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Posté le 22-08-2004
dans la catégorie Bolivie, Bonheur au bout du guidon par christophe

Le chemin est dur. J aimerais parler de ma route mais point de bitume depuis des miliers de kilometres et du sable le remplace meme… C est mon chemin donc, toujours aussi difficile mais moins affligeant que Catamarca. La recompense est la, et bientot du sel, et uniquement, et le Salar d Uyuni.

Mariage de blancs, mal de mer, pierre a sel.

La grande ruche a sel aux alveoles remplies jusqu a bord laisse filer quelques nuages blancs qui bourdonnent parfois lorsque le soir, le soleil leur laisse la place pour quelques laches de dards qui percent le ciel en eclairs. Plaques de sel qui se succedent sans relache, ocean sale sans eau. J ai le mal de mer mais terre apparait au loin, pointant comme le sein d une vierge reveillee au matin par le frottement de son drap de soie blanche. La place est lumiere, le soleil son phare qui vous perd. L ile noire et obscure m apparait comme seul repere et voile au vent, je suis mon cap sur cet ocean blanc. Pierre blanche qui vous marque, pierre a sel qu on leche comme pour ne plus penser a sa soif. Soif d inconnu. Desert blanc qu on prend soin de ne trop point marquer, page blanche qu on prend soin de noircir. Blanc impur puisque l ile revee est un male ou cactus pointant comme des phalus semblent excites au vent. Blanc crapuleux comme un sel qui sert de monnaie d echange : quelques touristes passent lorsque vent calme laisse place aux moribonds de la place. Il se sent de tous droits. On joue sur le grand damier blanc a s ignorer comme dans la vie, a faire semblant. La peche est ouverte en surface sur le grand ocean et apres quelques ronds dans l or blanc, le mobile s arrete, la vitre se baisse pour une photo volee et repart dans un vrombrissement pour seul discours. Miroir d une societe occidentale par trop decevante ou l on se parle par ecrans et objectifs interposes et en oublie que donner un sourire, echanger quelques mots, offrir de l eau a l assoiffe est a la base du bonheur. Donner vaut bien plus encore que prendre. Banquise salaire ou les ours sont des humains trop encombrants. Clochards sellestes qui composent a la lumiere des bougies de cendres. La des oursins qui s ebattent dans un paquet de lessive a roulettes, ici des paons en vacances, plus loin encore des mollusques qui s agitent pour se donner l air en vie grace a des souvenirs qu ils acceptent en retard. Echantillon amusant d individus qui se disent importants. Seuls les clochards appartiennent au monde des vivants. La meute passe mais ils restent, accompagnes de l eternelle pierre phylosophale qui ce soir encore transforme le sel en or. Sel d or au soleil couchant. Au loin la tempete fait rage sur le salar et doit punir les fuiards. Bleu nuit qu on voudrait pour un drap.

Il fait noir. Le sol craque. Le sel s effile. Le soleil s efface. Le vent s enfile. Je m ecarte. Le temps m habille. J oublie. La route m habite. Il est l heure. Je quitte.


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