De ses rayons, le soleil me reveille. Je me retourne dans ma couche, remonte jusqu a n en plus finir ce sac de couchage volontairement trop grand afin de gagner de l obscurite et surtout une demie heure de sommeil supplementaire.
Finallement, rien ne change sauf que le reveil n est pas mecanique et qu aujourd hui, je ne vais pas bosser.
De toute facon, le soleil n est pas encore assez haut, il fait trop froid pour pointer son nez au dehors (La, vous remarquez, j essaye de me justifier)
8h00 :
Dernier reve du matin avant un reveil en douceur mais certain : le soleil est bien la, je degage delicatement ma frimousse hors du sac du duvet et glisse discretement ma tete hors de la tente. Tout est en regle, le velo est toujours la, le vent aussi. Il caille !!!!
8h05 :
Je ravive les cendres et leurs propose quelques brindilles pour que le feu jaillisse bientot de nouveau. Les belles planches ramassees ici et la calmeront tout le monde et donneront les braises belles, majestueuses et puissantes qui rechaufferont bientot mon the a la menthe.
8h30 :
Si tout va bien, je decolle dans 1/2 heure.
Fini de m empiffrer de Halawa, de confiture de figues et de dattes, de bananes, de tomates, de pommes de terre et de courges fries, c est l heure de regarder le feu se taire.
8h50 :
Je sors de mon etat semi lethargique et comprends que je reve les yeux ouverts depuis maintenant 20 mn. C est clair, aujourd jhui encore, je serai en retard par rapport a… par rapport a quoi d ailleurs ? Je parle d horraire, de minutes, mais je n ai meme pas de montre.
8h51 :
C est l heure du vrai reveil : 4 cl d eau glacee pour seule douche !
8h52 :
C est le rangement… cet incessant rangement vous fait comprendre que malgre tout, vous evoluez en pleine routine. Il y a le sac de couchage a boudiner, le sac a viande a rouler, le matelas de sol a saucissonner, et la tente a plier.
9h10 :
J eteins le feu, replace les pierres a leur endroit et pars. Ecouteur sur les oreilles, je me repasse pour la 758eme fois le dernier album de Noir Desir et admets vite qu aujourd hui encore, le vent l emportera.
Je lutte donc et pedale comme je peux. Le virage que j appercois au loin, a 5 km de la me fait esperer… bientot, Eole, ce renegat, ce traitre, ce vampire suceur d energie se transformera en doux amant, en pernitieux marchand de kilometres. Cette fois, il ne me fera plus face, il me caressera le dos.
9h30 :
Il faut l admettre, ce virage au loin n etait qu un mirage, un de plus… La route est droite, bien droite et le vent toujours de face.
11h :
“Shey Shey, come here”. Mes seuls hotes potentiels me regardent passer. Ce sont les seuls avant 70 autres kilometres : des ambulanciers. Je m arrete donc et entre 2 verres de the, on echange en arabe, en anglais, comme on peut. J aimerais que ca dur des heures mais je dois repartir.
14h :
C est l heure du dejeuner, plutot, du 3eme dejeuner. Je mange a n importe quelle heure, presque toutes les heures d ailleurs. Le desert et son vent me creusent. L effort est continue alors pas de raison, s allimenter doit etre indexe… (Vous remarquez, la aussi j essaye de me justifier).
15h :
Plus que deux heures avant la nuit. Enfin !
Je me recite les derniers mots arabes appris du bout du guidon (wared, etnen, talata… et inversement)…
16h :
Dorenavant et jusqu a la nuit tombante, je m arrete toutes les 5 mn pour ramasser tantot une brindille, tantot un rondin, tantot une planche. Je tombe sur de vrais tresors laisses la, en bord de route.
16h15 :
Voila 5 mn que j essaye de leur faire comprendre que non, je ne veux pas monter dans leur pick up, non ce n est pas la presence des 3 vaches a l arriere qui me derange, non je n aurai pas froid cette nuit mais en effet, peut etre ca va plus vite en Toyota… mais bordel, laissez moi pedaler !
Je laisse repartir ces paysans (pourtant si gentils), abattus par la nouvelle, abasourdis par la situation : “Un fransawi en plein desert, presque perdu au milieu de nul part prefere pedaler plutot que de prendre le taxi local pour rien.
17h :
Je m arrete, le soleil se couche sur les dunes, plein ouest, inlassablement depuis des millions d annees et ce soir encore. Qu il est beau, silencieux, majestueux et rapide. Je le laisse aller pendant que sa lueur transforme d un rouge saillant le ciel si palaud jusque la.
Il me reste 30 mn pour trouver un endroit ou planter mon campement.
17h30 :
Ce sera la, un chemin semble y mener … Une “Bir” a l horizon… Comprenez… une source d eau chaude. Un palmier l agremente, elle est ruisselante au milieu des dunes.
Je m installe un peu plus loin dans les dunes pour eviter les moustiques, pres de ce rocher perdu la, ce rocher en forme d oiseau qui joue avec les dernieres lueurs du jour aux ombres chinoises.
18h :
Les premieres etoiles font leur apparition. Je collecte les pierres qui donneront son esprit au feu. Il chante deja, il est doux et brulant, crache ses flammes gentiement. Les pommes de terre crepitent dans l huile, les oignons et la viande arriveront bientot. Il y a bien longtemps que j ai laisse de cote le rechaud a petrole et que je maitrise mieux le feu de bois.
20h :
J ai bien mange, je suis creuve. Je retourne profiter de la source d eau chaude pour une heure. Il fait deja froid au dehors et ce doux moment est un vrai bonheur. Seul, au milieu de nul part, dans un endroit paradisiaque…
21h :
Je m ettends de ton mon corps dans le sable froid, pres du feu qui me redonne vie, m invite a plonger la tete dans les etoiles, a suivre la course de saturne qui s eleve verticalement depuis l Est. Et puis, mon esprit vagabonde alors que la lune, timide, a du mal a faire son apparition. Je pense a ceux que je laisse derriere moi, a ceux qui s inquietent pour moi, me dis qu ils ne devraient vraiment pas.
Le feu se tait gentiement mais les braises sont oranges, hiradiantes. J utilise le dernier rondin comme m ont montre les gens d ici. A quelques centimetres des braises, il entretient la candeur du feu. Le the bouillonne, dernier moment de bonheur avant une nuit vagabonde encore, dans le monde des reves cette fois !!!