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Posté le 12-03-2004
dans la catégorie Bonheur au bout du guidon, Laos par christophe

A quoi bon rester puisqu il faut deja partir? Le temps me presse comme un fer a peine chaud qu on martelle sans cesse avec l espoir de lui donner une forme. J avance donc parce que j en ai besoin aussi, parce qu il parrait que le bonheur est au bout, toujours devant. Mon esprit vagabonde toujours plus vite et prend de l avance sur son temps. J espere donc, j attends, j imagine et je reve au rythme des kilometres que je ne sens meme plus defiler. La route est dure, je m en souviens parfois lorsque je sors de ce mecanisme automatique, lorsqu une douleur au talon ou au genou se reveille comme pour me prevenir.

C est le Laos qui defile et bientot, je dois sortir de mon etat semi inconscient parce qu on m appelle au dehors : Sabaidi!!!!

Combien sont ils ces gosses a s executer sur ce chemin ou l on me deroule tapis de sourires et brasses de bonjour! La joie se lit sur leur visages en fleurs. On se sentirait presque utile a passer la plus qu ailleurs, ils vous donneraient presque une importance. Le soleil calme cette douce procession vers les 11h lorsqu il fait trop chaud pour qu on reste au dehors. Seul le falang que je suis n y prete grande attention et continue sa course vers les hauteurs, pour passer de l autre cote, dans une autre vallee, parce que le chemin reclame sa dose de fous a marquer.

Des femmes fument un epais tabac, d autres se cherchent les poux de leurs ongles effiles et terreux. Les enfants nus jouent parmi dindons et cochons tandis que les hommes s activent a la paresse. Un vieil adage populaire resonne encore dans ma tete :”le Cambodgien seme le riz, le Laotien le regarde pousser, le Vietnamien le cultive et le Thailandais le mange”! Il doit y avoir du vrai la dedans.

La journee est epuisante et pourtant, voila 3 jours que je suis parti de Vientiane et que l on me promet d arriver a Luang Prabang. Je m arrete a Muang Phu Khun dans ce dhaba infeste de mouches ou l on me sert du pfeu. La bollee consistante me redonne plus de courage que de forces. Je ne reagi meme pas a cette gamine qui, la crotte au cul, me pique ma serviette pour se torcher sous mes yeux. La raison voudrait que je m arrete la, que je dorme de suite et que je reparte tot au matin mais la raison n a jamais raison. Je poursuis donc en quete d un endroit ou dormir des 15h tellement la region est encaissee. Je ne decouvrirai que l endroit 4 heures plus tard et attendrai le soleil tombe pour planter le bivouac. Je ne suis pas si seul alentour et la fatigue aidant, l imagination prostitue la conscience et ravive de mauvais souvenirs indiens. La configuration est la meme, une mare, un surplomb, des pierres alentours. Voleront elles ce soir aussi? C est un poisson volant que je crois voir alors qu il ne s agit que d une chauve souris. Rien ne va plus, le soleil a vraiment ete le plus fort. Mon abri pue la mort et j ai peur. Mon pouls cogne contre le sac de couchage au point que je crois qu on approche a pas lents qui courent bientot. Je ne dormirai pas beaucoup mais voila, j y suis, c est le Laos et soudain, je me reveille et il faut repartir, encore.