« … A l’heure où tout paraît s’effondrer, où les bourses jouent au yoyo, où les plans sociaux se multiplient, où le libéralisme est remis en cause, nous vous proposons un gros plan sur une utopie, Auroville, une ville créée au sud de l’Inde il y a 40 ans… »
Pour écouter l’émission d’une heure trente sur Europe 1 avec Jacques Pradel où nous évoquons ensemble : « Sur la route des Utopies » – Editions Arthaud. Cliquez sur le lien mp3 ci-dessous.
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Imaginez un instant qu’une bande d’enfants fanatiques d’Harry Potter prennent d’assaut quelques hectares d’une forêt solognote pour y fonder l’école des Sorciers, et qu’ils justifient leur geste en expliquant que l’univers enchanteur de leur héros correspond au monde dans lequel ils souhaitent vivre. Et bien c’est ainsi que « Twin Oaks Community – la communauté des deux chênes » a vu le jour, sur les bases du récit de B-F Skinner : « Walden 2 » vendu depuis sa parution en 1948 à plus de 2 millions d’exemplaires. Méconnu en France, Skinner est considéré aux Etats-Unis comme l’un des plus grands penseurs psychologues du XXème siècle aux côtés de Freud. Dans « Walden 2 », il fait référence à H-D Thoreau qui, un siècle plus tôt, s’isola du reste du monde pendant deux ans, deux mois et deux jours dans la forêt jouxtant l’étang de Walden dans le Massachussetts. Thoreau voyait dans le recourt à la cabane, et le retour à l’état de nature des solutions aux maux de l’époque. Avec son ouvrage, Skinner lui, ne voulait ni réveiller les vocations de magiciens, ni celles d’ermites – mais en proposant Walden pour décor à toute une société, encourager l’expérience communautaire. Le 16 juin 1967, huit étudiants visionnaires le prennent au mot et s’installent en bordure du comté de Louisa dans l’état de Virginie pour fonder leur meilleur des mondes : Twin Oaks, une alternative à « l’American way of life ». Quarante ans, 85 adultes, et 15 enfants plus tard, l’Utopie est toujours en marche.
Les petits chemins sans indication qui s’enfoncent au cœur de la forêt rendent l’accès à Twin Oaks délicat et incertain. Lorsqu’on accède enfin aux terres de la communauté, un dernier rempart à franchir se dresse immédiatement avant d’atteindre les baraquements de bois : un gigantesque jardin organique. On y voit au milieu des pieds de tomates et des rangs de concombres des hommes aux barbes longues et des femmes légèrement vêtues, des poils sous les bras, s’évertuer à cultiver la terre dans le but de satisfaire leurs repas quotidiens. D’emblée, l’explorateur se sent l’âme d’un pirate sur le point d’accoster le dernier îlot soixante-huitard tendance du siècle, un écovillage, repère de vieux hippies nostalgiques. Une fois franchies les frontières géographiques de leur monde, il mesure pourtant à quel point rien n’a été abandonné aux négligences. « La vie à Twin Oaks s’harmonise autour de la maîtrise des comportements. On encourage la coopération, le partage communautaire, l’égalité, le pacifisme et le féminisme tendis qu’on cherche à proscrire la compétition, la propriété privée, l’agressivité et les discriminations » nous explique dès notre arrivée Valérie – une canadienne de 35 ans qui vit ici depuis 15 ans. « D’ailleurs, ce soir, à 19 heures, après le repas commun, vous vous collerez à la plonge ! Ce sera votre baptême d’intégration ! ». On évalue la vitesse d’une Utopie en marche à l’énergie dont elle dispose pour vous mettre au pas.
Twin Oaks doit sa survie à la planification des tâches. Chaque membre travaille 42 heures par semaine et fait lui-même le choix de jardiner, garder les enfants, ou préparer les repas. En entretenant le quotidien de la communauté, les membres ne perçoivent pas de salaire mais s’assurent une place en son sein, un épanouissement personnel ou familial, un accès à des pratiques culturelles et sportives, le remboursement des frais de santé, et la possibilité au bout de trois ans de prendre une année sabbatique afin de voyager. Twin Oaks a compris depuis longtemps l’intérêt de s’ouvrir au monde. Sur l’ensemble du travail fournit à Twin Oaks, 35% de celui-ci contribue à augmenter le revenu de la communauté. Grâce à la fabrication des hamacs qui représentaient jusqu’en août 2004, 42000 unités par an et les deux cinquièmes des 500000 dollars du chiffre d’affaires annuel, Twin Oaks pouvait investir dans de nouveaux bâtiments. Le renforcement de sa capacité à accueillir de nouveaux membres et l’augmentation de sa population son les clés de sa pérennité. Mais depuis la perte de Pierre Import, son plus gros client, Twin Oaks a dû apprendre à se diversifier. Une activité nouvelle fut créée : la production de tofu à destination des grandes surfaces et détaillants de la région. Aux dires de Shean, 34 ans, membre depuis 5 ans : « les déchets issues de la transformation du soja que nous éparpillons dans la forêt ne répondent pas aux normes environnementales. Nous serons bientôt obligés de choisir entre mourir pour des idées ou survivre à leur détriment ». Ce cas de conscience divise actuellement la communauté. Chaque décision est soumise à de grands débats. La démocratie ralentie parfois la course du rêve. « Difficile aussi de vivre si proche les uns des autres » avoue Shean. « Dans l’autre monde, quand vous n’êtes pas d’accord avec votre gouvernement, ce n’est pas si grave. Ici, vous partagez tout, même vos aigreurs ! ». Au fil du temps, on en a oublié les théories de Skinner. Aujourd’hui d’ailleurs, personne ne se souvient plus vraiment du lien qui unit « Walden 2 » à Twin Oaks. Des nouveaux arrivants, très peu savent que l’étang dont il profite l’été venu pour quelques longueurs, fut creusé en sa mémoire. Si Twin Oaks survit grâce à sa politique de recrutement intensif qui voit chaque mois une nouvelle session de postulants se rallier, on peut s’inquiéter du turnover qui la touche. Plus aucun membre fondateur n’y vit encore, et la moitié de ses membres n’est là que depuis 5 ans. Mais Twin Oaks, symbole de l’autre monde possible, séduit toujours. Charge ensuite aux candidats au rêve de se souvenir de la morale de la fable de La Fontaine. Au vent, le roseau plie mais ne rompt pas ; le chêne lui, se déracine.
CC pour VSD.
Toutes les photos faites dans les communautés américaines sont de Cyril Bitton.
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Sun City – « la Cité du Soleil » – dans l’Arizona. Le voyageur averti ne manquera pas d’y voir une référence à l’ouvrage du même nom de l’utopiste Tomamaso Campanella. Mais malgré la puissance de l’astre dans la région, il ne pourra s’empêcher d’être d’abord parcourut d’un étrange frisson. Sun City se veut une ville idéale, certes, mais une ville idéale pour vieux. Quarante-deux milles habitants de plus de cinquante-cinq ans y sont concentrés. La moyenne est à soixante-quinze ans. Cent-vingt neuf centenaires. A Sun City, les Américains sont allés jusqu’à faire de l’âge une condition au communautarisme.
La route est longue pour y arriver mais elle se fait sans trop s’en rendre compte, sans avoir vraiment quitté Phoenix mais en n’y étant plus tout à fait quand même. L’ultime cordon ombilical : une avenue rectiligne qui s’effile comme le temps court après la vie, trente minutes pour quinze miles, « Grand Avenue ». La multitude de panneaux qui la bordent en dit pourtant beaucoup sur les rapports particuliers qu’entretient l’Amérique à la famille : « Choisissez la vie » (slogan anti-avortement) ou encore « Divorcez en 24 heures ». Un dernier mur à longer… Ca y est.
Des maisons-modèles plutôt basses, d’adobes et de tuiles, reproduites à l’identiques sur des kilomètres. Des lotissements pavillonnaires plantés comme des palmiers. Les rues circulaires d’où il est difficile de sortir et se repérer en donnent d’ailleurs la forme vue du ciel. Des climatiseurs partout, l’invention qui, avec l’arrosage automatique, révolutionna le grand Ouest et l’Arizona en particulier. Personne ne marche dans les rues. Quelques véhicules seulement s’aventurent par les artères ensoleillées : à Sun City, on circule en voitures de golf. Par endroit, Sun City a des allures très kitsch. Le kitsch amuse au même titre que le morbide inquiète, que la mort effraie. Mais il faut bien l’avouer, Sun City est un cadavre si bien fardé qu’elle apparaît immédiatement rassurante. D’abord, Sun City n’est pas une « gatted community » (communauté fermée) et on peut parfaitement y circuler comme dans une ville normal, sans restriction aucune. Ensuite, bien qu’il faille avoir au moins cinquante-cinq ans pour y résider, Sun City n’est pas une ville pour vieux riches. Au contraire, lorsque le promoteur Del Webb après avoir construit des bases militaires, des camps d’internement pour les japonais à la fin de la seconde guerre mondiale, et le premier hôtel casino de Las Vegas, s’attaque au concept de Sun City en 1960, il n’a qu’une idée en tête : offrir une ville de loisirs accessible au plus grand nombre de vieux américains moyens. C’est le succès immédiat. On vient des quatre coins du pays pour pouvoir vivre dans un monde enfin fait pour soi. Des blancs surtout, et qui constituent aujourd’hui plus de 98% de la population – comme si les noirs n’aimaient pas s’amuser en vieillissant. En réalité, on évoque les structures familiales bien plus englobantes chez les afro-américains. Troublante Amérique des communautés. Car, avec 85000 dollars, prix d’acquisition d’un condominium, l’argent n’est pas véritablement un facteur limitatif d’intégration même s’il permet de garder la pauvreté au-dehors – source d’insécurité. Ainsi, une maison dite simple, deux à trois chambres, une à deux salles de bain, un garage, en coûtera environ 150000 dollars. Ajoutez une taxe annuelle à la propriété de 0,5%, une inscription de 300 dollars au registre de la ville, une cotisation de 2500 dollars au programme d’investissement à long terme afin de rénover les infrastructures collectives et vous voilà membre de la communauté. Enfin, un abonnement annuel de 380 dollars par maison vous permettra de profiter, pleinement et avec bonheur, des services de loisirs proposés : sept « recreation centers » et autant de piscines, huit terrains de golf, trois country clubs, des bowlings, dix-neuf centres commerciaux, trente églises et synagogues, et autant d’ateliers qu’il y a de membres, autant de sous-ghettos qu’il y a de raisons d’en créer, de la calligraphie à la bijouterie, de la pêche à la photographie, de la céramique au Mah Jong, de la danse au billard. Et c’est la joie de vivre qui se lit sur tous les visages. A quatre-vingts ans, les mamies jouent les majorettes et se pouponnent comme si elles en avaient quatorze. Les hommes célibataires se refont une nouvelle vie et n’hésitent pas à « emballer » à l’occasion des soirées organisées pour les célibataires. Les salles de sport et de fitness sont pleines de vieux qui ne veulent pas se laisser aller et y croient encore. A soixante ans, on se sent forcément plus vigoureux que son voisin de soixante dix.
Sun City est une inuncorporated city, c’est-à-dire qu’elle fonctionne de manière autarcique et possède son propre réseau d’administration. C’est l’une des villes les plus propres du pays et les plus sûres. Grâce à son programme de surveillance du voisinage, des retraités volontaires jouent les papis flingueurs et préviennent la police en cas de problème. Ici plus qu’ailleurs encore, on est fier d’être américain. Et tous savent la chance qu’ils ont eue de naître du temps où les valeurs d’entraide et d’amitié étaient forgées sur des principes citoyens car aujourd’hui, ce qui fait de Sun City une ville si agréable à vivre et si abordable, c’est son réseau de volontaires. Partout, à la bibliothèque, à la piscine, et même à l’hôpital, les gens travaillent gracieusement afin de servir la communauté. On estime ainsi à 22 millions de dollars par an les économies faites grâce au travail des onze milles volontaires de la ville. Sun City sait être reconnaissante envers ceux qui l’aident. Ainsi, des campagnes d’affichage régulières permettent de diffuser le portrait de « l’employé de l’année » comme on placarde en France celui du candidat à une municipale. En 2007, c’est Larry Wetzel, large sourire, petites lunettes, cheveux gris, la soixante-dizaine passée qui y a droit pour son travail assidu au magasin du terrain de golf de Willowbrook. Paul Herrmann, directeur exécutif du Visitor Center qui vise à « promouvoir une communauté vibrante » en atteste : « Notre réseau de volontaires est notre fierté. Les gens ici sont heureux. Ils se disent qu’ils peuvent encore être utiles à quelque chose. Ca leur donne un objectif dans la vie, une raison de vivre. Ils se sentent appartenir à une grande famille. »
Mais jusqu’où peut aller le communautarisme à l’américaine ? A côté de Sun City, on a vu se créer il y a quelques années Yougtown – la ville des jeunes. A quand Normal City ?
CC pour VSD.
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En inventant en 1989 le jeu vidéo futuriste SimCity qui offre au joueur la possibilité de se prendre pour un dieu, de construire et d’administrer une ville idéale, Will Wright son concepteur, ignorait sans doute qu’un petit architecte italien intrépide le devançait déjà dans le monde du réel. A mi-chemin entre Flagstaff et Phoenix, sur l’Interstate-17, sortie 262, au bout d’une petite piste, en plein milieu du désert de l’Arizona, on tombe en effet sur Paolo Soleri – Apollo pour les intimes – et son projet Arcosanti. Voilà trente-sept ans qu’il est aux manettes de ce gigantesque chantier, ébauche d’un monde meilleur en construction, le regard malicieux tourné vers le futur, le béton toujours frais, les grues pointant vers le ciel. Trente-sept ans qu’il essaye de faire sortir de terre sa ville de demain, mariage de la cité, de l’homme et de son environnement. Car, si depuis peu le vert et le bio nous submergent comme une nouvelle déferlante épidémique, voilà des décennies que Paolo s’inquiète du tsunami provoqué par notre société de consommation et s’emploie à construire et développer son projet sur le concept de l’« archologie » – mariage de l’architecture et de l’écologie.
A Arcosanti, pas de voiture mais du béton. Les blocs s’enchevêtrent à l’état brut, et semblent s’imbriquer les uns dans les autres avec tumultes et passion, laissant parfois la place à un cirque, des arches ou des voutes. Mais ici, le ciment devient le liant réconciliateur du temps et de l’espace, du culturel et du naturel, de l’individu et de la communauté et vise à aider l’homme à s’épanouir en ville. Tout ce qui d’un premier regard semble confus est en fait parfaitement pensé. L’homme ne doit pas éprouver le besoin de s’échapper de son laboratoire urbain. Il doit se sentir ici l’âme d’un rat des villes heureux d’évoluer dans son labyrinthe. L’orientation des bâtiments par rapport au soleil, le nombre d’ouvertures sur le désert, les serres climatisés, le volume des habitations, l’emplacement des bureaux par rapport aux appartements privés, rien n’est laissé au hasard, tout est accessible. L’homme est au cœur de l’ouvrage écologique. Le meilleur exemple est probablement l’accueil aux visiteurs qui s’ouvre sur une salle d’exposition puis un magasin de souvenirs, et grâce à un dédale d’escaliers et de passerelles, offre la liberté en contrebas de se restaurer au réfectoire communautaire, de flâner en chemin à la boulangerie bio, de profiter d’une vue exceptionnelle sur la solitude environnante, d’accéder à des bureaux, une habitation, le tout étant astucieusement concentré dans un espace réduit et harmonieux. Le fonctionnel et l’humain s’accordent dans une arborescence tridimensionnelle visant à héberger cinq mille habitants sur un espace au sol de dix hectares, prouesse qu’aucune ville traditionnelle américaine ne parvient à atteindre aujourd’hui. En plein désert, le vent souffle dans la structure de l’acropole comme dans celle d’un navire, et telle une vigie, rassure les soixante-dix citoyens du futur participant au projet expérimental de Paolo : ils font bien cap vers leur rêve.
Arcosanti est aussi une école de la vie. Tous les habitants ont l’obligation d’y travailler, ensemble ; d’y manger, en commun ; et si possible, d’y suivre les cours du vieil architecte considéré par ses émules comme le plus imaginatif penseur de notre temps et qui, chaque mercredi après-midi donne son récital. Pour l’étranger de passage, Apollo devient à cette occasion un drôle de demi-dieu, un prophète charlatan se réclamant autant de Teilhard de Chardin que de Nietzsche, un intriguant gourou de quatre-vingt huit ans se lançant dans des monologues pseudo-philosophiques à l’anglais incompréhensible. Arcosanti quant à elle devient grise. Arcosanti née du développement durable se transforme en chantier interminable. A ce rythme, il faudra attendre sept cent ans avant de poser sa dernière pierre à l’édifice. Au vent du désert, les énergies s’érodent parfois. Mais le vieil italien, son sonotone ouvert, son micro cravate ajusté, de rappeler incessamment aux détracteurs, à ceux qui doutent, à ses fidèles : « Je fournis l’instrument, et c’est à vous de faire la musique » ou encore « Arcosanti n’est que ce que vous en faite ». Des habitants s’en vont, d’autres reviennent. Au fil des ans, Arcosanti a ouvert ses portes aux saisonniers en développant le programme payant « Arcosanti Workshops ». Le temps d’un stage, de jeunes anarchistes comme de nouveaux diplômés de l’administration se retrouvent autour d’un projet commun. Mickael, 32 ans est de ceux là. Il vient d’obtenir son MBA (Master of Business Administration) en commerce international et travaille comme informaticien au département des archives d’Arcosanti : « Pour moi, cette expérience est l’occasion unique de côtoyer des utopistes et leur monde. Dans quelques semaines, je serai quelqu’un d’autre, consultant pour un grand groupe à Washington. Jamais il ne me sera plus permis de participer à la construction d’une ville idéale. » Mickael n’était même pas né quand tout a commencé. Dave se souvient être arrivé là avec la même naïveté que lui. Voilà pourtant vingt-deux ans qu’il vit à Arcosanti où il a rencontré sa femme et eut deux enfants. Ce soir, tous deux se retrouveront autour du son et lumière pictographique organisé par la communauté et projeté sur les flancs du plateau rocheux voisin. Le spectacle de ce soir s’appelle: « Nothing is true, everything is permitted » (Rien n’est vrai, tout est permis). Arcosanti est pourtant bien réelle.
CC pour VSD.
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« Quelle ville utopique de Floride a finalement vu le jour en 1996 après 30 ans d’attente ? » demande ce soir-là Pamela en exhibant la carte du jeu Trivial PursuitTM à l’assemblée réunie autour d’elle. Et l’assemblée de répondre en cœur : « Celebration ! Notre communauté !».
Ils sont peu à être présents, quelques dizaines d’habitants seulement sur les 10000 qu’elle compte. Mais, avec beaucoup de fierté et un peu d’excitation tout de même, Pam annonce enfin ouverte la première soirée dédiée à l’Histoire de Celebration – celle que l’on surnomme partout en Amérique : « la ville de Mickey ». Elle remercie aussi le généreux donateur de la carte du jeu, première pièce du musée qu’elle souhaite voir consacré à sa ville. Les Américains ont un rapport à l’Histoire et au temps qui – nous autres européens – nous est étranger. Ils se sentent si jeunes qu’ils se croient permis de pouvoir enfermer le présent dans les musées. Remède s’il en est, d’un peuple qui ne veut pas vieillir, voir même, ne veut pas grandir. Mais qu’importe car Pam est une habitante bénévole qui a son projet à cœur, sans autre arrière pensée. Et quand on aime, c’est bien connu, on ne compte pas. Même pas les années : Celebration a 11 ans. Pam y habite depuis que la Walt Disney Company s’est enfin décidée à sortir de l’oubli et de terre, le projet de ville idéale du défunt Walt.
Disney survola la région pour la première fois le 22 novembre 1963 en empruntant un alias pour conserver sa mission secrète. Ce même jour, Kennedy était assassiné. L’époque était à l’image de cette journée là : débordante et imprévisible. Car au même moment, l’Amérique découvrait le rock psychédélique et le LSD, Martin Luther King avait depuis trois mois déjà énoncé ses rêves d’harmonie et d’égalité pour un Homme qui s’apprêtait à marcher sur la lune. Rien de cohérant n’expliquait vraiment les années 60. C’était ainsi. En venant en Floride, Disney, lui, songeait à créer EPCOT – une communauté expérimentale, prototype de « la ville de demain ». Elle resterait en permanente évolution et trouverait ses racines dans l’ingéniosité et l’imaginaire des nouvelles technologies. Une ville au service de l’humain. Paradoxalement, il l’avait imaginée là, en plein nulle part, au milieu d’une terre dont personne ne voulait, faite de marécages et de mangroves, seul paradis des alligators. C’était certes un drôle de refuge, mais à 450 dollars l’hectare, Disney n’hésita pas. Il en acheta 11000. En visionnaire qui anticipait la société des loisirs, il se représentait déjà les Américains se précipiter en masse vers une destination où il ferait toujours soleil : son « Magic Kindom ».
Puis Disney mourut. EPCOT et « Magic Kingdom » ne virent le jour que sous forme d’un parc d’attractions. Mais lorsqu’au début des années 90, Michael Eisner, nouveau Président de la Walt Disney Company, lance son nouveau programme de développement, il capitalise entre autre sur l’Utopie du créateur et lance à côté de Disneyworld le projet immobilier de Celebration.
Loin des visions de Disney, la ville se rapproche pourtant de ses valeurs. Celebration n’est pas une vitrine en l’honneur des nouvelles technologies mais symbolise plutôt la nouvelle ville traditionnelle. Elle joue avec les souvenirs de « la génération de l’apple-pie » – la fameuse tarte aux pommes qu’on mangeait encore chaude avec ses voisins pendant que les enfants s’amusaient gentiment au dehors. L’époque des années cinquante où toute l’Amérique se connaissait, l’époque des petits villages sans criminalité qui voyaient passer le laitier tous les matins avec son habituel sourire et son éternelle question : « A part ça, comment-ça va aujourd’hui ? ». On répondait toujours « Très bien ! », avec le sourire aussi. Eisner voulait renouer avec le passé bienheureux de l’Amérique moyenne. Il avait mis sur le coup les plus talentueux architectes et planificateurs du monde du nouvel-urbanisme qui devaient préserver le sens de la communauté ainsi que celui de l’espace, intégrer les technologies, et permettre le développement des services de santé et d’éducation. Le centre ville avait été pensé en premier. Fait de petits commerces et de restaurants, facilement accessible à pied, il jouxtait un lac et à l’image des « Main Street » des parcs à thèmes. Se mêlaient ensuite les espaces verts et les salles de sport et d’activités culturelles, le terrain de golf, et enfin de larges allées arborées qui conduisaient aux habitations. En périphérie on trouvait un hôpital et une université. S’il n’y avait qu’un qualificatif à donner à Celebration : harmonieux. Le jour des premières ventes, on dut tirer à la loterie tellement la demande était forte. Prix d’entrée d’une habitation : 150000 dollars. Les candidats n’avaient plus qu’à se décider sur l’un des six styles de maison à disposition. Ils avaient le choix entre la « côtière », la « coloniale », la « classique », la « française », la « méditerranéenne » et la « victorienne » déclinable en sept tailles différentes, de la maison de ville au domaine. Premier point commun : elles possèdent toutes un petit terrain mais un gigantesque porche donnant sur la rue. Celui depuis lequel on peut saluer ses voisins et les inviter pour une limonade – devenue tradition de Celebration au même titre que les « block parties », des fêtes de quartier entre voisins où l’on dresse les tables dans les rues spécialement fermées pour l’occasion. Second point commun : le garage, symbole de l’architecture antisociale est dissimulé derrière l’habitation. Enfin, deux habitations contigües ne peuvent être ni du même style, ni de la même couleur. Dans le Celebration Pattern Book – le livre mode d’emploi qui garantie l’harmonie pour tous – on y précise aussi les règles élémentaires de bon voisinage. Il est ainsi demandé de tondre son gazon au minimum deux fois par semaine, la hauteur de coupe y est précisée. L’arrosage automatique prévu par la ville est à heure fixe. La disposition de nains de jardin interdite. Interdit aussi de garer sa voiture devant sa maison plus de quelques heures. Interdit encore de repeindre sa maison d’une autre teinte. Par contre, si un rafraichissement de celle-ci est nécessaire, la Company vous en avisera. A Celebration, la reconstitution d’une vie comme elle devrait toujours être va loin. Pour fêter l’automne dans une Floride qui en est dépourvu, on la reconstitue avec des feuilles en plastique de hêtres, d’érables et de chênes qu’on fait tomber du ciel dans le centre ville pour le Falling Leave’s Festival. Sur les feuilles gagnantes, des bons de réduction à faire valoir dans les magasins partenaires de l’opération. A Noël, on s’occupe de la neige. Dans un monde magique, tout est possible.
En 2004, la Walt Disney Company considère son objectif atteint et se désengage du projet. Mais Celebration reste malgré tout une unincorporated city marquée de l’emprunte de Mickey, une ville détachée de l’Etat, sans maire ni municipalité mais gérée par une entreprise privée, Lexin Capital. Elle poursuit une politique en faveur d’une « célébration à la vie ». Et bien que ses détracteurs y voient la ville du « Truman Show », on doit bien reconnaître que les habitants qui ont fait le choix d’y vivre cultivent plus qu’ailleurs les valeurs puritaines chères à notre belle Amérique. En décembre 2006, Celebration a été élue ville rêvée du pays.
CC pour VSD.
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Ah l’Amérique ! La Terre des possibles !
En empruntant la route 340 qui pointe vers le petit comté de Lancaster, on admet de tourner le dos à la modernité des grandes villes de la côte Est. Mais on ne peut renier du même coup Philadelphia. Car c’est à la fin du XVIIème siècle dans celle que l’on surnomme « La ville des premiers », au cœur de la Pennsylvanie, sur les terres de sa colonie que William Penn, le chef de file des Quakers – la « Société religieuse des amis », y accueillit tous les laissés-pour-compte de la vieille Europe, leurs idéaux pour seuls bagages, l’Utopie en bandoulière. Chez lui, on appliquait les préceptes du gouvernement d’une société idéale qui servit de modèle à la Constitution, rien que cela. Beaucoup de citoyens américains vont même jusqu’à penser qu’il inventa à lui seul le Nouveau Monde. Une chose est certaine : c’est grâce à lui et au nom de la liberté si les Amish, chrétiens anabaptistes originaires de Suisse puis d’Alsace mais en rupture avec leur temps, trouvèrent refuge dès 1681 en Amérique.
Ils sont aujourd’hui 200000 répartis sur 22 Etats mais c’est surtout autour de Lancaster qu’ils se sont fixés. Par les fermes exemplaires et les champs de maïs et de tabac religieusement travaillés trouve-t-on encore le souvenir de leurs terres natales dans les noms qu’ils ont donné à leurs bourgades : New-Holland, Manheim, ou encore Strasburg. En arrivant à celle de Paradise, le voyageur ne s’y trompera pas et respectera la première règle Amish : « Ne te conforme pas au monde qui t’entoure ! ». La conciliation n’est pas possible, ni dans un sens, ni dans l’autre. Au Paradis ? Des travailleurs austères qui conservent le regard fixé sur l’horizon de leurs sillons. Quand bien même l’étranger essaierait de forcer le contact, le Amish pacifiste ne lui tendra ni une Bible, ni un bulletin d’adhésion, mais une brosse en proposant : « Il faut étriller les chevaux et préparer les harnais, nous allons au champ ! ». C’est ainsi : On naît Amish, on ne le devient pas.
En n’utilisant ni la voiture, ni l’électricité, ni la télévision, ni la radio, ni la violence, les Amish ne choisissent pas gratuitement le chemin de l’ascétisme. Ils suivent un style de vie qu’ils veulent le plus proche possible de celui suggéré par les Evangiles. Ils se déplacent aussi en calèche qu’ils appellent « buggy », de couleur grise car elle reflète l’égalité de tous ; parlent entre eux un drôle de patois allemand et finissent souvent leurs prières par « Alles zur Gottes ehre – Pour la gloire de Dieu » car ils maitrisent également le haut-allemand employé pour la pratique des offices religieux et la lecture de la Bible. Ils portent des costumes stricts et sombres, symboles de leur foi. Pour les hommes, des vestes sans revers ni poches extérieures, et qui se ferment par des crochets et des œillets – les boutons considérés comme marques de raffinement, sont proscrits. Des « pantalons à porte de grange » comme ceux des marins, soutenus par des bretelles. Des chemises unies. Des chaussures noires. La barbe, longue de préférence, comme celle d’Aaron – frère de Moïse – qui recouvrait ses tuniques. Les robes des femmes aussi sont longues. Un tablier ou une cape complètent généralement l’uniforme. Elles ne coupent pas leurs cheveux et les rassemblent en chignons sous une coiffe en organdi blanche. Les époux ne portent pas l’alliance. La première épître aux Corinthiens aidera aussi à admettre que « … la femme est la gloire de l’homme… ». Le divorce et l’homosexualité ne peuvent exister. D’une communauté à l’autre, les codes peuvent être légèrement différents mais leur finalité reste la même : obéir à l’Ordnung et se rapprocher de Jésus.
Mais les Amish savent adapter les austérités et les ravissements de leur foi afin de servir les valeurs du travail. Il leur est ainsi possible d’utiliser des groupes électrogènes pour fabriquer leur électricité ou du gaz en bouteilles pour les chauffe-eaux, les cuisinières ou les réfrigérateurs. « Ne pas être raccordé au réseau » devient une interprétation de la première règle mais Amos et Malinda Smucker qui sont les rares Amish du comté à avoir développé un service de chambres d’hôtes tout confort à air conditionné en conviennent : « Nous n’avons pas le téléphone mais utilisons les cabines du domaine public, nous ne possédons pas d’automobile mais acceptons le service de nos voisins anglais (c’est ainsi que les Amish appellent ceux qui ne le sont pas), parce que nous devons bien vivre dans ce monde même si nous n’en sommes pas issus ! ». Puis comme tous les mardis après-midi, Amos s’en retourne travailler : excuse louable et évidente qui permet d’écourter l’échange avec l’étranger, certes. Mais Amos est chauffeur de buggy pour le compte d’une petite entreprise qui organise des tours pour les touristes et pose même en photo pour l’occasion. Il y va deux fois par semaine. Le reste du temps, il aide son fils aîné revenu sur la ferme et construit des ponts de bois dans son atelier à destination du continent. Ils sont ainsi plus de 1500 entrepreneurs dans le comté de Lancaster à réaliser plus d’un million de dollars de chiffre d’affaires par an. Depuis l’augmentation considérable du prix des terres, il est presque devenu impossible à l’ensemble des générations d’une famille de vivre du seul fruit de l’agriculture. Mais qu’importe, le « Amish business » se porte bien et les produits de qualité bénéficient d’une excellente renommée. Ils sont aussi généralement moins chers car les Amish ne cotisent pas au régime de sécurité sociale. Et aux entreprises « anglaises » qui se plaignent de cette inégalité, Malinda rétorque : « Les Amish payent suffisamment d’impôts comme ça surtout s’ils contribuent au financement de la guerre en Irak ! ». Mais la communauté est victime de son ouverture et il devient de plus en plus difficile de contenir l’étranger au dehors.
Preuve en sont les panneaux publicitaires qui bordent les routes du comté d’« Amishland » et finissent toutes par mener au Visitor Center. On suggère par exemple au voyageur d’expérimenter la vie amish en poussant les portes de l’unique ferme ouverte au public. A l’arrivée il sera accueilli non par un fermier mais par un guide qui s’excusera de la proximité de la grande surface et du parking attenants en expliquant que la ferme n’est plus exploitée depuis 40 ans mais qu’elle est bien authentique. En gambadant entre les moutons en plâtre et les poules en plastique, l’explorateur rejoindra l’école reconstituée au fond de la cours, derrière les silos et les hangars. Il essuiera les bancs de son jean en se souvenant peut-être d’où il vient. Il apprendra de la bouche de son hôte que la classe n’a jamais accueilli un seul élève. Mais ce dernier le consolera vite : « Elle fut construite par de vrais Amish ». S’il doute encore, il pourra acheter poupées, quilts, et cigares faits main du tabac de la région dans le magasin de souvenirs clôturant la visite. Les Américains de passage sont généralement touchés par autant de générosité. Et il faut sans doute venir d’Europe ou d’un autre temps pour ne pas succomber. L’étranger qui se demande où sont cachées les caméras devra aussi se souvenir du tour joué à la communauté lorsqu’elle dut subir le sarcasme de la téléréalité. Fin juillet 2004, « Amish in the city » mettait en scène à Hollywood cinq jeunes Amish du comté afin de leur faire goûter la vie de l’autre monde. Au programme : visite du haut d’un gratte-ciel et shopping sur Rodeo Drive. A chacun son Expérience.
CC pour VSD.
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Toutes les photos faites dans les communautés américaines sont de Cyril Bitton.
Pour poursuivre le voyage : c’est [ici]
« Ca y est »… 24 octobre 2007: naissance de « Sur la route des Utopies » après deux ans de gestation.
Un beau bébé de 286 pages.
4ème de couverture:
« Je vais acheter ta DeSoto toute rouillée et puis, je roulerai de concert avec les charrettes des Amish, j’irai jusqu’en Floride pour rencontrer Jésus et Mickey, je passerai mes nuits dans les communautés du pays, par les rives du Mississipi, les ranchs du Texas et les déserts de l’Arizona, toujours plus à l’Ouest comme les pionniers du nouveau monde l’ont fait avant moi et, les deux roues de devant dans l’eau salée, je remercierai le Pacifique d’être encore là et San Francisco de se souvenir de Jack Kerouac. »
Alors que notre époque, dit-on, n’espère même plus, Christophe Cousin est parti, durant deux ans en quête d’Utopies : avant de sillonner les États-Unis sur près de 10000 km, en empruntant la route des clochards célestes et de leurs rêves, il a séjourné dans le quartier des artistes de l’« autre rive », Užupis, en Lituanie ; il a imaginé l’Utopie pirate de Libertalia, à Madagascar ; il s’est laissé surprendre par le squat libertaire danois de Christiania, s’est plongé dans l’étrange atmosphère du village planétaire d’Auroville en Inde. Là, il a rencontré des hommes, des femmes, des idéaux : un désir de semer les promesses d’un monde meilleur. Monde meilleur qui sera peut-être demain le nôtre.
Ecrivain-voyageur, Christophe Cousin voue une partie de sa vie à l’aventure et à l’exploration des contrées lointaines et mystérieuses, qui le fascinent. En perpétuelle quête d’idéal, il reste intrigué par la richesse et la diversité de la nature humaine, et sa vocation est d’en témoigner.
Il a 31 ans et vit entre Paris et le bout du monde. Il a publié chez Arthaud, en 2005, Le Bonheur au bout du guidon et signe régulièrement des séries de reportages dans la presse spécialisée ou pour la télévision. Il co-présente notamment l’émission « Les nouveaux explorateurs » sur Canal + pour laquelle il part à la rencontre des peuples nomades.
Au départ, il y eut une bande de fous idéalistes déçus et rejetés par l’Europe, qui décidèrent de faire de chaque colline un village où le soleil brillerait toujours. C’est ainsi que tout a commencé en Amérique et c’est pourquoi aujourd’hui, elle attire, fait peur, fascine.
Voici la série des cinq articles produits cet été pour VSD suite à ma traversée des Etats-Unis, sur la route des Utopies.
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[Photos base def] 1/5 Lancaster County
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[Photos base def] 2/5 Twin Oaks
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[Photos base def] 3/5 Celebration
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[Photos base def] 4/5 Arcosanti
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[Photos base def] 5/5 Sun City
La colonne vertébrale journalistique d’un voyage intérieur beaucoup plus troublant qui constitue cette fois la moelle d’un récit presque romanesque: « Sur la route des Utopies » à paraitre le 24 octobre chez Arthaud.
Le 5 septembre 2007 a marqué le cinquantième anniversaire de la publication de « Sur la route », roman de Jack Kerouac emblématique de la génération d’après-guerre. Pour fêter l’évènement, extrait de l’émission « The Steve Allen Show » de 1959 où Kerouac se lit lui-même.
Retour sur le voyage réalisé aux États-Unis il y a quelques mois. Voici une carte qui permet de suivre le parcours de près de 10000km à travers le continent et jalonné par les 5 étapes utopiques:
Lancaster County, Pennsylvanie.
Twin Oaks, Virginie.
Celebration, Floride.
Arcosanti, Arizona.
Sun City, Arizona.
Que garde-t-on du souvenir de Kerouac au moment du 50ème anniversaire de la parution de Sur la route? Quelques photos, peut-être quelques vidéos pour les passionnés…
Son interview pour l’émission « le Sel de la semaine » sur Radio Canada, le 7 mars 1967 par exemple.
Et surtout, bien sûr ses publications: Les clochards célestes, Sur la route, Les visions de Cody, Satori à Paris…
En parcourant les États-Unis d’Est en Ouest sur la route des Utopies, je voulais aussi garder en mémoire son Amérique, l’odeur du bitume, les jupettes des serveuses des dinners qui volent après 20h, et la complainte du vent du Missouri qui s’engouffre dans la carlingue lorsqu’on roule au dessus de 50 miles à l’heure après Saint-Louis. En chemin, j’ai rencontré de ces gens de la race solaire, oui, aux États-Unis, ce pays dont on le dit puissant et imbu. Et dans leurs regards, finalement, j’ai trouvé du doute bien souvent… et c’est rassurant.Prions les anges vagabonds, Jim, Cody, Jack et Dean.
Et regardons le encore un peu parler des croutons et des tourtières de « Mémère »… dans l’un des seuls entretiens en français que l’on a encore de lui.
Les photos sont de Cyril Bitton.