déc
05
Posté le 05-12-2010
dans la catégorie Actualité, Bonheur au bout du guidon par christophe

Depuis quelques jours, me voilà replongé dans les images d’Ethiopie. Il faut faire des choix, se jouer des contraintes et prendre beaucoup de recul sur ces moments de voyage qui semblent faire partie du passé mais qui ressurgissent sans cesse comme des plaies difficiles à refermer. Je pense notamment à cette expédition menée à la frontière avec le Soudan sur des mines d’or clandestines… Les souvenirs se mêlent à d’autres… « Le bonheur au bout du guidon », récit du tour du monde à vélo que j’ai réalisé de 2002 à 2005 est dorénavant disponible en DVD… C’est également le cas de « Nomades Land en Roumanie », « en Inde » diffusés sur Canal+, et de « La route des Dieux » et « La route des Rois », diffusés sur France5.




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jan
01
Posté le 01-01-2009
dans la catégorie Actualité, Bonheur au bout du guidon par christophe

Compter le temps pour marquer la nouveauté… Ainsi allons-nous.
Bonne et heureuse année 2009 donc. Qu’elle soit faste et excessive.

2009 est aussi l’occasion pour moi de revenir sur un voyage qui se termina il y a quatre ans.  30000 kilomètres à vélo autour de la Terre. 2 ans et demi de routes. « Le bonheur au bout du guidon » verra en effet le jour sur la chaîne Voyage à partir du 14 janvier – 20h40.
 
 
 

 

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nov
30
Posté le 30-11-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Maroc par christophe

Il est 4 heures du matin, peut etre 5. Le coq fait la concurrence a l himam mais tous deux chantent le vent qui l emportera. Bientot il sera gaulois. Je ne parviens pas a fermer l oeil alors que les bruits de la ville qui grandissent encore doucement ne m aideront plus, dorenavant, a trouver le chemin du repos. Je crois avoir trouve l hotel le plus glauque, la chambre la plus sordide de la ville. Depuis que j ai pose le velo ici a Tanger, tout est deja different. Ce tour du monde n a deja plus le meme gout, il pique l avant hier.

Tanger, ville portuaire, ville des gens de passage, ville des petits delits et autres larcins. Le rideau rouge cache une fenetre qui ne ferme plus et par ou je m evade juste encore un peu… Fenetre sur rue ou defile les images d un autre temps. La melancolie me gagne. Mon esprit s evade. Je ne m endormirai plus comme avant, avec ces reves de coucher de soleil sur un desert blanc, avec ces images d un monde autrement. Les images qui me viennent sont celles du passe, d un vecu fort qui a marque son homme.

Je reve d Iran, d Inde, de Chine, de Syrie. Des moments oublies me reviennent et j essaye de reconstruire une journee, un moment, une odeur. Nourrir mon esprit de ces evenements qui ont marque mon voyage est un nouveau depart emprunt de nostalgie. Exercice difficile pour celui qui vit a demain sans passer par la case present, pour celui qui reve perpetuellement.

Pourtant bien vite, je retrouve ceux que j aime, ceux avec qui les reves d enfant deviendront grands. L excitation permanente d arriver bien vite ne me quitte plus. J attends ce bateau qui m emportera de l autre cote comme d autres attendent une sortie de prison ou une entree sur la scene. Partir, Revenir, Rentrer… Dans quel sens tout cela fonctionne t il? Ou suis je?

Juste encore un peu, j ai suivi un inconnu par quelques ruelles de la medina en pleine nuit. Juste encore un peu, j ai voulu defier mes peurs, provoquer la rencontre, gouter encore a ce que demain ne sera plus.

Juste encore un peu, je voulais etre la a sonder sans retenu les profondeurs du bonheur d etre ailleurs.

Demain, mon ailleurs sera la, aupres de ceux que j aime, qu il sera bon ce moment. Je serai alors heureux de rever encore un peu, d un ailleurs fait de sables et d appels.

nov
04
Posté le 04-11-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Mauritanie par christophe

« Vraiment, il faudrait plusieurs vies pour faire, apprendre, visiter, connaitre tout ce que l on vourdait! C est par trop court!

La lecture de Vega de Nordenskjoeld me donne des envies terribles de voir la Siberie, et je n oublie pas le Tibet, ni d ailleurs le Sahara! Enfin, pour le moment, sachons nous contenter du Cameroun.

Mais mon demon me pousse toujours a etre en avance sur l horaire, et m oblige a realiser, dans la pratique les choses a un moment ou ma pensee est ailleurs! »

Th. Monod – Daïdo, 6 novembre 1925.

Monod me donne des envies terribles d ailleurs. Pourtant, Chinguetti, j y suis. Ma pensee est partout ailleurs. Il n y est pas pour rien mais je me sens fautif, en dephasage, possede moi aussi par l appel d autres voyages qui en veulent au temps qui court toujours trop vite. J en veux parfois a la terre toute entiere d etre ronde, au temps d etre lineraire. J ai quitte le port d ou il serait bon de ne jamais revenir. Mais partir pour une traversee vaut il vraiment mieux que partir pour un tour?

Chinguetti, village de bord de Sahara, port d entree vers l immensite doree. Les touaregs sont mes marins, les dunes mes vagues, les chameaux mes bateaux, les djins mes sirenes. Mille histoires courent au vent, celui la meme qui efface les pas de mon sillage depuis que j ai leve l encre. Il souffle de face selon une constance a variable unique : ralentir la progression du reve tout en gonflant mon envie de le realiser. J avance alors tel un bateau ivre obstine par la peur du chavirage. Mes jambes s usent au contact du sable, le soleil est moins fort depuis qu il a passe le zenith et les chameaux avancent en silence. Je suis ailleurs, a hier ou les enfants jouaient sous la tente, a demain ou le train de minerai me conduira de Chom a Nouadhibou de sa lourdeur, selon une constance a variable unique : m eloigner de Chinguetti tout en gonflant mon envie d y revenir. Les grains de sable volent et la dune danse gentiement. Elle aussi sera ailleurs la prochaine fois. Sablier immense qui ne tiendrait pas dans une bouteille. Le message flotte dans le fond de ma guerba, ecrit en majuscule : « AILLEURS DEVRAIT SE CONJUGUER AU PRESENT ». La phrase est au conditionnel comme s il manquait quelque chose ou quelqu un et je retourne en marge de la ligne, en bord de route, ou j etais plus tot, parce que, meme si je n aime pas conjuguer au passe, ce temps la ne semblait pas s ecouler.

C etait il y a deux jours, ou peut etre avant; c etait avec 3 camarades rencontres plus tot au Chili ou peut etre seul (Il m arrive parfois de me retourner pour verifier qu ils sont la, la solitude a appris a me jouer de vieux tours). En tout cas, c etait sous la tente, au pays des nomades, des marins nostalgiques, des reveurs par conscience, des croyants a l Unique qui revassent a l ombre des orangers des jardins d Allah berces par la douceur des plaisirs.

L ordre m etait inconnu, les rapports illogiques car seules les femmes et les enfants etaient la pour nous accueillir. En terre musulmane, le fait est assez marquant pour qu on doute de la suite a venir. Pourtant, nous etions la, couches sur quelques tapis, adosses a quelques coussins, nourris par quelques sourires pendant que la plus jeune de nos hotes faisait deja chauffer le the. Jeux de regards dictes par quelques sourires, jeux de regards berces par quelques rires. Le temps s arrete, je suis heureux. Les enfants portent dans leur regard cette belle insoucience face a la mort, presque provocante. Le the tombe maintenant d en haut et le procede sera reproduit de tres nombreuses fois, imuablement, inlassablement jusqu a l atteinte d une perfection emouvante, nous ne serons servis que lorsque la mousse indiquera que lui aussi a pris le vent, celui qui lui donne cette legerete raffraichissante et invite a l ailleurs. Les gosses retiennent mille questions qu on se doit de ne pas poser au voyageur par politesse, pour le mettre a l aise, comme on attend un parent a la table au retour du champ. Rien ne se passe vraiment sous cette tente et c est bien ce qui nous encourage ici plus qu ailleurs a retenir nos souffles de voyageurs blesses par un retour qui se fait oppressant.

Plus tard, demain, le train grondera de sa lenteur pour nous conduire sous la contrainte du fer et de la poussiere vers Nouadhibou. J entends deja la bete se plaindre d ici, marquer de son poids le fer du rail toujours si peu habitue a la douleur, comme pour se vanger d une destinee imposee. Force tranquille qui essaie de s echapper et qui ne peut que suivre sa ligne ou s arreter. Je suis deja ailleurs, sur ce train qui m emmene un peu plus loin. Les pas s effacent au vent, dans un silence leger qui invite au dephasage, a l ailleurs, au voyage en forme de marche lente par une route dont on ne peut s echapper.

oct
14
Posté le 14-10-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Sénégal par christophe

Les voix divines flottent dans la nuit, rebondissantes, eternelles et parviennent a ma couche, me rappelant a ce temps deja passe dans ces pays ou le the coule a l ombre des tentes lorsque le soleil est au zenith. Il est tard dans la nuit et mon sommeil sera dorenavant rythme et jusqu a mon retour en France par l appel a la priere. Pour l heure, les voix parlent mais le the a une drole de couleur, les tentes sont encore loin, la voix d Allah est filtree par autant de marabous que de muezins appartenant toutes a des sectes differentes.

Et puis, je repousse Moustafa du coude.

Il etait 3 heures du matin lorsque la voie suave de l hotesse de Royal Air Maroc annoncait :

« Mesdames et Messieurs, nous sommes arrives a l aeroport international de Dakar, la temperature au sol est de 30 degres, merci de bien vouloir rester assis, ceinture attachee jusqu a l arret complet de l appareil ».

A cette information, le declic des ceintures commenca a resonner dans tout l appareil, alors que ceux qui avaient pris l avance de ne pas attacher leur ceinture etaient deja a atteindre leur sac.

Siege G34, je ne pouvais de toute facon pas sortir avant les autres et profitait de cette tranquilite relative, comme celle que l on souhaite plus longue avant la tempete, meme si l on sait bien.

Point de tempete pourtant, la chaleur est pesante, l athmosphere moite et humide. L hiver, je pensais arriver ici en hiver. Je donne du coude a Moustafa pour lui rappeler qu il empiete de mon cote, que je ne suis pas un oreiller.

Avant d obtenir le precieux tampon d entrer sur le territoire, il fallait franchir un premier obstacle : un homme qui se disait medecin et qui controlait le carnet de vaccination afin de s assurer que la fievre jaune ne serait plus admise dans le pays. Sa responsabilite etait lourde. La tache legere… 2 personnes devant moi. La premiere n a pas son carnet, c est un blanc, on laisse passer apres une gentille reprimande. La seconde est africaine, apres un rapport amicale et un echange de bons propos sur la sante de la famille, des petits, des oncles et des tantes, sans oublier les affaires, la femme entre au pays. Je ne m en fais donc pas. Je tends le document qu il ne lit meme pas et l on me souhaite la bienvenue en Afrique, passe reclamer le tampon d entree dans le pays. M y voila. Le couloir debouche sur une salle ou les tapis roulant vomissent des bagages deja chauds et humides. Une famille de francais attend depuis 1 heure son 4 eme sac d un vol de Paris et je recupere en moins de 5 minutes mon equipement que je rends transportable. Un ouvrier badge de la place me reclame un ‘cadeau’ pour m avoir tenu compagnie pendant le remontage du velo. Apres deux ans en vadrouille, on apprend a rire de ces situations sans se facher.

Je sors de ce dernier sas, j entre dans l arene.

Au dehors, 20km m attendent en pleine nuit et par une autoroute africaine pour rejoindre le centre ville de Dakar, je n ai pas de carte du pays, pas de plan de la ville, pas d adresse d hotel.

L autre solution est de suivre mon instinct, de lui faire confiance, de solliciter encore la bienveillance de ma bonne etoile. C est la vague africaine qui me rattrappe pourtant. Ils sont une 20ene au dehors a me proposer un taxi, une viree au centre ville pour un hotel pas cher. Le cout de l operation est exorbitant : 5000 CFA (50FF) pour rejoindre le centre ville, 8000 CFA (80FF)pour une nuit en hotel de passe, 10000 CFA (100FF) pour une chambre premier prix.

Je flaire l arnaque et rigole au nez de tous en esperant les avoir a l usure. Il doit etre 4 heures pourtant deja et j ai dormi 7h en 4 nuits. La fatigue m invite a la prudence lorsqu Omar arrive pour me proposer un super plan. Pour 3000 CFA (30FF), prix obtenu apres 30 mn d efforts et de patience, je dors chez lui a Yof dans un village voisin. Le prix du taxi ne bouge pas, ce n est pourtant qu a 4km. Nous ferons une partie du trajet a pied accompagnes d autres rabateurs qui tentent toujours leur chance. Les prix chuttent encore mais il y a dans le regard d Omar quelque chose que j apprecie, comme une lueur de gentillesse qui me fait dire que je dois suivre celui ci plus qu un autre.

Il doit etre 5 heures lorsque j entre dans une piece qui donne sur une autre. 4 senegalais semblent vivre ici en theorie. Avec les freres et les copains, nous devons bien etre 8. Je partage la couche de Moustafa que je cogne du coude afin de preserver ma dimension cachee, a son contact mes yeux s entrouvrent comme pour me rassurer. La couleur bronzee de sa peau portant au noir me rappelle que maintenant les voix divines accompagneront mes reves de retour au pays.

 

sept
26
Posté le 26-09-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Pérou par christophe

Les pelicans du port ont lance une mutinerie et se sont empares dans un vol silencieux des quelques embarcations inocupees qui leur servent maintenant de promontoir. De la, ils veillent sur les quelques pecheurs affaires a trier leurs poissons avant qu ils ne rejoignent terre, dans l espoir que quelques uns soient abandonnes a la mer. Le « Daxiri Club » a sa pancarte deglinguee temoigne d un temps ou les marins de passage s amusaient sur les quais et se frottaient contre quelques prostitues en chaleur. Tous ont quitte le navire,

laissant la grisaille s installer comme une routine. La bruine s est dispercee au matin, couvrant les collines d un blanc sali s offrant a l horizon d un ocean terne. Les petites barques vertes, blanches, bleues, et rouges parfois reclament le soleil comme le voyageur attend son depart, illuminant la mer comme le clochard possede ses etoiles. Le vent vient des

terre et la pointe passee, il me fera de nouveau face, comme tous les jours de ce voyage.

Qu importe la grisaille, j ai emporte avec moi les dieux du Titicaca pour que Pachamama et Pachatata veillent a l unisson dans un bel elan intemporel, celui qu on veut pour le debut d une belle histoire. J ai salue le Machu Picchu un jour de grand soleil comme on decide aujourd hui plus qu hier de sourire a la vie qui file pour narguer le temps qui passe. La route se charge du reste, me bousculant un peu plus, m autorisant parfois sa communion, lorsque le sable m enlise ou que la poussiere me rappelle a des origines vieilles comme le monde. Elle m a conduit ici, au bord de l eau mais en plein desert comme pour m indiquer que cette traversee sud americaine touchait a sa fin et que tout recommencait enfin. L atmosphere est etrangement gris. Le soleil en deuil semble avoir disparu depuis des annees. Je suis seul. Seul face a l ocean, le cul dans le sable a songer a l avenir, a l Afrique qui vient, au retour qui approche, aux nuages qui jouent a faire semblant d etre tenebreux. Ils m accompagnent dans mes pensees, il ne pleuvra pas aujourd hui, demain non plus d ailleurs parce que je souris au gris, cet insipide qu on voit toujours comme ennemi. J ai beaucoup a en apprendre et je decompose dans cette uniformite de nuances les odeurs qui m invitent a croire que la vie ne s arrete pas la. Odeur de sel, douceur d un goudron humide par temps lourd qui me laissera bientot sniffer quelques rails de lignes blanches, cris de mouette a qui on preterait bien une odeur, elles sont toutes la ces senteurs d ici, acres mais pleines de souvenirs d ailleurs.

L unique voiture de la journee passe. Une ford thunderbird repeinte en turquoise, des chauffes eau dans le coffre, un velo debout sur la galerie. Des gaillards comme on les choisit dans les meilleurs films d aventure ne se disputent pas le volant. Balaffres et marques par une vie qui ne les as pas epargnes, ils aimeraient m en parler assis le cul dans le sable mais le bateau ne redemarerait pas. Je salue poliment, le couteau a la main qui vient de plonger dans un pot de confiture vieux de miliers kilometres. Unique repas. Meme en plein desert, le Perou est toujours signe de vie apres 11 heures du matin. J ai laisse passer les bergers, j ai maudit ces foutus chiens qui quotidiennement me rappellent que tout peu s arreter la, j ai cheri ce vent qui s est adouci, j ai reve d un rio qui ne serait pas a sec, d une bouteille qu on aurait laisse la en bord de route a l attention du voyageur qui passe, et je me suis retrouve la, le cul dans le sable, a dessiner dans ce ciel gris les reves de demain en couleurs qui rimeront avec Bonheur…


août
23
Posté le 23-08-2004
dans la catégorie Bolivie, Bonheur au bout du guidon par christophe

Je quitte mes deserts, mes salars et mes volcans. Je troque quelques grains de sable pour des rires d enfants. Uyuni me redonne vie et vite je me sens en Bolivie. Je reconnais maintenant ces pays qui cherchent leur voie, ces necessiteux qui ne peuvent maintenir l ordre sans une presence au carrefour parce que la minuterie n est pas programmee pour eteindre le feu de l imprevu. L inconnu rythme la vie de ces gens mais avec un peu de temps, on sait que bientot passera l enfant avec son chariot d enpenadas, les frais du matin et les frais de la veille. Les vieilles queychuas sont deja la, sur la place dont l horloge marque 10 heures depuis qu elles ont 20 ans. Leurs jupons les uns sur les autres, leurs nattes de jeunes filles, leur dent en or, leur chapeau rond sur la tete, elles sont mures depuis longtemps. Repues a une vie qu elles connaissent, elles etaient deja la quand l horloge marquait encore son temps; la mais a acheter a d autres aussi vieilles qu elles aujourd hui ce qu elles tentent d ecouler maintenant : des sureries pour les enfants, des bibelots pour les grands et des fruits colores de la nuit. Accroupis a l abri de leurs etales qui les protegent du vent, elles regardent passer le vendeur de journaux, le vendeur de crayons, le misereux et l infirme, et pourtant les grains qui volent ce matin sont d une drole de couleur. C est qu ils sont chasses par les bottes des militaires qui courrent au pas, au rythme du sergent. Imperturbables, ils repetent qu ils sont les plus forts comme une equipe de rugby qui entrent dans un stade ou j adversaire est encore au vestiaire. Ils croisent des gosses en blouse blanche sur le chemin de l ecole. Le plus temeraire n hesite pas un instant, tourne sur lui meme, prend leur pas muni de ses bottes de 7 lieues et cours au rythme des geants en criant : « Presentez… ARMES! ». Je souris a l impertinant. Frais du matin et frais de la veille rentrent en rang.

Je m attarde parce que cette vie me plait. Je m attarde parce que bientot mon vide d odeurs et de couleurs tintantes. Les grimpees reprennent inlassablement. « Altiplano » devrait etre a banir des dictionnaires, du vocabulaire des geographes de bureau. Je quitte definitivement des yeux mon salar d or pour une ville d argent. Potosi doit etre par la, au bout de cette piste, d ici quelques jours.

Le soir arrive mais on m a indique une source d eau chaude pour campement. Il est tard et j ai froid, le torrent est chaud mais la source plus loin, plus haute encore en marge de cette piste que j ai quitte depuis un moment. Un hameau abandonne de toit m attire et lorsque j approche, seule la cabane du cimetiere abandonne, presque deserte de ses occupants me semble chance a cote de ces grottes, trous et autres tranchees qui ont fait mon affaire depuis quelques semaines par temps de grand vent, depuis que j ai appris a me souvenir que j etais encore homme parce que je me lavais les dents.

Je m allonge. Chambre avec vue sur la mort. J ai du emporter avec moi les enpenadas frais de l avant veille. Je n ai pas d appetit malgre l effort fourni. La fievre monte et m immobilise bientot. Atteindre ma trousse a pharmacie devient une tachet temporairement impossible, une performance qui me demande trop. Je m abandonne au plus vieux des morts, qu il decide de mon sort. Deux nuits et un jour allonge a me faire attaquer par ces volatiles trop impatients, ces volatiles maitres des lieux depuis que personne ne leur cause plus de tord. Je reprends la route avec l energie suffisante pour avancer, la fievre suffisante pour me retarder. Les vieilles quechuas trainent ici leurs lamas alors que l orage sevit au loin. Loin devient pres et vent de face, chemin de traverse, j emprunte instinctivement la direction du village comme les chevres hurlant a la mort devalent de la montagne sans berger, vers leur abri. Je me refugie dans l ecole ou Pedro l instituteur m accueille.

Au mur, cette inscription : « La lecture est la cle de l ecriture ». Je m envole alors vers d autres destinees ou le voyage se nourrit de la fievre. Puis j arrive plus tard a Potosi ou passe deja l enfant avec son chariot d enpenadas, les frais du matin et les frais de la veille.


août
22
Posté le 22-08-2004
dans la catégorie Bolivie, Bonheur au bout du guidon par christophe

Le chemin est dur. J aimerais parler de ma route mais point de bitume depuis des miliers de kilometres et du sable le remplace meme… C est mon chemin donc, toujours aussi difficile mais moins affligeant que Catamarca. La recompense est la, et bientot du sel, et uniquement, et le Salar d Uyuni.

Mariage de blancs, mal de mer, pierre a sel.

La grande ruche a sel aux alveoles remplies jusqu a bord laisse filer quelques nuages blancs qui bourdonnent parfois lorsque le soir, le soleil leur laisse la place pour quelques laches de dards qui percent le ciel en eclairs. Plaques de sel qui se succedent sans relache, ocean sale sans eau. J ai le mal de mer mais terre apparait au loin, pointant comme le sein d une vierge reveillee au matin par le frottement de son drap de soie blanche. La place est lumiere, le soleil son phare qui vous perd. L ile noire et obscure m apparait comme seul repere et voile au vent, je suis mon cap sur cet ocean blanc. Pierre blanche qui vous marque, pierre a sel qu on leche comme pour ne plus penser a sa soif. Soif d inconnu. Desert blanc qu on prend soin de ne trop point marquer, page blanche qu on prend soin de noircir. Blanc impur puisque l ile revee est un male ou cactus pointant comme des phalus semblent excites au vent. Blanc crapuleux comme un sel qui sert de monnaie d echange : quelques touristes passent lorsque vent calme laisse place aux moribonds de la place. Il se sent de tous droits. On joue sur le grand damier blanc a s ignorer comme dans la vie, a faire semblant. La peche est ouverte en surface sur le grand ocean et apres quelques ronds dans l or blanc, le mobile s arrete, la vitre se baisse pour une photo volee et repart dans un vrombrissement pour seul discours. Miroir d une societe occidentale par trop decevante ou l on se parle par ecrans et objectifs interposes et en oublie que donner un sourire, echanger quelques mots, offrir de l eau a l assoiffe est a la base du bonheur. Donner vaut bien plus encore que prendre. Banquise salaire ou les ours sont des humains trop encombrants. Clochards sellestes qui composent a la lumiere des bougies de cendres. La des oursins qui s ebattent dans un paquet de lessive a roulettes, ici des paons en vacances, plus loin encore des mollusques qui s agitent pour se donner l air en vie grace a des souvenirs qu ils acceptent en retard. Echantillon amusant d individus qui se disent importants. Seuls les clochards appartiennent au monde des vivants. La meute passe mais ils restent, accompagnes de l eternelle pierre phylosophale qui ce soir encore transforme le sel en or. Sel d or au soleil couchant. Au loin la tempete fait rage sur le salar et doit punir les fuiards. Bleu nuit qu on voudrait pour un drap.

Il fait noir. Le sol craque. Le sel s effile. Le soleil s efface. Le vent s enfile. Je m ecarte. Le temps m habille. J oublie. La route m habite. Il est l heure. Je quitte.


juil
31
Posté le 31-07-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Chili - Argentine par christophe

Cauchari resonne sans fin dans ma tete. Je n ai plus qu une seule envie, rejoindre cette bourgade de bout de piste. Elle semble ne jamais venir, retentir pour mieux m echapper. J avais peur au depart de Belen et je partais pourtant le sourire aux levres parce que la, j allais sans doute encore passer par ou personne ne va, m ennorgueillir un peu plus d une nouvelle conquete, celle qui nous fait appartenir au monde des fous et des inconscients encore trop jeunes mais qui finalement n a qu un but, nous donner de quoi echapper au temps en apprenant par le depassement. Excitation dont on se contente parce que l inconnu est finalement l une des plus belles choses que nous offre la vie. Inconnu voulue qui vous rend fragile et precaire. Inconnu qui vous livre quelques elements que meme les locaux semblent peu connaitre, rendant plus mysterieux encore la destination que vous convoitez. Une piste de 600km, un village en son milieu au nom d Antofagasta de la Sierra, un plateau a atteindre s elevant a plus de 4000m, une region hostile a la densite de population la plus basse du monde. L homme se contente bien souvent de chiffres inutiles, ceux la me semblaient importants et poutant…

J etais la, impuissant face a une nature belle et dominatrice, decouvrant bientot ces peurs d une realite qui prennaient au fil du chemin le dessus sur l excitation de la decouverte. Les zones habitees s effritaient bien vite et je me retrouvais seul encore, comme un mal necessaire qui me permettait de mieux me comprendre. Le coeur y etait, battant de son plein jusqu a me donner le courage necessaire a oublier le mal lie a l effort. Les premieres journees etaient feminines, faites de courbes et de lacets, de chaleurs matinales et de couleurs douces, de zones ou l on pouvait encore apprecier de tremper sa main dans l eau fraiche d un rio, se laisser chatouiller par les herbes d une terre fertile. Mais il suffit d un premier col pour me propulser dans l au dela, dans un monde fait de salars, de dunes et de deserts, de fragiles lagunas et de paso qu on n atteint jamais.

J appartenais a la piste, souffrant de ces zones de sables ou je n avais plus qu a pousser a la force du dos et du cou sur des kilometres pour m en sortir et avancer encore avant de tomber sur une zone de toles ondulees aux memes effets. Bientot je retournais a mes considerations primaires et resonnait encore dans ma tete quelques notions vitales qui vous obsedent : eau, manger, dormir, avancer, se poser, Cauchari. Puis le vent se manifesta plus fort que jamais, errodant de son sable ma patience et revelant des nerfs a vif. Aujourd hui, 9 heures d efforts pour 45 kilometres et je suis content, j ai fait 14 kilometres de plus qu hier.

Vais je m en sortir? Combien de temps ce vent va t il durer? Courrait il a 100km/h aujourd hui ou etait il plus fort encore? Quand cette tempete de sable va t elle s arreter? Quand croiserai je le prochain camion, ou bien un bus, oui, un bus, ou meme un pickup, un ane, un homme? Oui, un homme sans rien, mais juste un regard ou un sourire. Les vigognes etaient bien la mais appartenaient a cette race protegee a l adn marquee par le gene de la peur a cause d une persecution qui a trop longtemps duree. Elles etaient la mais me fuyaient bien vite, se fondant au loin dans les couleurs du desert et des plaines qu elles savaient garder, comme si je symbolisais leurs peurs.

Je n avance pas. Je commence a me laisser aller et bientot, alors que je pouvais encore m ennorgueillir de n avoir jamais succombe a l idee de l abandon, voila qu en un temps que je ne maitrise pas, je me retrouve pret a me laisser penetrer par ce vicieux qui me desseche meme de l interieur. Abandonner la c est s offrir a une mort certaine. J aimerais pleurer pour m hydrater les joues mais je n y parviens meme pas. Je ne bouge plus, la tete collee au sol, soumise au vent. Combien de temps s est il passe avant que je la releve? Ou ai je trouve cette volonte a repartir, a vivre? 1 heure ou peut etre 1 seconde?

J arrive enfin a Antofagasta de la Sierra, j arrive a mi parcours. Rencontres furtives comme ces souvenirs de poignard, de tete de vache en decomposition accrochee au plafond, de courge qui ne parvient meme pas a pourrir.

Je repars bientot alors que les hommes leves avec le soleil tiennent bientot de leur dos le mur des habitations ou les femmes doivent etre a la cuisine pour un lochro ou la soupe du midi. Le sable est dans les airs, le vent toujours de sa force me penetre. Je n ose pas le defier. La tete basse, je le subis.

Cauchari resonne sans fin dans ma tete. Je n ai plus qu une seule envie, rejoindre cette bourgade de bout de piste. Elle semble ne jamais venir, retentir pour mieux m echapper. La gendarmerie d Antofagasta m a demande de pointer la bas, me donnant une raison supplementaire d arriver vite avant qu on appelle des secours pour rien. Je traverse le Salar de l homme mort, celui de Positos, c est la meme rengaine avec le vent, la piste, des grimpees qu on ne voit jamais venir et qui n en finissent pas. La nuit calme le vent et puis tout reprend d un ton encore plus glace au matin. Plus de branchage pour le feu, plus meme de quoi avoir le courage de sortir de la tente avant que le soleil ne montre le bout de ses rayons.

Cauchari dans quelques jours… Cauchari qui sonne comme ce plat egyptien bien lourd de riz et de lentilles… Cauchari tu me donnes faim. Cauchari, je reve de ton toit, de ton eau. Cauchari, tu dois etre bien belle et pleine de vie.

Derniere goutte d eau que je partage avec un peu de coca a macher pour oublier l altitude, la solitude, le froid, la faim et la soif. Tendinites qui me font meme trop mal pour pleurer. Vent que je souhaiterais humide.

La montagne est belle, l image que je me fais de Cauchari aussi. S il y a un poste de gendarmerie, il y a forcement de l eau, peut etre une epicerie. Ou se cache t elle? Elle aurait deja du etre la mais elle doit etre la bas derriere cette derniere montee. Au loin, des maisons… Au pret Cauchari. Cauchari tant attendue, te voila. 3 maisons en ruine, une eglise a l abandon et cette inscription :

Nehemie 13.11 : Pourquoi la maison de Dieu a t elle ete abandonnee?

Tout s effondre. Plus d eau ni de nourriture et jamais de gendarmerie il n y a eut ici.

Plus loin pourtant, 7km a l ouest et par un temps qui se degrade a la neige et a la tempete, cette bourgade sans vie dont je ne me rappelle point du nom et qui n etait pas si belle que la Caucharie de mes reves mais en portait l humaine chaleur. Une bourgade sans grande vie, une bourgade ou je rencontre Victor et sa famille, une bourgade ou je passerai la nuit et accepterai le couvert avant de rejoindre Salta puisque le col de Pisco ne veut pas de moi.


juin
13
Posté le 13-06-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Chili - Argentine par christophe

Il existe de ces terres manquant de pudeur, de ces terres vierges qu on croirait faciles. De l autre cote de cette chaine qui me fait peur au depart de Santiago, je retrouve quelques vallees du nom d Uspellata, de Calingasta ou d Iglesia, me voici plus rapidement que prevu en Argentine.

Au bout de trop de jours de solitude, j arrive a Rodeo. Quelques chevaux stationnent au dehors, une epiciere passe, et mes voisins de table portent un regard amuse a ma monture. Je crois entendre l harmonica d Enio Moricone, le battant des portes du saloon, les bottes qui resonnent mais ce doit etre l effet du vino tinto Finca Natalina, le meme qui me conduit a verser sur le papier ces quelques mots…

Mardi 29 juin…

Manque de reperes. Creation de reperes. Reperes en forme de leurres. Ces derniers jours sont sortis des monts solitaires. Seul. Eperduement seul a songer en ces terres. Terres vierges et isolees, terres sans repere. Il me faut en creer pour rester en vie et pourtant pas de vivant, pas d homme. Pas d homme que je cherche dans ce sol poussiereux comme pour me rassurer que je ne suis pas le premier, comme pour me laisser croire que devant, dans 10, 20 kilometres peut etre, je retrouverai quelqu un a qui parler. Mais non, ils me l avaient dit ces hommes d il y a quelques jours deja, c est une vieille route inca, les premiers sont bien vieux. Mais les derniers alors? S il n y avait une route, je ne saurais croire que quelqu un est deja passe ici. Meme en plein sahara je faisais ma rencontre quotidienne mais ici, le temps semble arrete, il n y a rien! Pas meme un nuage. Je donnerais une journee de ce voyage pour voir un nuage aujourd hui. Ils indiquent un beau temps ou une pluie a venir, ils indiquent la direction du vent, proposent de l ombre, racontent des histoires, dessinent ce que vous suggere votre imaginaire. Les nuages savent accompagner en silence le voyageur, le conseiller pour une halte ou l obliger a s arreter. Ici, le ciel ne me dit que bleu. Le soleil est si fort que je ne regarde meme plus dans sa direction pour m aider a m orienter. Ivre de solitude, en manque de repere, je suis a la derive sur cette route sans nom. Le vent aussi me joue des tours lorsqu il change de sens au lever de lune, au coucher du soleil, lorsqu il me reveille par dizaine de reprises en pleine nuit jusqu a devenir le seul allier de ma folie. Quand les frottements de mon pantalon, le tappement du lacet sur la chaussure, le battement de mon propre poul font croire a quelqu un qui vient, a un homme qui marche, je comprends ue le vent conduit definitivement mes erreurs vers des monts furieux ou l angoisse de la solitude vous confirme que vous n etes pas homme pour rien. Ne reste plus que la lune qui par chance n est pas nouvelle et reflete pleine mon ombre sur ce sol desert lorsque confronte a mes perpetuelles interrogations j avance encore par une nuit froide mais belle.

Chaque fois un bivouac, chaque fois une vie volee tellement on la sent precieuse.

C est donc avec bonheur que je retrouve ma ptite epiciere qui en ce dimanche, m ouvre en secret son commerce d un geste complice afin que je puisse me reapprovisionner. Les jeunes de la place m apparaissent sous des jours delicieux et soignes. Tout devient plus doux que d habitude et mon retour a la civilisation est un delice que les gens de ce petit village semble m offrir comme si pour eux, tout continuait comme hier d une riviere au flot tranquille. Nouvelles sous vino tinto Finca Natalina, nouvelles sous solitude battue par un retour au contact de l homme. Nouvelles au contact du bonheur…


juin
10
Posté le 10-06-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Nouvelle-Zélande par christophe

Comme tous les jours, je commencais ma journee avec un jus d orange qu on me disait « produit par Dieu, mis en bouteille et garanti par Charlie’s » et j enfourchais bientot ma bicyclette avec ces questionnements que sucitent de telles manipulations mercantiles.


Accompagne de mes 364kJ d energie divine, je m elancais plein Nord en direction du glacier Godley avec la conviction du gagneur et l incertitude du voyageur. La piste s elancait d abord gratieusement vers les monts enneiges en fleurtant de ci de la avec le bleu turquoise du lac Tekapo et l herbe jaunissante des prairies a mouton. J evoluais en plein paradis et en oubliais meme que l effort fourni aneantissait progressivement et en silence mon stock de fluide promis. La journee devait filer rapidement, au rythme de cette riviere que je sentais vivre et que je devais traverser encore et encore, bleuissant de sa froideur mes extremites en contact. Depuis que le soleil s etait cache trop tot, mon evolution etait encore plus douloureuse et je devais admettre bien tard et contre mon gre que l hypothetique refuge etait a 5km de la, par une piste qu il fallait maintenant deviner non a cause de la nuit a laquelle mes yeux s accoutumaient facilement mais a cause des pierres et rochers qui la jonchaient et la rendaient presque innexistante. Deux bonnes heures me seraient probablement necessaires pour atteindre mon objectif du soir mais la sagesse et surtout la fatigue m indiquaient qu il vallait mieux en rester la pour aujourd hui et planter la tente au pied de cette montagne ci, a l abri du vent qui se levait aussi vite que la lune et ou une ouverture vers l Est me garantissait de beneficier des premiers rayons du jour.


C est toujours au moment innatendu que le sort decide de s acharner et il se reveille tot ce matin la. Il doit etre a peine 5 heures lorsqu a l annonce de la tente qui craque, je crois aux rayons du soleil qui tendent les fibres de mon abri. C est en fait la grele qui s abbat. Elle sera bientot suivi de la neige et l une des journees les plus longues de ce voyage devra commencer sans sembler enfin finir.


Le vent qui se leve aussi vite que le jour n annonce rien de bon et l averse se transforme rapidement en tempete. J organise mon lieu de survie et parviens finalement a rester au sec une bonne partie de la journee. Le temps file moins vite qu hier et j apprends a compter ces minutes qui ressemblent a des heures. Seul, a 2 journees de la premiere habitation et avec en reserve 4 jours d autonomie de nourriture, je suis confiant. Au fil des heures qui ressemblent a des jours, ma confiance fond a la neige et le doute s installe, l inquietude grandit, laissant place a la peur. Je sais qu il faut me contenir, m occuper l esprit et j entreprends alors de decoudre la marque de mon bonnet et de me le personnaliser. De la pointe de mon couteau, je coupe fil par fil et bientot n entend plus les flocons tomber. Apres 4 heures de concentration le resultat est satisfaisant et la peur s est effilochee. Mes yeux voient tomber la neige plus doucement mais apres 24 heures d attente, elle s acharne toujours autant. J en conclus alors que Charlie s ne peut finalement pas garantir grand chose et que Dieu produit bien ce qu il veut et pour une fois, j en arrive a me demander s il ne neige pas aux enfers.Je decide de commencer a manger deux fois moins que prevu afin d accumuler des reserves et m endors bientot avec l espoir qu au matin du deuxieme jour le temps sera plus clement.


Toutes les heures je me reveillerai avec l excitation de trouver un ciel bleu nuit et froid, qui me garantira une journee ensoleillee. Ce n est que vers 5 heures que mon bonheur arrivera et je ne decollerai que vers 10 heures, quand le soleil m autorisera a pouvoir enfin essayer de traverser la riviere. Puisque je me demande s il vaut mieux sagement faire demi tour ou poursuivre vers mon objectif, je prends la decision qui m evite de trop me perdre vers ces fausses questions et poursuis sagement plein nord. La roue libre de mon velo est gelee et je dois la plonger dans l eau du torrent pour qu enfin le mecanisme reprenne vie. Progressant dans la neige, affrontant la souffrance du gel de mes pieds plonges dans l eau glacee, j atteindrai le refuge apres 3 ou 4 bonnes heures de marche profitant de chaque instant de soleil qui donne a la montagne sa grandeur et sa majeste.


Le glacier s offre enfin a moi dans un ultime effort et mon retour au refuge est un moment de bonheur incomparable. Je me restaure du mieux que je peux et tente de rechauffer mes pieds geles a la lueur d une bougie qui me les brulera sans que je ne m en rende compte.


Mon retour a Lake Tekapo se fait en silence et sous le soleil et je poursuis bientot ma route vers Wellington par d autres pistes qui auraient elles aussi merite quelques mots parce qu elles m avaient apporte beaucoup de bonheur. La route, celle la meme qui me permettait d avancer pouvait toujours aussi rapidement tout me reprendre. C est elle aussi qui me poussait toujours d avantage au questionnement et si Dieu ne nous avait pas produit, il m avait bien presse et mis en bouteille mais ca, Charlie s n en su jamais rien.



mai
22
Posté le 22-05-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Nouvelle-Zélande par christophe

J avais bien hesite avant d atterir ici sur ce coin de terre au milieu de l ocean, ile des antipodes au grand nuage blanc. Tout etait alle tres vite si bien que je ne m etais meme pas rendu compte que je venais de tourner ma page asiatique. Voila pres de 2 ans que je n avais pas vu tant de blancs attroupes dans un seul endroit. Je crois d abord a un rassemblement de touristes mais non, ceux la vivent ici et sont chez eux. Il y a cela de choquant auquel je n aurais pas pense si j etais venu directement. J avais vu defile dans un ordre parfois approximatif les arabes, les perses, les indiens, les asiatiques et voila qu aux antipodes je devais trouver des semblables. Ce bout de terre avait quelque chose d etrange, quelques maoris en moins qui m auraient pourtant permis de me sentir davantage de ce monde. On y marchait au pas, on n y mangeait pas dans la rue, on n y vendait pas ses productions pour survivre, on s y melait pour ressembler a tout le monde et lorsqu on m eut bientot rappele qu il ne fallait pas traverser lorsque le bonhomme etait rouge meme quand il n y avait pas de voiture, lorsqu on m eut averti que le port du casque etait obligatoire, lorsqu on m eut fait comprendre qu ici aussi il vallait mieux marcher dans le sens convenu plutot qu a contre courant, j avais voulu leur crier comme pour les reveiller qu avant qu on eut appris a les tracer, les cercles n avaient pas des rayons egaux. J avais voulu les prevenir du complot, leur enseigner l esprit des lois d avant.

Je me remets de ces premieres impressions hatives et apprecie avec consideration l accueil qui m est reserve par une famille de francais ayant decide d etablir domicile a Auckland. Il fait bon de renforcer l esprit de resistance en pays conquis. Et bientot, je reprends l avion pour debuter mon aventure kiwi dans l ile du sud a Queenstown.

Renseignements pris, je file plein nord par une vieille piste qui doit me conduire a Wanaka. J aurais du normalement prendre plein nord mais le message sur la porte blindee et surelevee qui barrait mon chemin semblait clair : KEEP OUT! Je devais alors voir a quoi ressemblait Macetown, village abandonne de pionniers en manque d aventures, venus pour faire fortune en cherchant l or, et envisager une voie plus pentue reservee aux randonneurs pour atteindre mon objectif. C etait Bret et ces amis que je devais rencontrer le matin du deuxieme jour et partager avec eux un petit dejeuner reconfortant. La veille, j avais traverse par 50 ou 60 fois peut etre cette foutue riviere, me gelant les membres jusqu a ne plus les sentir, ne sachant comment les rechauffer. Ceux la avaient encore le regard brillant de ceux qui croient pouvoir decouvrir sous cette pierre la, ou celle la peut etre, la pepite qui les rendra fortunes. Ils avaient ce brin de folie qui les rendait homme. Bret devait m apprendre que je faisais fausse route, que le sentier dont je parlais n etait plus emprunte depuis longtemps. Il m accorda qu on aurait du me prevenir en bas, a Queenstown et m encouragea cependant a faire demi tour, a traverser mes rivieres de nouveau, et a passer le velo de l autre cote de la porte.

Le fameux Bret cru meme bon rajouter :

« De toute facon, tu n as rien a perdre! ».

De l autre cote, comme si cette barriere interdite cachait un paradis, je decouvrais une immensite lumineuse, un air de montagnes sacrees, l endroit que je sentais avoir toujours cherche. L herbe etait jaune, les pentes assez douces bien qu il eut fallu pousser sur toute l ascension et traverser un nombre incroyable de guets. Lorsque vint le soir, je me sentis comme seul au monde, les sens de nouveaux en eveil, ceux qui me permettraient de sentir un vent qui se leve, un bruit annoncant un visiteur, une odeur me ramenant a d autres souvenirs, me plongeant davantage encore dans cet etat de bonheur qui vous ennivre et vous rend humble devant une nature puissante parce que belle. Le soleil avait perdu de sa douceur et le froid s installa bientot pour la nuit. Emmitouffle dans mon duvet, le regard parfois en dehors de la petite ouverture de ma tente pour apprecier un ciel etoile de l hemisphere sud pour mieux imortaliser l instant, je ne sentais pas que le danger guetait bientot. Au matin, je me rendais compte que j avais peu dormi. Jamais je n avais subit un tel froid et sans mon equipement j y serais probablement reste. Mon petit orteil du pied droit a du mal a se reveiller et souffre encore des traversees de la veille, la chaine du velo est gelee et ne parvient pas a entrainer sa roue, la tente est recouverte d une epaisse couche de glace produit de la condensation et du froid, ma gourde metallique a explosee et le gaz de mon rechaud hesite a s activer. Il a gele a -15C.

Au matin, la montagne est recouverte de cristaux blancs et le petit torrent que je dois traverser encore est gele dans ces recoins les plus tranquilles. Les pieds laceres je me lance dans une nieme traversee et paralyse, je m effondre sur l herbe gelee qui me les brule un peu plus encore. Cette fois, j attends que le soleil passe de l autre cote pour envisager une nouvelle tentative. C est a ce moment qu un petit avion survolla ma situation et atterit non loin. Je fus bientot rejoint par un paysan qui peu soucieux de savoir comment je n y etais pas reste par un tel froid, me repprocha d avoir traverse ces terres et m averti :

« Celles sur lesquelles tu te trouves maintenant appartiennent a un proprietaire qui ne te laissera pas passer et t obligera a faire demi tour. »

Comme m avait dit Bret, je n avais rien a perdre et au point ou j en etais, je ne pouvais plus me permettre de faire demi tour. L autre paysan arriva bientot, lui et ses 30 chiens pour un accueil dont je me souviendrai :

« T es bien un E…. de francais, typiquement arrogant et ignorant! ».

Et me demanda soit de faire demi tour, soit de payer 100 dollars.

J aurais aime lui expliquer ce qu « arrogance » signifiant, lui indiquer que l ignorance etait une vertue. J aurais aime lui rappeler que quelques maoris auraient bien du lancer a ces ancetres ces memes propos mais je preferais ruser et passer mon chemin sans payer, me souvenir en silence et le sourire aux levres ces quelques propos de Montesquieu :

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire: « Ceci est à moi », et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: « Gardez-vous d’écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne! ». »

Cette terre etait belle, tres belle et je m elancais dans l attente de quelques aventures a venir en gardant en tete qu ici peut etre, je me sentirai plus proche des chercheurs d or que des paysans. Les chemins se succedaient et personne ne comprenait vraiment pourquoi je ne voulais prendre la route principale, celle qui convient a tout le monde. C est que je me bornais a penser que la ou il y avait des pieux a arracher, il y avait des sourires a planter!