L’Homme descend du singe – dit-on – et fort probablement aussi, d’un arbre. Depuis, il ne cesse d’évoluer, dans l’incertitude d’une herbe plus verte, d’une nouvelle cabane, parfois aussi d’un amour idéal. Inconsciemment et à force d’agitations, il fait de sa vie un voyage. J’ai déambulé comme beaucoup d’autres, deux ans et demi durant autour de la Terre, en quête du bonheur au bout d’un guidon, naïvement, tel un âne attiré par sa carotte et promis au bâton. Au retour, il me fallut naturellement repartir. Point de prétexte ni d’explication à cela, juste un tas d’excuses assez conséquentes pour en faire de nouvelles histoires. Sans doute pour m’expliquer mes propres itinérances, je m’attache donc depuis quelques mois aux raisons qui poussent l’Homme à avancer : l’envie, la peur, la nécessité mais aussi le sel, l’échange, les alpages… Par essence et par voie de faits, je me suis mis à explorer le monde des nomades et du même coup, à faire comme eux.
Un doux souvenir de ballots de laine en enfilade au dos d’une caravane de yaks me poussa à retrouver la trace des éleveurs de laine Pashmina des hauts plateaux du Changtang de l’Himalaya Indien. Puis, le sel de Bilma, le combat des touaregs pour la liberté, et les vaisseaux du Sahara s’imposèrent d’eux-mêmes. Enfin, la Yakoutie est la destination de mon troisième voyage. Près de cinq fois la France, l’une des régions les plus froides du monde en pleine Sibérie russe avec des températures atteignant les -60°C l’hiver, et un petit village pour seul repère : Olienek. Sous le régime communiste, il fut construit avec l’intention de sédentariser tout un peuple. Je m’attendais à y trouver des trappeurs se réchauffant à la vodka au coin des cabanes en rondins, d’ouvriers peu brillants au fond des mines de diamants, de marchands chinois d’ivoire de mammouths sur les placettes. J’espérais secrètement faire voyage dans le « Far North-Est sibérien » à quelques sauts de rivières gelées de là, sous le regard de Lénine, entre rennes et glaces, en plein cœur de la toundra, mon quotidien fut bien nomade. J’ai tenté de vivre avec les derniers Evenks, en bordure du cercle polaire arctique emportant avec moi cette question qui me taraudait depuis longtemps : « Que font les nomades au milieu de nulle part, lorsqu’ils ne voyagent pas et qu’il fait si froid ? ». Ils vont à la pêche en faisant des trous dans la glace, ils veillent les rennes et tuent le temps en jouant aux cartes. Mais surtout, il me semble qu’ils attendent que résonne l’appel de la forêt dans la lumière de la nuit boréale. Si l’écriture et le témoignage me sont indissociables du voyage, il en est pour qui l’image et le son leur sont nécessaires. C’est avec eux que je suis reparti, car cette aventure est aussi celle d’un film et de ses protagonistes sans qui mes mots resteraient d’encre.
Les derniers peuples nomades ne disparaissent pas sous le poids de la globalisation, ils renaissent, repartent, s’envolent vers de nouveaux horizons car l’homme voyageur sait mieux que quiconque s’adapter aux changements.
Voyage avec Agadez pour point de départ: la capitale des Touaregs du Niger, aux portes du Sahara. Après un court passage au marché, direction la proche banlieue de la ville… c’est à dire au milieu de nulle part, à la recherche des caravaniers et de leurs dromadaires qui chaque hiver traversent le Ténéré pour atteindre les légendaires salines de Bilma. Je tombe sur Asha, un caravanier expérimenté, et son équipe, et j’assiste aux préparatifs de départ avant de prendre la piste avec eux.
Puis je reprends la route dans l’objectif de découvrir d’autres aspects de la culture des Touaregs du Niger. En sillonnant la région d’Agadez et les montagnes de l’Aïr, je rencontre des musiciens qui mélangent chanson de rebelles et guitare électrique, des agriculteurs attachés à leur culture nomade malgré la sédentarisation et des clandestins, des nomades modernes animés par l’espoir de trouver une meilleure vie de l’autre côté du désert… Un voyage qui finalement, m’emmènera au bout de moi-même…
Réalisation Marc Temmerman. Production Gédéon Programmes.
Extrait du 52mn diffusé sur Canal+.
Les photos:
Pour poursuivre l’aventure:
Ce qu’il faut faire avant de partir: lire “Je suis né avec du sable dans les yeux” de Mano Dayak, en écoutant la musique de la rébelion touareg symbolisé par le groupe malien Tinariwen. L’un comme l’autre transporte et c’est déjà faire un pas ailleurs. Mano Dayak est devenu une légende, le seul qui ait pu l’espace d’un instant unifier les touaregs. Une fois sur place, à discuter au coin du feu en buvant le thé, on comprend qu’il n’est pas vraiment mort pour rien.
Par ailleurs, Edmond Bernus a consacré sa vie à l’étude du peuple touareg et a produit un grand nombre d’ouvrages photographiques et ethnographiques.
Personnellement, j’aime relire mon mentor Théodore Monod (exple: “Méharées”
ou “L’hippopotame et le philosophe”) avant de m’acoquiner de nouveau au désert.
Sur place…
A Agades, essayer le poulet “télévisé”, expression locale désignant le poulet au four qui est l’un des plats les plus appréciés après un retour de traversée de désert.
Se munir de dattes séchées pour affronter les longues heures de marche au soleil. Ne pas oublier sa crème solaire mais aussi sa polaire car en hiver, le fond de l’air peut être frais. Par ailleurs, préférer des sandales à des chaussures de randonnée.
Autre conseil, ne penser à rien, ça aide à ne pas penser qu’on a soif.
Pour le reste, c’est du free style à l’africaine: Les labels ne veulent rien dire véritablement et la qualité des prestations peut être amenée à changer rapidement dans un sens comme dans un autre, d’une année à l’autre. Mais d’une façon générale, tous s’efforceront à vous offrir le meilleur des souvenirs de voyage.
Les photos:
Au départ de ce voyage, j’avais un rêve: retrouver la caravane de laine pashmina des nomades croisés deux ans plus tôt sur les pistes du Ladakh durant mon tour du monde à vélo. Je retourne à Leh donc, la capitale du ladakh afin de me replonger dans l’Himalaya. Le vieux marché tibétain, les monastères, les moines itinérants, le bus Leh-Padum, mes mésaventures avec le amshi sont autant d’étapes et de personnages que j’ai aimé mettre et trouver sur mon chemin. Et sur le plateau du rupshu, je les trouve là, enfin, comme si de rien n’était… Une vingtaine de tentes… Ce sont eux, les nomades Chang Tang.
Réalisation Henri de Gerlache. Production Gédéon Programme.
Extrait du 52mn diffusé sur Canal+.
Quelques musiques du film, magnifiquement composées par Charles de Moffarts - Sonix Audio Production:
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