L ami Thomas me fait parvenir un dernier mail alors que je suis a Benares :
je ne sais pas ce que tu as sur la situation au Népal, voici ce qui traine par chez nous…
Affrontements au Népal: 41 morts en deux jours
AFP | 13.10.03 | 12h05
Quarante-et-une personnes sont mortes dimanche et lundi, 17 policiers et 24 rebelles, dans de nouveaux affrontements opposant forces de sécurité et maoïstes, a-t-on appris lundi de source policière.Seize policiers et onze maoïstes ont été tués dimanche dans des affrontements qui ont duré sept heures après une attaque de rebelles contre un camp d’entraînement de la police à Bhaluwang, dans le sud-ouest du pays, vers 10H15 locales (16H30 GMT), a-t-on précisé de même source.”Trente-cinq rebelles” ont de plus été arrêtés, a assuré un reponsable de la police.Par ailleurs, treize maoïstes ont trouvé la mort dans sept différents affrontements dimanche et lundi, a précisé le ministère népalais de la Défense dans un communiqué, ajoutant qu’un soldat avait été tué dans une embuscade rebelle dans le district de Salyan (ouest).Ces bilans officiels sont régulièrement contestés par les maoïstes.Dans la nuit de vendredi à samedi, 65 rebelles maoïstes et quatre policiers avaient déjà été tués dans l’ouest quand un groupe de 600 rebelles avait attaqué un poste de police. Le conflit au Népal, petit royaume hindou de l’Himalaya coincé entre la Chine et l’Inde, a fait plus de 8.000 morts depuis 1996, dont 330 depuis la fin de la trêve le 27 août, selon les autorités.Les maoïstes réclament la fin de la monarchie.
Ma decision est pourtant prise. Je continue vers Kathmandu, adviendra ce qu il doit arriver. Deux jours a finir d essuyer des regards d indiens trop pressants, des regards inquisiteurs qui vous font pedaler plus vite parce qu il est bon aussi de pouvoir se retrouver seul, ne serait ce qu une minute. C est donc avec joie que je passe la frontiere a Sonauli, petite ville de frontiere entre l Inde et le Nepal. Tout m apparait deja different mais je mets ca sur le compte du manque d objectivite, le manque de recul.
Pourtant, le landemain, on me sourrit encore, on me parle, me laisse vivre un peu, ne me regarde plus comme une bete de foire.
Je vous passe la nuit dans la jungle au millieu des potentiels tigres, crocodiles, et ours… Je vous passe cette etape qui meriterait un chapitre ou les aventures de Chris qui, perdu dans la foret du chercher son velo pendant plus d une heure, pensant qu il etait la cible de Surprise surprise ou d un chapardeur local. Je vous passe cette etape pour arriver directement a Chitwan dans le sud du pays.
Mais soudain, c etait trop calme. Des rues desertes, des villes fantomes, des dizaines et des dizaines de check points a passer et puis, un barrage… un barrage de Maos!
Je garde mon calme et continue d avancer avant de me rendre compte que nous sommes en plein “bandh”, ces journees grevees ou personne ne sort sous peine de se prendre une balle dans la tete. Inutile de rebrousser chemin maintenant et a quoi bon. Ces maos sont jeunes et veulent jouer a la guerre comme les grands. C est bien la le danger! Il y a un age que j evite absoluement et qui revele souvent des individus qui n ont pas encore completement pris conscience du poids de leur age. On commence a fouiller mes saccoches, a boire a ma bouteille. Je ne bronche pas. Manifestement, on me provoque et riposter a ce stade ne me semble pas judicieux. Un chef plus vieux arrive finalement, c est mon sauveur. Pour marquer sa superiorite, il me fait signe de passer. Tout redevient calme, j arrive a Sauhara.
Le Nepal, je me l imaginais avec des montagnes et a part une petite cote de 7 km, ce n etait pour l heure que du plat. J etais arrive dans le Therai, en terrain de tribues Tharus! Quel delice de se retrouver la, au milieu d un peuple chaleureux et accueillant dont les enfants au large sourire vous font oublier que la veille, tout aurait pu s arreter encore. Pourtant a ce meme barrage, on avait echange des tirs entre militaires et rebelles toute la nuit.
Un peu de repos pour se remettre de ces quelques emotions et je repars pour Kathmandu. C est la que je commence a derailler! Avait il fallu que je perde la raison pour que j aie la pretention de grimper 2400m dans la journee. Ca m etait semble d une evidence limpide : “Ce soir, je dors en haut, a Daru, je regarde le soleil se coucher sur les chaines de l Himalaya et je repars tot le landemain.”
12 heures plus tard, je poussais encore ma monture. J avais definitivement abandonne l idee de pedaler sur cette piste defoncee qui ressemblait davantage a un chemin qui montait aux enfers. Sur ce versant, les gens etaient hostiles a mon passage, j essuyais des “BYE BYE BYE BYE” des gosses qui tapaient du pied et tentaient de freiner mon velo, des gosses envoyes par les parents pour rapporter quelques roupies ou un peu de chocolat. La nuit tombait, il faisait froid. J avais peur. Il n y avait pas un metre carre sur ou planter une tente, pas un coin de plat ou trouver un abris.
Je pousse encore, eclairer par le deferlement de camions tata qui prennent le meme soin qu en Inde a m ejecter en dehors de la route. On est pas la pour rigoler.
C est pourtant les feux d un tata qui me revelera ce panneau de bord de route qui indique “SCHOOL” en poursuivant par un petit chemin. Je m y risque et puis, il faut redescendre. Je devine au loin un etablissement eclaire alors que je pensais tranquillement faire campement dans la cours avant de repartir tot au matin… Desespoir… Plus qu une seule solution, gravir les 300 derniers mettres, faire les 3 derniers kilometres qui me conduiront au col et la, on verra!
Au moment ou je fais demi tour, 5 nepalais viennent dans ma direction. Je lance un chaleureux NAMASTE preuve de mon pacifisme. Ils ont beau etre 5, par les temps qui courent, et avec mon atelage, ils n en menent pas large non plus. J explique mon cas. Ce sont 5 professeurs de ladite ecole justement. On m invite pour un the, un repas, un alcool de riz, un lit, une douche et de belles discussions! C est ca la magie du voyage… La raison vous trompe, vous perd, vous n y etes plus! Et puis, la realite vous rattrape, c est dur, il faut lutter face aux autres, face a soit meme surtout et au moment on en pense avoir vu le pire, on vous rappelle que ces doux souvenirs de difficulte ne sont rien par rapport a ce qui vous attend. Au fond du gouffre pourtant, tout revient enfin! La chaleur est la, le Bonheur aussi. Tout se passe dans une ecole dont je ne me souviens plus le nom, avec des professeurs qui ne m ont jamais dit le leur. Ce soir la pourtant, nous etions tous des gens de cette terre a rire et sourire parce qu un jour, un gars, en velo, a cru qu il pourrait dans la journee gravir ces foutus 2400m de denivelles.