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Posté le 14-10-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Sénégal par christophe

Les voix divines flottent dans la nuit, rebondissantes, eternelles et parviennent a ma couche, me rappelant a ce temps deja passe dans ces pays ou le the coule a l ombre des tentes lorsque le soleil est au zenith. Il est tard dans la nuit et mon sommeil sera dorenavant rythme et jusqu a mon retour en France par l appel a la priere. Pour l heure, les voix parlent mais le the a une drole de couleur, les tentes sont encore loin, la voix d Allah est filtree par autant de marabous que de muezins appartenant toutes a des sectes differentes.

Et puis, je repousse Moustafa du coude.

Il etait 3 heures du matin lorsque la voie suave de l hotesse de Royal Air Maroc annoncait :

“Mesdames et Messieurs, nous sommes arrives a l aeroport international de Dakar, la temperature au sol est de 30 degres, merci de bien vouloir rester assis, ceinture attachee jusqu a l arret complet de l appareil”.

A cette information, le declic des ceintures commenca a resonner dans tout l appareil, alors que ceux qui avaient pris l avance de ne pas attacher leur ceinture etaient deja a atteindre leur sac.

Siege G34, je ne pouvais de toute facon pas sortir avant les autres et profitait de cette tranquilite relative, comme celle que l on souhaite plus longue avant la tempete, meme si l on sait bien.

Point de tempete pourtant, la chaleur est pesante, l athmosphere moite et humide. L hiver, je pensais arriver ici en hiver. Je donne du coude a Moustafa pour lui rappeler qu il empiete de mon cote, que je ne suis pas un oreiller.

Avant d obtenir le precieux tampon d entrer sur le territoire, il fallait franchir un premier obstacle : un homme qui se disait medecin et qui controlait le carnet de vaccination afin de s assurer que la fievre jaune ne serait plus admise dans le pays. Sa responsabilite etait lourde. La tache legere… 2 personnes devant moi. La premiere n a pas son carnet, c est un blanc, on laisse passer apres une gentille reprimande. La seconde est africaine, apres un rapport amicale et un echange de bons propos sur la sante de la famille, des petits, des oncles et des tantes, sans oublier les affaires, la femme entre au pays. Je ne m en fais donc pas. Je tends le document qu il ne lit meme pas et l on me souhaite la bienvenue en Afrique, passe reclamer le tampon d entree dans le pays. M y voila. Le couloir debouche sur une salle ou les tapis roulant vomissent des bagages deja chauds et humides. Une famille de francais attend depuis 1 heure son 4 eme sac d un vol de Paris et je recupere en moins de 5 minutes mon equipement que je rends transportable. Un ouvrier badge de la place me reclame un ‘cadeau’ pour m avoir tenu compagnie pendant le remontage du velo. Apres deux ans en vadrouille, on apprend a rire de ces situations sans se facher.

Je sors de ce dernier sas, j entre dans l arene.

Au dehors, 20km m attendent en pleine nuit et par une autoroute africaine pour rejoindre le centre ville de Dakar, je n ai pas de carte du pays, pas de plan de la ville, pas d adresse d hotel.

L autre solution est de suivre mon instinct, de lui faire confiance, de solliciter encore la bienveillance de ma bonne etoile. C est la vague africaine qui me rattrappe pourtant. Ils sont une 20ene au dehors a me proposer un taxi, une viree au centre ville pour un hotel pas cher. Le cout de l operation est exorbitant : 5000 CFA (50FF) pour rejoindre le centre ville, 8000 CFA (80FF)pour une nuit en hotel de passe, 10000 CFA (100FF) pour une chambre premier prix.

Je flaire l arnaque et rigole au nez de tous en esperant les avoir a l usure. Il doit etre 4 heures pourtant deja et j ai dormi 7h en 4 nuits. La fatigue m invite a la prudence lorsqu Omar arrive pour me proposer un super plan. Pour 3000 CFA (30FF), prix obtenu apres 30 mn d efforts et de patience, je dors chez lui a Yof dans un village voisin. Le prix du taxi ne bouge pas, ce n est pourtant qu a 4km. Nous ferons une partie du trajet a pied accompagnes d autres rabateurs qui tentent toujours leur chance. Les prix chuttent encore mais il y a dans le regard d Omar quelque chose que j apprecie, comme une lueur de gentillesse qui me fait dire que je dois suivre celui ci plus qu un autre.

Il doit etre 5 heures lorsque j entre dans une piece qui donne sur une autre. 4 senegalais semblent vivre ici en theorie. Avec les freres et les copains, nous devons bien etre 8. Je partage la couche de Moustafa que je cogne du coude afin de preserver ma dimension cachee, a son contact mes yeux s entrouvrent comme pour me rassurer. La couleur bronzee de sa peau portant au noir me rappelle que maintenant les voix divines accompagneront mes reves de retour au pays.