtant cru que de la ou j etais, il n y avait pas de probleme… Lorsqu au matin, j entends le chant des soldats de la garnison, je me dis que je n ai jamais eu pareil reveil et j ouvre un premier oeil avant de m apercevoir que la fievre est tombee…
Mais voila, on vient, on parle. Je reponds et comprends qu il ne faut pas que je traine en route. Mes compagnons sont des soldats du camp et deguerpir est ce que j ai de mieux a faire sur le moment.
Je plie la tente, roule le matelas de sol… vous connaissez la chanson… Et j enfourche ma machine a rouler.
Puis, ces memes compagnons viennent me retrouver pour m offrir une invitation que je n ai pas le choix d accepter… Un cafe. Il faut dire que l invitation est diligentee… Une 2CV et 15 fantassins… rien que ca….
-Merci, j aime pas le cafe mais un the fera l affaire… Vous savez, vous n aviez pas besoin de vous deplacer a tant !
Le the oublie, je rencontre le commandant de la base et les premieres questions tombent…
Nom, Prenom, nom du pere, nom de la mere, nationalite, religion. Tout y passe.
Tout y passe et tout est de la routine. Il ne faut donc pas que je m inquiete. Je dois simplement repondre a quelques questions supplementaires puis renouveler les memes operations pour les differents departements concernes par mon cas.
Oui, je suis dorenavant presume coupable. Reste a moi de savoir de quoi. POURQUOI?
-Dormir la ou tu as dormi est interdit.
-Mais j ai dormi de l autre cote de la route. Il n y avait pas de panneau. Simplement des moutons.
-Les moutons ne savent pas lire.
-Lire quoi?
…
Le velo suit dans cette voiturette break pourrie aux rideaux en cotton m empechant de savoir ou l on m emmene.
Tout le monde reste gentil avec moi… Jusqu au dernier departement. Le departement central.
Personne ne sait vraiment pourquoi je suis la mais j ai droit au meme traitement que les autres… LA PRISON.
4 murs et ces messages d Algerie, du Bengladesh, de Republique Tcheque… des gens de passages…
/L enfer, c est perdre l espoir/
/110 jours en prison/
… Etc…
La, le temps est long.
J ecrase les cafards.
Relis les messages du mur.
Comprends que j ai fait une connerie.
Me souviens de la couleur du ciel.
Tente de savoir ce qui se dit a l exterieur.
Trouve une place que je nettoie pour une poser mes fesses.
Fais mine de pleurer pour que l on vienne m ouvrir.
Demande a aller aux toilettes et repere les lieux. 8 salles, toutes vides. Au moins 2 gardiens et des inspecteurs de je sais pas quoi qui trainent partout. OUBLIE GARCON…
La serrure me permet de voir de l autre cote, un peu.
Les gonds de la porte sont solides.
La porte en bois l est moins.
Pas de fenetre.
Un neon sur 4 qui eclaire la piece.
Et apres les faits… La reflexion. Je ne suis plus personne. Plus de passport, de permis de conduire. Ils ont pris mon telephone mais m ont laisse mon velo et mes baggages qui suivent avec moi. Je pense a ceux que j aime qui ne savent pas… C est peut etre ca le pire… Savoir que d ici quelques jours, sans nouvelle de ma part, ils vont commencer a s inquieter. Mon dernier interlocuteur est le maitre des lieux… Une espece de masse qui a pour fonction de sortir la clef de sa poche ou de la ranger.
Mon regard se focalise sur les ombres qui passent devant ma porte. Celle la s arretera peut etre pour me dire ce que je suis a leurs yeux.
- On m a oublie, c est pas possible.
Je cogne a la porte. La masse vient m ouvrir.
- Me faransawi, no israeli. Kam Saa, Kam yom ?
Il m indique qu a 8h, j aurai des reponses. Pour l instant, BYE.
La porte se referme… avec un espoir.
9 heures plus tard… 9 heures de doute, d incomprehension, d immagination.
L interrogatoire recommence et mes memes reponses.
J ai un interprete et mes interlocuteurs m interrogent poliement. Je suis debout dans une salle au bureau nu. L atmosphere se detend, je sors les quelques photos de famille et d amis. Parle de mon reve, des pays visites, des gens rencontres…
On m ecoute… Je me sens ecoute… Et la sentence tombe!
-Ok, demain, libre vers 10h, promis. Pour l instant, en prison… Tu passes la nuit ici.
Je tue les quelques cafards, ecris et me tente de trouver le sommeil dans un coin, en tentant d eviter d entendre les cris un peu moins courtoi de l interrogateur de la piece d a cote.
On vient.
- Mister General.
L homme est souriant. Ne parle pas anglais. Me demande de presenter les photos, mon materiel.
- No problem. Tommorow free.
- Ca. On me l a deja dit… Et si j avais du les croire. Voila 8 bonnes heures que je devrais etre deja a decouvrir Damas.
- Hotel here. Good sleep. Free.
Je souris. Un hotel sans lit. Un hotel a cafard, l hotel du general…
Il repart.
On vient.
- Free now ?
Le general a decide de me laisser partir. Il s excuse. Moi aussi. J avais le choix a l issu de cela. Gouter a l etage inferieur… ou au superieur.
En haut, le bureau du general. Il est beau. La television est neuve et le the y est bon. Son sourire me ravit et il a l air d un homme gentil.
La porte de la prison s ouvre et je suis hesitant. J ai peur de sortir. Il est 2h du matin, le bout du tunnel est la.
Les vigiles ne semblent pas prevenus de ma sortie.
Un dernier coup de fil et se sentiment que de l autre cote de la porte, le ciel sera maintenant plus bleu qu avant!
Merci Monsieur le General pour votre ecoute… L heure est venue de poursuivre, de pedaler un peu.
Comme elle est belle cette chambre d hotel completement kitche! Comme elle est chaude cette douche froide!