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Posté le 30-03-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Chine par christophe

La nuit d avant mon arrivee en Chine, j imaginais tout rouge communiste et bleu uniforme. J imaginais etre reveille au son des hauts parleurs qui diffusent la propagande.


Pourtant, depuis que je suis la, c est tous les matins pareil a cela pres que pareil n a jamais la meme odeur, jamais la meme couleur, jamais le meme bruit. Ce matin encore, je me suis leve aux chants des coqs qui commencent comme tous les matins apres que le karaoke d en bas ait fini de resonner dans ma tete. Meme eux chantent faux. Cette nuit encore, j ai peu dormi.


Je mets un oeil dehors et referme vite le rideau. La fumee de charbon se mele encore au brouillard et j ai bien une heure devant moi. Une heure pour une nuit. Et puis tout eclate enfin comme un bourgeon qui ne demande pas son reste. La vie qui n avait ete qu en suspend reprend. Ce matin encore, les enfants chient face a la route, les femmes prennent le chemin du marche, les autres celui du champ. La ville est sombre et il fera froid jusqu a 11 heures. Les vieux fument leur pipe a eau, les vieilles n ont pas le droit de l etre et s atelent aussi a l ouvrage. L eau coule dans le caniveau, celui la meme d ou l on puise l eau pour le the que je viens de boire. Le riz est deja dans mon bol, ce matin encore, je n ai pas compris que ce n etait pas pareil. On crache, on se raconte ce que l on ne s est pas dit la veille, on parle de l etranger qui a passe la nuit la et qui repart.


D un village a l autre, le ton est different et ne va pas necessairement de paire avec la couleur de l apparat. Elles sont belles ces dais avec leur grand chapeau, elles sont belles ces miaos avec leurs froufrous de toutes les couleurs, ils sont beaux ces paysans dhongs qui font corps avec le buffle a penetrer la terre pour que le riz pousse encore.

Il parrait qu ils sont tous chinois… et moi je rigole. Et je pars.


Ce matin encore, les malins xenophobes et parfois racistes un peu s amusent de l etranger qui passe la sous leurs yeux qui cherchent a rire en silence. Je deviens parano, leurs regards severes me font peur parce qu ils ont peur de moi. Mon plus beau sourire ne les fait pas flechir, peut etre les fera t il reflechir. Qu importe, nous sommes tous des hommes… et je rigole.


Pourtant aujourd hui encore, pas de quoi rire. La route monte comme tous les matins dans un nuage de poussiere qui m obstrue les bronches. La route est une piste et ca dure depuis 500 km. Mes jambes me font mal parce qu elles ont l habitude. Je me tais et j avance difficilement. Il est 14h30, je viens de terminer cette ascension qui semblait ne jamais finir. J ai su eviter les eboulis, les chutes de pierre qu on dynamite plus haut pour que l on puisse de nouveau passer, les glissements de terrain et chaque lacet me propulse un peu plus en haut. J en arrive a etre fier. J ai fait 40 kilometres en 6 heures. J ai faim, la carte est fausse, je demande mon chemin et l on m offre un repas. Merveilleux moments que ces invitations faites en silence. Tout le monde se comprend.


La, c est pour un combat de coqs dans le fond d une cour d un village dai. Ici, je participe a l organisation d un festival dans un petit village miao. La, j avais faim, ils m avaient offert le couvert. Non, ceux la n avaient pas peur et moi non plus.


Et puis, je poursuis parce qu il le faut. Atteindre un but qui n a que peu d espoir par un chemin qui en a tant. Je suis epuise. J ai faim encore et je commence a avoir froid. Je ne sais pas ou je suis puisque les cartes sont fausses. Je ne sais pas ou je suis puisque personne ne sait me dire si le prochain village est a 2 ou 40 kilometres. Je ne sais pas et c est tant mieux. Je continue donc et je crois que je pourrais dormir la au bord de la route parce que je n ai plus de force. J arrive enfin dans ce qui peut devenir un endroit de vie pour une nuit le temps de repartir et que tout recommence. Pourtant, l epiciere qui me vend sa bouteille me pique d orgueil par son manque de respect. Je ne dormirai pas la. Cette fois, je sais, il est 18 heures, j ai fait 70 km, la nuit tombe dans 2 heures et 37 km me separent de la prochaine ville. Je pars.

Je traverse encore et encore ces rizieres en terrasse dont les couleurs argent virent a l or en fonction du moment de la journee. A cette heure, toutes les terrasses sont noires. Il fait froid, je suis trempe de sueur et la nuit est bien installee. Voila 10 heures que je roule et 10 kilometres d une derniere ascension me separent de Luchon. Il est 21h30 quand j arrive. La, je saute dans les bras d un musulman ouigour a qui j achete quelques brochettes de mouton en echange d un “Salam”. Qu il est bon de retrouver quelqu un qu on semble avoir deja croise quelque part. Je me rechauffe aux braises de son barbecue a roulettes et nos yeux se racontent l ailleurs du sable et des echos d orient. Demain matin, encore, ce ne sera pas pareil. Chine, tu me rends heureux!