Les pelicans du port ont lance une mutinerie et se sont empares dans un vol silencieux des quelques embarcations inocupees qui leur servent maintenant de promontoir. De la, ils veillent sur les quelques pecheurs affaires a trier leurs poissons avant qu ils ne rejoignent terre, dans l espoir que quelques uns soient abandonnes a la mer. Le « Daxiri Club » a sa pancarte deglinguee temoigne d un temps ou les marins de passage s amusaient sur les quais et se frottaient contre quelques prostitues en chaleur. Tous ont quitte le navire,
laissant la grisaille s installer comme une routine. La bruine s est dispercee au matin, couvrant les collines d un blanc sali s offrant a l horizon d un ocean terne. Les petites barques vertes, blanches, bleues, et rouges parfois reclament le soleil comme le voyageur attend son depart, illuminant la mer comme le clochard possede ses etoiles. Le vent vient des
terre et la pointe passee, il me fera de nouveau face, comme tous les jours de ce voyage.
Qu importe la grisaille, j ai emporte avec moi les dieux du Titicaca pour que Pachamama et Pachatata veillent a l unisson dans un bel elan intemporel, celui qu on veut pour le debut d une belle histoire. J ai salue le Machu Picchu un jour de grand soleil comme on decide aujourd hui plus qu hier de sourire a la vie qui file pour narguer le temps qui passe. La route se charge du reste, me bousculant un peu plus, m autorisant parfois sa communion, lorsque le sable m enlise ou que la poussiere me rappelle a des origines vieilles comme le monde. Elle m a conduit ici, au bord de l eau mais en plein desert comme pour m indiquer que cette traversee sud americaine touchait a sa fin et que tout recommencait enfin. L atmosphere est etrangement gris. Le soleil en deuil semble avoir disparu depuis des annees. Je suis seul. Seul face a l ocean, le cul dans le sable a songer a l avenir, a l Afrique qui vient, au retour qui approche, aux nuages qui jouent a faire semblant d etre tenebreux. Ils m accompagnent dans mes pensees, il ne pleuvra pas aujourd hui, demain non plus d ailleurs parce que je souris au gris, cet insipide qu on voit toujours comme ennemi. J ai beaucoup a en apprendre et je decompose dans cette uniformite de nuances les odeurs qui m invitent a croire que la vie ne s arrete pas la. Odeur de sel, douceur d un goudron humide par temps lourd qui me laissera bientot sniffer quelques rails de lignes blanches, cris de mouette a qui on preterait bien une odeur, elles sont toutes la ces senteurs d ici, acres mais pleines de souvenirs d ailleurs.
L unique voiture de la journee passe. Une ford thunderbird repeinte en turquoise, des chauffes eau dans le coffre, un velo debout sur la galerie. Des gaillards comme on les choisit dans les meilleurs films d aventure ne se disputent pas le volant. Balaffres et marques par une vie qui ne les as pas epargnes, ils aimeraient m en parler assis le cul dans le sable mais le bateau ne redemarerait pas. Je salue poliment, le couteau a la main qui vient de plonger dans un pot de confiture vieux de miliers kilometres. Unique repas. Meme en plein desert, le Perou est toujours signe de vie apres 11 heures du matin. J ai laisse passer les bergers, j ai maudit ces foutus chiens qui quotidiennement me rappellent que tout peu s arreter la, j ai cheri ce vent qui s est adouci, j ai reve d un rio qui ne serait pas a sec, d une bouteille qu on aurait laisse la en bord de route a l attention du voyageur qui passe, et je me suis retrouve la, le cul dans le sable, a dessiner dans ce ciel gris les reves de demain en couleurs qui rimeront avec Bonheur…