LE BONHEUR EST DE L AUTRE COTE DE LA PORTE, LA OU LE CIEL EST BLEU… CC 03
De mon marqueur noir, je signe ainsi ce message sur le mur crasseux de cette prison de Damas.
L histoire commence la veille lorsqu atteint d une fievre a coucher un cycliste sur le cote de la route, je decide de faire de cet endroit rocailleux ma couche. Il y a ces fois ou tout est penser a l avance parce que l endroit est reve, unique… Et il y a ces endroits ou l on a pas le choix parce que le jour tombe et qu il faut se nicher.
J avais vu les indications ‘no entry, no camera’ concernant le site militaire de l autre cote de la route. J avais pourtant cru que de la ou j etais, il n y avait pas de probleme… Lorsqu au matin, j entends le chant des soldats de la garnison, je me dis que je n ai jamais eu pareil reveil et j ouvre un premier oeil avant de m apercevoir que la fievre est tombee…
Mais voila, on vient, on parle. Je reponds et comprends qu il ne faut pas que je traine en route. Mes compagnons sont des soldats du camp et deguerpir est ce que j ai de mieux a faire sur le moment.
Je plie la tente, roule le matelas de sol… vous connaissez la chanson… Et j enfourche ma machine a rouler.
Puis, ces memes compagnons viennent me retrouver pour m offrir une invitation que je n ai pas le choix d accepter… Un cafe. Il faut dire que l invitation est diligentee… Une 2CV et 15 fantassins… rien que ca….
-Merci, j aime pas le cafe mais un the fera l affaire… Vous savez, vous n aviez pas besoin de vous deplacer a tant !
Le the oublie, je rencontre le commandant de la base et les premieres questions tombent…
Nom, Prenom, nom du pere, nom de la mere, nationalite, religion. Tout y passe.
Tout y passe et tout est de la routine. Il ne faut donc pas que je m inquiete. Je dois simplement repondre a quelques questions supplementaires puis renouveler les memes operations pour les differents departements concernes par mon cas.
Oui, je suis dorenavant presume coupable. Reste a moi de savoir de quoi. POURQUOI?
-Dormir la ou tu as dormi est interdit.
-Mais j ai dormi de l autre cote de la route. Il n y avait pas de panneau. Simplement des moutons.
-Les moutons ne savent pas lire.
-Lire quoi?
…
Le velo suit dans cette voiturette break pourrie aux rideaux en cotton m empechant de savoir ou l on m emmene.
Tout le monde reste gentil avec moi… Jusqu au dernier departement. Le departement central.
Personne ne sait vraiment pourquoi je suis la mais j ai droit au meme traitement que les autres… LA PRISON.
4 murs et ces messages d Algerie, du Bengladesh, de Republique Tcheque… des gens de passages…
/L enfer, c est perdre l espoir/
/110 jours en prison/
… Etc…
La, le temps est long.
J ecrase les cafards.
Relis les messages du mur.
Comprends que j ai fait une connerie.
Me souviens de la couleur du ciel.
Tente de savoir ce qui se dit a l exterieur.
Trouve une place que je nettoie pour une poser mes fesses.
Fais mine de pleurer pour que l on vienne m ouvrir.
Demande a aller aux toilettes et repere les lieux. 8 salles, toutes vides. Au moins 2 gardiens et des inspecteurs de je sais pas quoi qui trainent partout. OUBLIE GARCON…
La serrure me permet de voir de l autre cote, un peu.
Les gonds de la porte sont solides.
La porte en bois l est moins.
Pas de fenetre.
Un neon sur 4 qui eclaire la piece.
Et apres les faits… La reflexion. Je ne suis plus personne. Plus de passport, de permis de conduire. Ils ont pris mon telephone mais m ont laisse mon velo et mes baggages qui suivent avec moi. Je pense a ceux que j aime qui ne savent pas… C est peut etre ca le pire… Savoir que d ici quelques jours, sans nouvelle de ma part, ils vont commencer a s inquieter. Mon dernier interlocuteur est le maitre des lieux… Une espece de masse qui a pour fonction de sortir la clef de sa poche ou de la ranger.
Mon regard se focalise sur les ombres qui passent devant ma porte. Celle la s arretera peut etre pour me dire ce que je suis a leurs yeux.
- On m a oublie, c est pas possible.
Je cogne a la porte. La masse vient m ouvrir.
- Me faransawi, no israeli. Kam Saa, Kam yom ?
Il m indique qu a 8h, j aurai des reponses. Pour l instant, BYE.
La porte se referme… avec un espoir.
9 heures plus tard… 9 heures de doute, d incomprehension, d immagination.
L interrogatoire recommence et mes memes reponses.
J ai un interprete et mes interlocuteurs m interrogent poliement. Je suis debout dans une salle au bureau nu. L atmosphere se detend, je sors les quelques photos de famille et d amis. Parle de mon reve, des pays visites, des gens rencontres…
On m ecoute… Je me sens ecoute… Et la sentence tombe!
-Ok, demain, libre vers 10h, promis. Pour l instant, en prison… Tu passes la nuit ici.
Je tue les quelques cafards, ecris et me tente de trouver le sommeil dans un coin, en tentant d eviter d entendre les cris un peu moins courtoi de l interrogateur de la piece d a cote.
On vient.
- Mister General.
L homme est souriant. Ne parle pas anglais. Me demande de presenter les photos, mon materiel.
- No problem. Tommorow free.
- Ca. On me l a deja dit… Et si j avais du les croire. Voila 8 bonnes heures que je devrais etre deja a decouvrir Damas.
- Hotel here. Good sleep. Free.
Je souris. Un hotel sans lit. Un hotel a cafard, l hotel du general…
Il repart.
On vient.
- Free now ?
Le general a decide de me laisser partir. Il s excuse. Moi aussi. J avais le choix a l issu de cela. Gouter a l etage inferieur… ou au superieur.
En haut, le bureau du general. Il est beau. La television est neuve et le the y est bon. Son sourire me ravit et il a l air d un homme gentil.
La porte de la prison s ouvre et je suis hesitant. J ai peur de sortir. Il est 2h du matin, le bout du tunnel est la.
Les vigiles ne semblent pas prevenus de ma sortie.
Un dernier coup de fil et se sentiment que de l autre cote de la porte, le ciel sera maintenant plus bleu qu avant!
Merci Monsieur le General pour votre ecoute… L heure est venue de poursuivre, de pedaler un peu.
Comme elle est belle cette chambre d hotel completement kitche! Comme elle est chaude cette douche froide!