Parcourir le monde pour vivre avec les nomades. Au gré de l’itinérance, comprendre le rapport qu’entretient l’homme à l’espace. A vouloir arpenter la Sibérie ou le Sahara, j’ai failli comme beaucoup ignorer une réalité : en Europe aussi nous avons nos nomades : les roms.
Les roms sont l’objet de tous les fantasmes quant aux raisons qui les poussent à l’itinérance. Tantôt on les fait descendre du fils de Caïn, tantôt de Noé. D’autres encore leur ont trouvé des liens avec les mages de Chaldée, des Atlantes, de Syrie, d’une des tribus perdues d’Israël, des Égyptiens de l’époque pharaonique, ou d’anciennes tribus Celtes du temps des Druides. Depuis quelques décennies, les linguistes nous l’on dit : ils viendraient d’Inde du Nord.
Mais aujourd’hui, aucun Rom ne se préoccupe vraiment de savoir d’où il vient. Pour eux, la considération d’un nouveau départ importe plus que celle de l’origine.
En Roumanie, et particulièrement dans les contrées mystérieuses de la Transylvanie, au contact des Roms les plus traditionnels d’Europe et dans le détail des campagnes, j’espère mieux comprendre ceux qui arpentent nos routes d’Occident. J’ai choisi la Roumanie parce qu’il fallait bien un pays ; j’ai choisi la Roumanie parce qu’y « réside » aussi le roi des Roms. Parce que vivent encore sous forme de castes de vrais roms nomades, qu’ils soient avec leurs chariots et leurs chevaux occupés au commerce du fer : les calderashs, marchands de chevaux : les grastareas, ou encore musiciens. Car partout, sédentarisés ou non, vivant sous des tentes et parfois même sur des décharges, tantôt forgerons, tantôt vanniers, leurs traditions restent : la famille avant tout, des savoirs faires qu’on se transmet, et parfois de la musique, de la danse, des chants pratiqués avec passion.
Tenter de savoir ce qu’il reste de nomadisme chez les Roms, tenter de savoir ce qui fait aujourd’hui un Rom. Tenter de vivre pour un bout de route à leurs côtés. Voilà la considération de mes nouvelles « explorations ».
Dimanche 24 janvier 2010 à 14h55 sur Canal+.
« L’or des gitans ne brille ni ne tinte ; il luit dans le soleil et hennit dans l’obscurité. » Proverbe tsigane.
Me voilà rentré de l’Est, les yeux chargés du sang de ceux qui s’affalent dans les fossés, à regarder le soleil se coucher. Les tsiganes tournent le dos à leurs origines et s’accommodent d’un quotidien sans cesse renouveler : sortir de l’avenue principale, prendre par les petits chemins, regarder droit devant et fièrement, s’arrêter au troquet du village pour se charger le gosier d’alcool, s’emparer des bouteilles qui n’ont pas encore été vidées ; reprendre la route, et espérer enfin que les chevaux reconnaissent le lieu de la prochaine nuit.
Nous repartons au petit matin dans l’espoir de trouver un terrain où la police ne viendra pas, un champ de cerises où le propriétaire ne regardera pas. Tourner le dos à ses origines n’empêche pas de trainer derrière soit le poids de son passé ; mais donne parfois une bonne raison de voyager.