Voilà que l’histoire de mon voyage à travers le territoire d’Edom, de la Mer Rouge à la ville abandonnée de Resafa, sur la route des Rois, sera diffusée en intégralité sur France 5 ce samedi à 20h35. Cinquante-deux minutes d’images, de commentaires et de musiques pour raconter près d’un mois de bitume et de sable. Le cinéma permet de compresser le temps et de remanier le monde mais impose de faire des choix. Cette fois, j’ai tenté de mettre en lumière la fusion des traditions et de la modernité qui en plein désert, vous fait oublier les palais, les couronnés et leurs bouffons pour vous montrer la voie du Levant. Car j’en ai la conviction : si le monde a bien ses couchers de soleil… C’est pour mieux nous proposer ses nouveaux matins à embrasser…
Extrait :
Photos de François Schmitt.
La route des Rois – la « Tariq al-Malaki » – serpente dans les djebels qui séparent la mer Morte des hauts plateaux désertiques, sur près de 1200 kilomètres. Elle suit l’ancien parcours des Hébreux conduits par Moïse, lors de l’Exode. C’est dans la Bible d’ailleurs qu’on y fait référence pour la première fois. Moïse s’adressa au chef du territoire de « ceux qui demeurent dans les fentes du roc »
en ces termes :
«… Laisse-nous passer par ton pays; nous ne traverserons ni les champs, ni les vignes, et nous ne boirons pas l’eau des puits; nous suivrons la route des Rois, sans nous détourner à droite ou à gauche, jusqu’à ce que nous ayons franchi ton territoire. Edom répondit : « Tu ne passeras point chez moi, sinon je sortirai à ta rencontre avec l’épée… »
C’est cette route que j’emprunterai. Et je défierai l’épée, traverserai le territoire d’Edom, la Jordanie et la Syrie, ses champs, ses vignes ; je boirai l’eau de ses puits, me détournerai souvent à droite et à gauche, jusqu’à ce que j’aie atteint mon but : Alep et pourquoi pas Resafa. Jusqu’à ce que j’aie honoré la route des Rois. Jusqu’à ce que j’aie rendu hommage à la beauté de sa poussière, de ses seigneurs et de son peuple.
Tantôt Via Maris. Via Traiana Nova. Tantôt route des Philistins, ou route du Levant. La route des Rois est un carrefour où donnent rendez-vous les Hommes à l’Histoire, l’Orient à l’Occident, les caravanes d’or de Nubie ou celles encore venues d’Arabie chargées d’encens. La route salue les pèlerins pour Jérusalem ou la Mecque. Elle se rappelle de la Grande Révolte conduite par Lawrence d’Arabie, frôle depuis la nuit des temps les tentes en poils de chèvre des campements des bédouins, s’abandonne au fond des gorges creusées par les « wadis » qu’elle traverse par des gués fleuris, franchit des terres brûlées par le soleil du zénith qui n’hésite pas à terrasser l’Est par l’Ouest.
Oui, c’est une terre changeante et tourmentée qui m’attend. Une terre fière et suspendue aussi. Une terre où l’âne reste debout malgré le vent violent qui le somme de se coucher. Car dans ce coin du monde, malgré la pesanteur qu’impose le poids de l’Histoire et les vieilles pierres : la vie va. Chaque soleil qui se lève vaut pour un espoir ou une détresse, une apogée ou un déclin, une naissance ou une mort. Ce voyage se vivra sur un fil, tendu entre deux mondes. En quête de « la vie malgré tout ».
Allons par la route des Rois, en direction du Nord et de l’Est : « Et de Rasafa pourquoi pas… ».
Allons par la route des Rois, où les transminéraliers de phosphate ont remplacé les caravanes d’or et d’encens. Allons accompagner ces nouveaux princes qui conduisent les caravanes modernes …
Mon voyage commence au cœur de l’Himalaya, premières prières au départ de la route des Dieux en compagnie de jeunes moinillons. Un ultime thé au beurre de yak rance. Une bougie à Bouddha pour offrande. « Si ton cœur est assez pur, tu seras capable de voler d’une vallée à l’autre » lance le lama au voyageur en guise de protection. S’il savait que j’aime la pesanteur du bitume…
Leh, son monastère… et sa mosquée. Promesse d’une Inde plurielle. C’est dans la capitale du Ladakh que je compte trouver un chauffeur de camion Tata qui me conduira à Manali, 337 kilomètres plus au Sud – trois jours dans le meilleur des cas ; par la deuxième plus haute route du monde. De toutes celles que j’ai pu emprunter jusqu’alors, c’est sans aucun doute la plus dangereuse et la plus improbable mais aussi, la plus belle et la plus céleste. « Don’t be gamma on the land of lama » dit un panneau en son bord comme pour prévenir ceux qui l’empruntent. Des chauffeurs qui – par trois cols à plus de 5000m d’altitude – tentent malgré la fatigue de garder leurs yeux grands ouverts sur la route pour apprécier les ravins de l’enfer et toucher le ciel du bout des doigts, ceux qui en sont revenus disent d’elle que ses visions ne vieillissent jamais…
Mais ce n’est que le début du voyage.
Il se poursuit dans la folie de la vallée du Gange, sur plus de 3000 kilomètres.
Résiste-t-on à la route des Dieux ?
Réponse dans mon premier film comme réalisateur, sur France 5 :
« La route des Dieux » – une production « Bo Travail!
Ailleurs, ici, là-bas. Qu’est-ce qu’une terre natale?
1,5 milliard de personnes bondaient déjà notre planète en 1900,
6 milliards d’individus en 2000,
6,7 milliards en 2008…
Demain, où planterons-nous nos racines ?
D’ici 2040, de grandes migrations provoqueront le déplacement de plus d’un milliard de personnes.
La notion de “racine” aura-t-elle même encore un sens ? Sommes-nous tous déjà en transit ?
Voilà les questions d’une génération. Ce sont sur elles que reviendra durant le week-end l’équipe de Thierry Steiner et de Sandra Freeman du 7/9 de France Inter avec :
C’est Jean Guéhénno qui écrivait pourtant dans son “Journal d’un homme de 40 ans”: “… Je jouissais de mon déracinement, d’être cet esprit enfin délivré, maître des cieux, errant…”.
Bonus vidéo de circonstance aussi pour mon premier film comme réalisateur, diffusé ce week-end également, retraçant mon dernier périple à travers l’Inde de l’Himalaya à la vallée du Gange, en compagnie de Bouddha, Jésus, Allah, et Shiva. L’Inde qui compte presque autant d’habitants aujourd’hui que n’en comptait notre planète toute entière en 1900. L’Inde qui ne se trouve jamais suffisante et qui dénombrerait 330 millions de dieux.
Le premier épisode de 13mn d’une série de 4. (Le 52 minutes sera diffusé en entier le 7 février 2009). Ces prochains samedis donc vers 21h20, et dimanches vers 11h40. Plus tôt pour ceux qui souhaitent voir l’émission en entier.
Inde. La route des Dieux commence dans le nord du pays, à Leh – la capitale du Ladakh – traverse l’Himalaya, poursuit sa course par la vallée du Gange, s’achève plus de 2000km plus tard à Bénarès, ville sainte. Cette route est mythique parce qu’elle relie d’un seul fil de bitume, les Hommes, Jésus, Bouddha, Allah, Chiva et les 3 millions d’autres divinités qui habitent l’une des régions du monde les plus spirituelles qui soit.
D’un bout à l’autre du fragile chapelet, le ciel accorde ainsi la possibilité au voyageur de saisir chaque jour comme une perle, d’espérer chaque étape comme un paradis. Profiter des kilomètres comme des secondes d’une vie qui peut-être belle et folle, éphémère et éternelle à la fois.
Dans sa première partie, la route est synonyme de vertige. L’Himalaya. Des cols à plus de 5000m d’altitude. La deuxième plus haute voie carrossable du monde. Les hommes y flirtent sans vergogne avec les anges. Et les chauffeurs de l’impossible sur leurs montures d’acier rugissantes s’affranchissent des lacets en bravant leurs démons – Se dopent aux vapeurs des moteurs et à l’opium – Prient tout ce qu’ils peuvent.
C’est un parcours long mais prometteur qui m’attend. Ce voyage est celui de ceux qui vivent l’Inde par cieux et tréfonds. Car un jour, les crêtes s’érodent, et des monts célestes aux neiges éternelles ne nous parviennentplus que leurs eaux : celles du Gange. Et roulent les flots par les plaines et les vallées, par l’autre Inde: La grouillante. L’excessive. La multiple. On s’y baigne, on y prie, on s’y lave, on y pisse. Alors qu’on pensait être immortel, la vie vous a comme la route : à l’usure. On se met alors à espérer le moksha, la libération de l’illusion, la dissolution dans le divin, la fusion avec la conscience cosmique… Cette route est mythique parce qu’elle raconte l’agitation de nos vies.