MANIFESTE

Demain, c’est aujourd’hui… 

A 24 ans, je deviens responsable d’une start-up. Deux ans plus tard, au milieu des décombres de la bulle Internet et du World Trade Center, je décide de tout quitter pour partir en vélo autour de la Terre. De ce voyage initiatique est née en moi l’envie de témoigner de la beauté et de la fragilité du vivant. Voilà presque 20 ans maintenant que je m’y consacre, m’emparant de tous types de supports (articles, livres, films, web), pour raconter le monde avec tendresse et poésie, m’interrogeant aussi sur le rapport que nous entretenons au temps, au territoire, à la liberté, à la technologie, ou à la démocratie, accompagnant ici le pas des Inuits sur ce qu’il leur reste de banquise, là celui des Pygmées dans ce qu’il leur reste de forêt. J’ai rencontré des clochards et des hobos, des ministres et des présidents. J’ai été mis en prison, accusé d’espionnage par les services de renseignements syriens. J’ai vu du plancton bouffer du plastique, des espèces migrer à cause du réchauffement et d’autres disparaitre dans l’indifférence. J’ai même vu un ours polaire déféquer au nez et à la barbe d’une centaine de millionnaires chinois, dans leur escapade pour le Pôle Nord à bord du plus gros brise-glace nucléaire du monde.

J’ai cru en la puissance des images et en la subjectivité du regard pour transmettre la connaissance, enseigner l’altérité, provoquer les consciences et susciter la mobilisation. Mes films « Il était une fois l’Arctique » et « Le climat, les hommes et la mer », diffusés en prime time sur France Télévisions sont ainsi l’aboutissement d’un long travail consacré à la cause des peuples et du climat. Ils ont été vus par des millions de téléspectateurs. Pourtant, chaque jour qui passe nous révèle un peu plus des écosystèmes fragilisés, des espaces de liberté restreints et des démocraties vacillantes. Un sentiment d’urgence et de révolte s’est progressivement installé en moi. Je ne peux plus me contenter « du poids des mots et du choc des images » dans une société où le verbe et la représentation sont foisonnants mais où l’action reste rare. Il m’est devenu viscéral de m’engager de manière plus concrète.

Je me consacre dorénavant à des projets à fort impact sociétal et/ou environnemental. Des films toujours mais bien au-delà, la construction d’une œuvre plus grande, qui dépasse les écrans, des électrochocs visuels et narratifs, à la fois poétique et pragmatique, des cris du cœur, des actes de résistance. Les sujets qui me tiennent éveillé de jour comme de nuit ? Le vivant et son milieu, le réchauffement climatiques et ses conséquences, les peuples et leur devenir, la société et ses systèmes, les mouvements migratoires, les murs et les frontières, l’emprise de la finance, les dérives du pouvoir ou des nouvelles technologies, le monde des solutions, celui des entrepreneurs ou des lanceurs d’alerte. J’ai besoin de pouvoir regarder les générations futures dans les yeux sans m’entendre dire qu’on savait mais qu’on n’a rien fait. Je crois à la force de l’intelligence collective et à l’éveil des consciences. Je cherche à fédérer et rassembler celles et ceux qui ne veulent plus seulement s’interroger sur l’avenir du monde, mais qui se sentent prêts à le changer pour que la créativité soit au service du bien commun, et que soient semées dans notre élan les graines d’autres possibles. Je cherche simplement à faire œuvre utile…