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Posté le 02-11-2007
dans la catégorie Sun City, Sur la route des Utopies, Actualité par christophe

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Sun City – « la Cité du Soleil » – dans l’Arizona. Le voyageur averti ne manquera pas d’y voir une référence à l’ouvrage du même nom de l’utopiste Tomamaso Campanella. Mais malgré la puissance de l’astre dans la région, il ne pourra s’empêcher d’être d’abord parcourut d’un étrange frisson. Sun City se veut une ville idéale, certes, mais une ville idéale pour vieux. Quarante-deux milles habitants de plus de cinquante-cinq ans y sont concentrés. La moyenne est à soixante-quinze ans. Cent-vingt neuf centenaires. A Sun City, les Américains sont allés jusqu’à faire de l’âge une condition au communautarisme.

La route est longue pour y arriver mais elle se fait sans trop s’en rendre compte, sans avoir vraiment quitté Phoenix mais en n’y étant plus tout à fait quand même. L’ultime cordon ombilical : une avenue rectiligne qui s’effile comme le temps court après la vie, trente minutes pour quinze miles, « Grand Avenue ». La multitude de panneaux qui la bordent en dit pourtant beaucoup sur les rapports particuliers qu’entretient l’Amérique à la famille : « Choisissez la vie » (slogan anti-avortement) ou encore « Divorcez en 24 heures ». Un dernier mur à longer… Ca y est.

Des maisons-modèles plutôt basses, d’adobes et de tuiles, reproduites à l’identiques sur des kilomètres. Des lotissements pavillonnaires plantés comme des palmiers. Les rues circulaires d’où il est difficile de sortir et se repérer en donnent d’ailleurs la forme vue du ciel. Des climatiseurs partout, l’invention qui, avec l’arrosage automatique, révolutionna le grand Ouest et l’Arizona en particulier. Personne ne marche dans les rues. Quelques véhicules seulement s’aventurent par les artères ensoleillées : à Sun City, on circule en voitures de golf. Par endroit, Sun City a des allures très kitsch. Le kitsch amuse au même titre que le morbide inquiète, que la mort effraie. Mais il faut bien l’avouer, Sun City est un cadavre si bien fardé qu’elle apparaît immédiatement rassurante. D’abord, Sun City n’est pas une « gatted community » (communauté fermée) et on peut parfaitement y circuler comme dans une ville normal, sans restriction aucune. Ensuite, bien qu’il faille avoir au moins cinquante-cinq ans pour y résider, Sun City n’est pas une ville pour vieux riches. Au contraire, lorsque le promoteur Del Webb après avoir construit des bases militaires, des camps d’internement pour les japonais à la fin de la seconde guerre mondiale, et le premier hôtel casino de Las Vegas, s’attaque au concept de Sun City en 1960, il n’a qu’une idée en tête : offrir une ville de loisirs accessible au plus grand nombre de vieux américains moyens. C’est le succès immédiat. On vient des quatre coins du pays pour pouvoir vivre dans un monde enfin fait pour soi. Des blancs surtout, et qui constituent aujourd’hui plus de 98% de la population – comme si les noirs n’aimaient pas s’amuser en vieillissant. En réalité, on évoque les structures familiales bien plus englobantes chez les afro-américains. Troublante Amérique des communautés. Car, avec 85000 dollars, prix d’acquisition d’un condominium, l’argent n’est pas véritablement un facteur limitatif d’intégration même s’il permet de garder la pauvreté au-dehors – source d’insécurité. Ainsi, une maison dite simple, deux à trois chambres, une à deux salles de bain, un garage, en coûtera environ 150000 dollars. Ajoutez une taxe annuelle à la propriété de 0,5%, une inscription de 300 dollars au registre de la ville, une cotisation de 2500 dollars au programme d’investissement à long terme afin de rénover les infrastructures collectives et vous voilà membre de la communauté. Enfin, un abonnement annuel de 380 dollars par maison vous permettra de profiter, pleinement et avec bonheur, des services de loisirs proposés : sept « recreation centers » et autant de piscines, huit terrains de golf, trois country clubs, des bowlings, dix-neuf centres commerciaux, trente églises et synagogues, et autant d’ateliers qu’il y a de membres, autant de sous-ghettos qu’il y a de raisons d’en créer, de la calligraphie à la bijouterie, de la pêche à la photographie, de la céramique au Mah Jong, de la danse au billard. Et c’est la joie de vivre qui se lit sur tous les visages. A quatre-vingts ans, les mamies jouent les majorettes et se pouponnent comme si elles en avaient quatorze. Les hommes célibataires se refont une nouvelle vie et n’hésitent pas à « emballer » à l’occasion des soirées organisées pour les célibataires. Les salles de sport et de fitness sont pleines de vieux qui ne veulent pas se laisser aller et y croient encore. A soixante ans, on se sent forcément plus vigoureux que son voisin de soixante dix.

Sun City est une inuncorporated city, c’est-à-dire qu’elle fonctionne de manière autarcique et possède son propre réseau d’administration. C’est l’une des villes les plus propres du pays et les plus sûres. Grâce à son programme de surveillance du voisinage, des retraités volontaires jouent les papis flingueurs et préviennent la police en cas de problème. Ici plus qu’ailleurs encore, on est fier d’être américain. Et tous savent la chance qu’ils ont eue de naître du temps où les valeurs d’entraide et d’amitié étaient forgées sur des principes citoyens car aujourd’hui, ce qui fait de Sun City une ville si agréable à vivre et si abordable, c’est son réseau de volontaires. Partout, à la bibliothèque, à la piscine, et même à l’hôpital, les gens travaillent gracieusement afin de servir la communauté. On estime ainsi à 22 millions de dollars par an les économies faites grâce au travail des onze milles volontaires de la ville. Sun City sait être reconnaissante envers ceux qui l’aident. Ainsi, des campagnes d’affichage régulières permettent de diffuser le portrait de « l’employé de l’année » comme on placarde en France celui du candidat à une municipale. En 2007, c’est Larry Wetzel, large sourire, petites lunettes, cheveux gris, la soixante-dizaine passée qui y a droit pour son travail assidu au magasin du terrain de golf de Willowbrook. Paul Herrmann, directeur exécutif du Visitor Center qui vise à « promouvoir une communauté vibrante » en atteste : « Notre réseau de volontaires est notre fierté. Les gens ici sont heureux. Ils se disent qu’ils peuvent encore être utiles à quelque chose. Ca leur donne un objectif dans la vie, une raison de vivre. Ils se sentent appartenir à une grande famille. »

Mais jusqu’où peut aller le communautarisme à l’américaine ? A côté de Sun City, on a vu se créer il y a quelques années Yougtown – la ville des jeunes. A quand Normal City ?

 

CC pour VSD.

Toutes les photos faites dans les communautés américaines sont de Cyril Bitton.

Pour poursuivre le voyage : c’est [ici]

“Ca y est”… 24 octobre 2007: naissance de “Sur la route des Utopies” après deux ans de gestation.
Un beau bébé de 286 pages.

 

 

Sur la route des Utopies

 

 

4ème de couverture:

« Je vais acheter ta DeSoto toute rouillée et puis, je roulerai de concert avec les charrettes des Amish, j’irai jusqu’en Floride pour rencontrer Jésus et Mickey, je passerai mes nuits dans les communautés du pays, par les rives du Mississipi, les ranchs du Texas et les déserts de l’Arizona, toujours plus à l’Ouest comme les pionniers du nouveau monde l’ont fait avant moi et, les deux roues de devant dans l’eau salée, je remercierai le Pacifique d’être encore là et San Francisco de se souvenir de Jack Kerouac. »

Alors que notre époque, dit-on, n’espère même plus, Christophe Cousin est parti, durant deux ans en quête d’Utopies : avant de sillonner les États-Unis sur près de 10000 km, en empruntant la route des clochards célestes et de leurs rêves, il a séjourné dans le quartier des artistes de l’« autre rive », Užupis, en Lituanie ; il a imaginé l’Utopie pirate de Libertalia, à Madagascar ; il s’est laissé surprendre par le squat libertaire danois de Christiania, s’est plongé dans l’étrange atmosphère du village planétaire d’Auroville en Inde. Là, il a rencontré des hommes, des femmes, des idéaux : un désir de semer les promesses d’un monde meilleur. Monde meilleur qui sera peut-être demain le nôtre.

Ecrivain-voyageur, Christophe Cousin voue une partie de sa vie à l’aventure et à l’exploration des contrées lointaines et mystérieuses, qui le fascinent. En perpétuelle quête d’idéal, il reste intrigué par la richesse et la diversité de la nature humaine, et sa vocation est d’en témoigner.
Il a 31 ans et vit entre Paris et le bout du monde. Il a publié chez Arthaud, en 2005, Le Bonheur au bout du guidon et signe régulièrement des séries de reportages dans la presse spécialisée ou pour la télévision. Il co-présente notamment l’émission « Les nouveaux explorateurs » sur Canal + pour laquelle il part à la rencontre des peuples nomades.

Au départ, il y eut une bande de fous idéalistes déçus et rejetés par l’Europe, qui décidèrent de faire de chaque colline un village où le soleil brillerait toujours. C’est ainsi que tout a commencé en Amérique et c’est pourquoi aujourd’hui, elle attire, fait peur, fascine.

 

Voici la série des cinq articles produits cet été pour VSD suite à ma traversée des Etats-Unis, sur la route des Utopies.

 

logo_vsdlogo_pdf [Photos base def] 1/5 Lancaster County

 

logo_vsdlogo_pdf [Photos base def] 2/5 Twin Oaks

 

logo_vsdlogo_pdf [Photos base def] 3/5 Celebration

 

logo_vsdlogo_pdf [Photos base def] 4/5 Arcosanti

 

logo_vsdlogo_pdf [Photos base def] 5/5 Sun City

 

 

La colonne vertébrale journalistique d’un voyage intérieur beaucoup plus troublant qui constitue cette fois la moelle d’un récit presque romanesque: “Sur la route des Utopies” à paraitre le 24 octobre chez Arthaud.

Retour sur le voyage réalisé aux États-Unis il y a quelques mois. Voici une carte qui permet de suivre le parcours de près de 10000km à travers le continent et jalonné par les 5 étapes utopiques:

 

 

Lancaster County, Pennsylvanie.
Twin Oaks, Virginie.
Celebration, Floride.
Arcosanti, Arizona.
Sun City, Arizona.