Les diffusions Nomades Land en Yakoutie :
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D’autres vidéos et photos disponibles sur le site de Canal+ : Les nouveaux explorateurs
Voilà bientôt 20 ans que j’entends le même discours : les peuples traditionnels sont sur le point de disparaitre, et parmi eux, les nomades achèveront bientôt leur course dans les limbes du bon souvenir. Comment donc appeler ce retour aux sources, ce retour à l’état de nature que je constate dans mes récents voyages. Les Evenks retournent à la forêt, les Kirghizes récemment attirés par la ville buttent contre le chômage mais ricochent encore pour retourner aux plateaux, aux moutons et aux bergères. Ainsi va la vie, ce recommencement permanent, cette aspiration qui conduit les clandestins à vivre un monde meilleur, cette fuite qui amène les réfugiés à quitter le leur. Dans le grand cloitre qu’est la planète Terre, les hommes en cage gesticulent. A quand le repos ?
A ce sujet, j’aime évoquer Théodore Monod le sage mais aussi l’infatigable. A peine arrivé au terme d’une journée de marche en plein désert, l’on dit qu’il ne pouvait s’empêcher de monter au haut d’une dune, rien qu’une dernière fois, pour voir de l’autre côté et espérer enfin trouver les traces de sa météorite ou la plante d’un autre temps, promesse d’un délicieux élixir. Croyons-y encore.
Et pour prolonger le voyage, invitons-nous au nouveau spectacle de la
Compagnie du Bredin
écriture et mise en scène Laurent Vacher et Benoit Di Marco
Le mystère de la météorite
d’après l’œuvre de Théodore Monod
Dans un espace vide, quatre personnages s’enthousiasment à raconter la progression de la pensée de Théodore Monod au fil de ses longues méharées. L’histoire pour laquelle ils se passionnent est celle du mystère de la météorite de Chinguetti, énigme qui perdure depuis des siècles et qui mit en émoi dès 1934 la communauté scientifique internationale.
Cette pièce écrite et mise en scène par Laurent Vacher et Benoît Di Marco s’inspire de la tradition du conte mauritanien et restitue de manière vibrante la pensée de cet homme de Foi.
Du 13 au 25 novembre au Théâtre Jean Arp de Clamart.
Pour plus d’informations :
http://www.theatrearp.com/
L’Homme descend du singe – dit-on – et fort probablement aussi, d’un arbre. Depuis, il ne cesse d’évoluer, dans l’incertitude d’une herbe plus verte, d’une nouvelle cabane, parfois aussi d’un amour idéal. Inconsciemment et à force d’agitations, il fait de sa vie un voyage. J’ai déambulé comme beaucoup d’autres, deux ans et demi durant autour de la Terre, en quête du bonheur au bout d’un guidon, naïvement, tel un âne attiré par sa carotte et promis au bâton. Au retour, il me fallut naturellement repartir. Point de prétexte ni d’explication à cela, juste un tas d’excuses assez conséquentes pour en faire de nouvelles histoires. Sans doute pour m’expliquer mes propres itinérances, je m’attache donc depuis quelques mois aux raisons qui poussent l’Homme à avancer : l’envie, la peur, la nécessité mais aussi le sel, l’échange, les alpages… Par essence et par voie de faits, je me suis mis à explorer le monde des nomades et du même coup, à faire comme eux.
Un doux souvenir de ballots de laine en enfilade au dos d’une caravane de yaks me poussa à retrouver la trace des éleveurs de laine Pashmina des hauts plateaux du Changtang de l’Himalaya Indien. Puis, le sel de Bilma, le combat des touaregs pour la liberté, et les vaisseaux du Sahara s’imposèrent d’eux-mêmes. Enfin, la Yakoutie est la destination de mon troisième voyage. Près de cinq fois la France, l’une des régions les plus froides du monde en pleine Sibérie russe avec des températures atteignant les -60°C l’hiver, et un petit village pour seul repère : Olienek. Sous le régime communiste, il fut construit avec l’intention de sédentariser tout un peuple. Je m’attendais à y trouver des trappeurs se réchauffant à la vodka au coin des cabanes en rondins, d’ouvriers peu brillants au fond des mines de diamants, de marchands chinois d’ivoire de mammouths sur les placettes. J’espérais secrètement faire voyage dans le « Far North-Est sibérien » à quelques sauts de rivières gelées de là, sous le regard de Lénine, entre rennes et glaces, en plein cœur de la toundra, mon quotidien fut bien nomade. J’ai tenté de vivre avec les derniers Evenks, en bordure du cercle polaire arctique emportant avec moi cette question qui me taraudait depuis longtemps : « Que font les nomades au milieu de nulle part, lorsqu’ils ne voyagent pas et qu’il fait si froid ? ». Ils vont à la pêche en faisant des trous dans la glace, ils veillent les rennes et tuent le temps en jouant aux cartes. Mais surtout, il me semble qu’ils attendent que résonne l’appel de la forêt dans la lumière de la nuit boréale. Si l’écriture et le témoignage me sont indissociables du voyage, il en est pour qui l’image et le son leur sont nécessaires. C’est avec eux que je suis reparti, car cette aventure est aussi celle d’un film et de ses protagonistes sans qui mes mots resteraient d’encre.
Les derniers peuples nomades ne disparaissent pas sous le poids de la globalisation, ils renaissent, repartent, s’envolent vers de nouveaux horizons car l’homme voyageur sait mieux que quiconque s’adapter aux changements.