Mon voyage commence au cœur de l’Himalaya, premières prières au départ de la route des Dieux en compagnie de jeunes moinillons. Un ultime thé au beurre de yak rance. Une bougie à Bouddha pour offrande. « Si ton cœur est assez pur, tu seras capable de voler d’une vallée à l’autre » lance le lama au voyageur en guise de protection. S’il savait que j’aime la pesanteur du bitume…
Leh, son monastère… et sa mosquée. Promesse d’une Inde plurielle. C’est dans la capitale du Ladakh que je compte trouver un chauffeur de camion Tata qui me conduira à Manali, 337 kilomètres plus au Sud – trois jours dans le meilleur des cas ; par la deuxième plus haute route du monde. De toutes celles que j’ai pu emprunter jusqu’alors, c’est sans aucun doute la plus dangereuse et la plus improbable mais aussi, la plus belle et la plus céleste. « Don’t be gamma on the land of lama » dit un panneau en son bord comme pour prévenir ceux qui l’empruntent. Des chauffeurs qui – par trois cols à plus de 5000m d’altitude – tentent malgré la fatigue de garder leurs yeux grands ouverts sur la route pour apprécier les ravins de l’enfer et toucher le ciel du bout des doigts, ceux qui en sont revenus disent d’elle que ses visions ne vieillissent jamais…
Mais ce n’est que le début du voyage.
Il se poursuit dans la folie de la vallée du Gange, sur plus de 3000 kilomètres.
Résiste-t-on à la route des Dieux ?
Réponse dans mon premier film comme réalisateur, sur France 5 :
« La route des Dieux » – une production « Bo Travail!
Ailleurs, ici, là-bas. Qu’est-ce qu’une terre natale?
1,5 milliard de personnes bondaient déjà notre planète en 1900,
6 milliards d’individus en 2000,
6,7 milliards en 2008…
Demain, où planterons-nous nos racines ?
D’ici 2040, de grandes migrations provoqueront le déplacement de plus d’un milliard de personnes.
La notion de “racine” aura-t-elle même encore un sens ? Sommes-nous tous déjà en transit ?
Voilà les questions d’une génération. Ce sont sur elles que reviendra durant le week-end l’équipe de Thierry Steiner et de Sandra Freeman du 7/9 de France Inter avec :
C’est Jean Guéhénno qui écrivait pourtant dans son “Journal d’un homme de 40 ans”: “… Je jouissais de mon déracinement, d’être cet esprit enfin délivré, maître des cieux, errant…”.
Bonus vidéo de circonstance aussi pour mon premier film comme réalisateur, diffusé ce week-end également, retraçant mon dernier périple à travers l’Inde de l’Himalaya à la vallée du Gange, en compagnie de Bouddha, Jésus, Allah, et Shiva. L’Inde qui compte presque autant d’habitants aujourd’hui que n’en comptait notre planète toute entière en 1900. L’Inde qui ne se trouve jamais suffisante et qui dénombrerait 330 millions de dieux.
Le premier épisode de 13mn d’une série de 4. (Le 52 minutes sera diffusé en entier le 7 février 2009). Ces prochains samedis donc vers 21h20, et dimanches vers 11h40. Plus tôt pour ceux qui souhaitent voir l’émission en entier.
Inde. La route des Dieux commence dans le nord du pays, à Leh – la capitale du Ladakh – traverse l’Himalaya, poursuit sa course par la vallée du Gange, s’achève plus de 2000km plus tard à Bénarès, ville sainte. Cette route est mythique parce qu’elle relie d’un seul fil de bitume, les Hommes, Jésus, Bouddha, Allah, Chiva et les 3 millions d’autres divinités qui habitent l’une des régions du monde les plus spirituelles qui soit.
D’un bout à l’autre du fragile chapelet, le ciel accorde ainsi la possibilité au voyageur de saisir chaque jour comme une perle, d’espérer chaque étape comme un paradis. Profiter des kilomètres comme des secondes d’une vie qui peut-être belle et folle, éphémère et éternelle à la fois.
Dans sa première partie, la route est synonyme de vertige. L’Himalaya. Des cols à plus de 5000m d’altitude. La deuxième plus haute voie carrossable du monde. Les hommes y flirtent sans vergogne avec les anges. Et les chauffeurs de l’impossible sur leurs montures d’acier rugissantes s’affranchissent des lacets en bravant leurs démons – Se dopent aux vapeurs des moteurs et à l’opium – Prient tout ce qu’ils peuvent.
C’est un parcours long mais prometteur qui m’attend. Ce voyage est celui de ceux qui vivent l’Inde par cieux et tréfonds. Car un jour, les crêtes s’érodent, et des monts célestes aux neiges éternelles ne nous parviennentplus que leurs eaux : celles du Gange. Et roulent les flots par les plaines et les vallées, par l’autre Inde: La grouillante. L’excessive. La multiple. On s’y baigne, on y prie, on s’y lave, on y pisse. Alors qu’on pensait être immortel, la vie vous a comme la route : à l’usure. On se met alors à espérer le moksha, la libération de l’illusion, la dissolution dans le divin, la fusion avec la conscience cosmique… Cette route est mythique parce qu’elle raconte l’agitation de nos vies.