“Certains se sont prêtés à dire de la vie qu’elle était un long fleuve tranquille.
Sur les eaux de l’Amazone et de ses affluents, rien de tel. Ah, bien sûr, comme ailleurs, on souhaiterait s’y la couler douce. Ceux qui y vivent, y aspirent. Mais tous transpirent à passer leur vie au tamis avec l’espoir de reléguer son sable au fleuve ; l’espoir de n’extraire de leur vie que des pépites ; et enfin d’éclairer ce territoire éternellement ombragé de leurs rêves nouveaux.
L’Amazonie : de l’eau et des Eldorados. Le Far West.
L’eau. La pureté d’une source, la grandeur dans la force de ses petits ruisseaux chantants, le courant des idées, le temps qui suit son cours, le cataclysme de la crue, les infections mortelles du marais, l’abandon de l’âme à son lit. Enfin, son cycle : naître, mourir, renaître.
L’Eldorado. Des conquérants utopistes qui espéraient remonter des rivières pour rencontrer enfin les légendaires cavalières amazones, trouver les mystérieuses cités d’or, la forêt vierge et son paradis perdu. Les temps ont changé, assez peu les rêves des hommes. Certains sont venus de très loin pour chercher l’or dans la boue, de jeunes piroguiers au péril de leurs vies s’accrochent aux gros bateaux pour vendre aux passagers quelques fruits : rêver d’ailleurs puis s’en sortir. Un caboclos part chasser l’anaconda pour sa peau et par plaisir, d’autres pêchent les poissons ornementaux qui finiront dans nos aquariums occidentaux. Les rêves se mondialisent.
Tous ces hommes sont au fil de l’eau. J’irai avec eux. Je progresserai sur l’eau comme s’il s’agissait du bitume. L’eau, synonyme de vie. Et je rencontrerai ces hommes rêvant d’or et de vies meilleures. Je veux m’imprégner de leur « Far West Amazonien ». Emprunter les rios – les petits chemins de traverse – plutôt que la large voie du fleuve.
Et j’irai, d’Eldorado en Eldorado.”